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CHAPITRE VII

écrivait-il après trois mois de séjour, il faudrait savoir le breton; et à un certain âge il n'est plus possible de l'apprendre. » (5 Juillet 1839.) Le pauvre Supérieur renonça en effet à apprendre le terrible idiome; il trouvait d'ailleurs un très utile emploi de son activité dans les retraites sacerdotales qui se faisaient à la résidence ; c'était une des œuvres principales que le pieux évêque avait entendu confier à la Compagnie. Dès le début la maison avait été aménagée pour recevoir une douzaine de retraitants.

Au reste la résidence de Quimper, comme celle de Vannes, ne devait pas manquer de missionnaires capables de so faire entendre des populations bretonnes. Le Pèr-e Le Délaizir était lui-même Breton ; Breton aussi le Père Augustin de Saint-Alouarn, qui vint avant la fin de l'année renforcer la communauté naissante. Ils devaient l'un et l'autre terminer leur vie à Quimper, celui-ci âgé de quatre-vingt-dix ans, celui-là de quatre-vingt-quatorze, après avoir évangélisé leurs compatriotes l'espace d'un demi-siècle. Ils ne furent pas les seuls assurément; aucune province peut-être n'a donné à la Compagnie de plus nombreuses recrues que la Bretagne, et parmi elles les missionnaires de langue bretonne se sont toujours trouvés en bonne proportion. Parmi leurs premières campagnes apostoliques, nous voyons mentionnée dans les Annales de la résidence la Mission de Saint-Pol de Léon, en 1841. A travers d'autres détails édifiants, mais qui ne sortent point du cadre accoutumé, se détache le chiffre de 14,000 hosties distribuées aux fidèles en l'espace d'un mois. L'année suivante, autre Mission de deux semaines seulement à Saint-Brieuc; on parle de vingtcinq confesseurs occupés le jour etla nuit et de 1.200 hommes à la table sainte pour la communion pascale. La même année Mission à Quimperlé, à Landerneau, etc. Dès lors le petit groupe de missionnaires de la résidence ne connut plus guère de chômage, bien que leur nombre allât grandissant chaque année. A partir de 1845, ils ne

furent jamais moins de sept. Le Père Renault, l'ancien Provincial, était devenu leur Supérieur à partir de 1842. La chaire ne lui inspirait plus de frayeur, et il lui arrivait de donner la station de Carême, à Morlaix par exemple, selon la méthode d'autrefois, c'est-à-dire en préchant tous les jours, le samedi seul excepté.

En même temps que Quimper, à l'extrémité opposée du territoire, la capitale de l'Alsace s'ouvrait à la Compagnie de Jésus. Le Père de Mac-Carthy lui avait frayé la voie. Appelé par le prince de Croy, alors évêque de Strasbourg, plus tard archevêque de Rouen, avec lequel il était lié d'amitié, il y avait prêché les deux stations de Carême de 1821 et 1822. L'impression avait été profonde, non pas seulement chez les catholiques mais chez les protestants eux-mêmes. Depuis lors, plusieurs Jésuites, entre autres le Père Guyon, avaient été invités à se faire entendre soit à la cathédrale, soit dans les communautés religieuses de la ville. Beaucoup de personnes désiraient les y voir à demeure, et à plusieurs reprises des instances avaient été faites auprès du Provincial de Paris. Les Mertian se distinguaient parleur dévouementà la famille de saint Ignace. Ils étaient quatre frères, dont un chanoine, Supérieur des Sœurs de la Providence de Ribeauvillé. Les tj'ois autres, riches négociants et grands chrétiens, étaient à la tête de toutes les bonnes œuvres. L'un d'eux avait déjà donné deux de ses fils à la Compagnie de Jésus. Il voulut faire plus encore; ayant obtenu l'assentiment de l'autorité épiscopale et la proniesse du Père Guidée, il acheta une maison et se chargea de l'aménager et de la meubler selon les convenances religieuses. Le généreux donateur écrivait le 15 octobre 1840 : « La maison que nos bons Pères occupent maintenant est telle que, lorsqu'elle sera entièrement appropriée, elle semblerait avoir été faite exprès pour cela. » Les Pères Jacques Millet et Jean Chable s'y étaient installés, dès le mois d'août 1839. Ils y furent bientôt rejoints par les PP. Georges Schneider et Pierre Bertrand.

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Dès lors la résidence de Strasbourg se trouvait régulièrement constituée, et les œuvres y prenaient un tel essor que, avant dix ans, son personnel ne devait compter pas moins de douze prêtres avec cinq Frères coadjuteurs. Ses débuts toutefois ne furent pas sans exciter des rumeurs et des contradictions. Nous en trouvons l'écho dans une brochure du temps, L'Invasion des Jésuites à Strasbourg. Le titre en dit assez le sens et l'inspiration. Nous y voyons que la presse locale, généralement inféodée au parti libéral et protestant, ne se fit pas faute de dénoncer avec des accents tragiques ce qu'elle regardait comme un fléau pour la ville et le pays. Heureusement l'autorité ecclésiastique était sans prévention et l'autorité civile sans parti pris contre l'Ordre de saint Ignace.

On songeait, au ministère, à donner le chanoine Raess pour coadjuteur à l'évéque de Strasbourg, Mgr Lepage de Trédern, très avancé en âge. Chargé de fournir des renseignements sur le candidat, le préfet Sers, un protestant, l'avait interpellé sans plus de façon : « Parlez-moi franchement : on dit que vous êtes Jésuite. — Jésuite, non; mais j'estime et j'aime les Jésuites. — Oh! Qu'à cela ne tienne. Nous sommes d'accord; je les estime aussi. Je les ai entendus prêcher. Ce sont des prêtres zélés.. . Seulement il faut éviter Téclat, à cause de nos protestants. » Le Père Millet qui rapporte ce petit dialogue, ajoute : « Je tiens cela de M. Raess lui-même. » (27 Août 1840.) De fait aucune tracasserie ne vint des régions officielles, et le bon M. Mertian pouvait écrire quelques mois plus tard : « Depuis la nomination de Mgr Raess, nous sommes bien tranquilles; toutes les persécutions secrètes ont cessé et bientôt on sera accoutumé à voir les Jésuites du même œil que les autres prêtres. » (13 Octobre 1840.)

La résidence de Strasbourg, plus heureuse que d'autres, put donc se livrer en paix aux travaux de l'apostolat. La ville et l'Alsace tout entière lui offraient un champ d'action pour ainsi dire illimité. En dehors des ministères accoutumés, les Annales des premiers temps mentionnent

la fondation de rétablissement de Willerhof. C'est encore l'intelligente charité de la famille Mertian qui en avait eu l'initiative, comme elle en fit les frais. Son but était de recueillir des orphelins pauvres et de les élever chrétiennement en leur apprenant un métier et de préférence l'agriculture. Pour assurer l'avenir de l'œuvre il fallait former des maîtres et les réunir en société religieuse. C'est la mission qui fut confiée au Père Schneider, un des premiers Jésuites envoyés à Strasbourg; il passa deux ans au Willerhof, et sa tâche achevée, il laissa la direction de Porphelinat à un prêtre qu'on lui avait adjoint. (1843-1844.)

A cette même date se rattache la création d'un noviciat en Alsace, Dans les premiers jours de 1843, la Compagnie de Jésus était devenue propriétaire du vieux monastère d'Issenheim, au pied des Vosges, entre Golmar et Mulhouse, en face de la Forêt noire. L'endroit était à souhait pour le recueillement et pour l'étude. Le Père de Ravignan, qui aimait à y prendre ses vacances, en traçait un jour ce croquis : « Dans cette maison, tout est religieux, habitants et murailles. Lés Vosges sont devant ma fenêtre avec le plus riant voisinage : plaines, forêts, montagnes, cours d'eau, rien n'y manque. A l'intérieur, grands corridors, un seul rang de belles cellules. La chapelle est charmante et du plus gracieux effet. Je ne vous souhaiterais à Paris que d'en avoir la répétition un peu plus en grand. La modestie, le silence, la pauvreté régnent dans cette maison; c'est bon signe. Ces chers novices m'édifient et me font un vrai bien'. »

Le noviciat d'Issenheim fut ouvert au mois d'octobre 1843 sous la direction du Père Edouard de Lehen^. L'Alsace ne fut pas seule assurément à lui fournir des

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