‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 185 sur 382 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

autant que par son grand âge et ses longs services. Quant à l'abbé Gérin, il vit à l'œuvre pendant vingt-deux ans les «concurrents» qu'il s'était donnés, et il ne paraît pas qu'il ait eu jamais à se plaindre de leurs empiétements: «Vous m'aviez annoncé, disait-il à ses confrères, que les Jésuites feraient le vide autour de mon confessionnal; depuis qu'ils sont là, il y vient encore plus de monde qu'auparavant. » C'est que, de fait, créer une maison religieuse sur une paroisse c'est y ouvrir une source de vie chrétienne, et il est bien impossible que la vie chrétienne coule plus abondamment, sans que finalement la vie paroissiale n'en soit augmentée. Aussi, sur son lit de mort et quelques heures avant de rendre le dernier soupir, le saint curé disait à un ami qui le visitait : « C'est pourtant moi qui ai procuré les Jésuites à ma paroisse.» Au moment de paraître devant Dieu ce souvenir lui était une consolation.

La résidence de Castres suivit celle de Grenoble à deux ans d'intervalle. Castres-sur-l'Agout est le grand centre industriel du département du Tarn ; avec ses 30.000 habitants la ville dépasse le chef-lieu en importance. Elle fut jusqu'à la Révolution le siège d'un évéché; aujourd'hui elle appartient au diocèse d'Albi. Les protestants y sont en grand nombre, et c'est peut-être à ce voisinage que la population catholique doit de s'être maintenue dans une certaine ferveur religieuse. Une association pieuse groupait plus de deux cents chrétiens pratiquants. Parmi eux se distinguaient plusieurs anciens élèves des Jésuites de Bordeaux. Depuis bien des années déjà les amis de la Compagnie lui avaient fait des avances. En 1840 et 1841 deux Jésuites furent appelés pour prêcher la station de Carême à la cathédrale. Tout fut préparé pour l'établissement d'une résidence; l'archevêque d'Albi, Mgr de Jerphanion, joignit ses instances à celles de ses ouailles. Le Provincial de Lyon eut presque la main forcée et le Père Général lui-même écrivait: «On

ne peut plus reculer. Prions seulement le Seigneur que l'augmentation du nombre des résidences n'en diminue pas la valeur.» (24 Juin 1842.)

Avant la fin de l'année la petite communauté s'installa aux allées de Corbière ; la Compagnie de Jésus n'avait que des actions de grâces à rendre à la Providence et à ceux qui s'étaient faits ses instruments. Le Père Maillard y vint faire la visite canonique pendant l'été de 1843 : « Rien n'égale, écrivait-il, le contentement et l'empressement de nos amis. Grâce à leur générosité nous avons ici une maison fort commode et très religieuse, un jardin plus que suffisant, une église surtout qui, lorsqu'elle sera terminée, ne laissera rien à désirer. Le maire, le sous-préfet, la famille Soult nous sont favorables, sans compter la meilleure portion du clergé et Mgr l'archevêque d'Albi, qui est vraiment admirable. Tout près de la résidence et sur un côté du jardin est une maison destinée aux prêtres retraitants. Trois ou quatre bons ouvriers à Castres feront beaucoup de bien. Les œuvres de tout genre sont demandées avec instance...» (24 Juillet 1843.)

La résidence compta dès le début sept religieux dont quatre prêtres ; le Père Claude Ramel en était le Supérieur. Voici comment il rendait compte des premiers travaux de la Compagnie à Castres : « Depuis cinq mois environ que nous sommes réunis, nous avons donné à nous quatre dix retraites de communautés ou petits séminaires, deux Missions, l'une de trois semaines, l'autre de cinq, quatre stations de Carême dans le diocèse, un mois de Marie et quantité de sermons ici et là. Nous dirigeons l'association des hommes qui comprend deux cent cinquante membres... Nous avons toute une maison pour les retraites de prêtres, qui vont commencer dans deux mois. Nous comptons en donner, sept dans l'année, qui peuvent réunir chacune vingt retraitants. L'église que l'on ouvre en ce moment pourra contenir sept à huit cents personnes, elle sera la seule église du diocèse dédiée au Sacré-Cœur. » (4 Juin 1843.)

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