‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 197 sur 382 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

foule avide de l'entendre; l'annaliste donne des chiffres que l'historien croit plus sage de ne pas reproduire; mais, ce qui est certain, c'est qu'à la résidence les confesseurs furent occupés, aux approches de Pâques, la nuit comme le jour. Témoin de cet empressement le Père Solente écrivait : « On se plaint que le f»euple déserte l'église^, ne serait-ce pas parce qu'on lui en ferme la porte? » Mgr de Villèle aurait voulu garder son prédicateur; il déclara du moins qu'il le retenait pour deux et trois autres Carêmes et plus, s'il était possible.

Une autre lettre du même Supérieur nous montre que le zèle apostolique peut récolter de belles moissons dans les temps et dans les lieux où, en apparence, c^ il n'y a rien à faire ». Le Père Alexis Possoz, de la résidence de Bourges, avait été appelé à Limoges pour la station de Carême. Après avoir essuyé bien des refus, il avait fini par forcer, si l'on peut dire, l'entrée de la prison, et donner aux détenus une série de prédications pour les préparer à l'accomplissement du devoir pascal. Tel fut l'ébranlement que pendant une semaine quatorze prêtres durent s'employer plus ou moins longtemps à entendre les confessions. L'évèque, Mgr de Tournefort, vénérable vieillard de quatre-vingt-deux ans, voulut donner l'exemple en payant de sa personne dans ce ministère de charité. Le jour de la clôture, il célébra la messe dans la chapelle de la prison et plus de six cents détenus reçurent la communion de ses mains. — « C'était, disait-il, une des plus douces consolations de son épiscopat. »

Nous avons raconté la petite tempête déchaînée contre la Compagnie de Jésus au cours de l'année 1838. On cria très fort contre les Jésuites et contre le ministère qui tolérai^ leurs empiétements. Dans les premiers jours de 1839 M. Cousin faisait entendre à la Chambre des Pairs une exclamation empruntée à l'antiquité classique : « En quels temps vivons-nous? Le bruit se répand que Saint-Acheul se relève de ses cendres! ! » Persuadé que la patrie était

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en danger, le Courrier français continuait sur le même ton : « Jusques à quand soufïViront-ils (les ministres) le troupeau fanatique de Loyola ? » Tout ce tapage avait abouti à la suppression du théologal de Saint-Acheul. Mais il ne paraît pas que ni les Jésuites ni leurs amis s'en soient beaucoup émus, car, outre la résidence de Marseille dans la Province du Midi, cette même année 1839 en vit surgir trois autres dans la Province du Nord : Quimper, Strasbourg et Angers.

Il y avait en ce temps-là à Quimper un vieil évêque plus qu'octogénaire, Mgr de Poulpiquet, et un jeune vicaire général, l'abbé Gégou, également désireux de rappeler dans le diocèse la famille religieuse qui jadis avait tant contribué à sanctifier la Bretagne par les Missions et les retraites fermées. Le pays n'était pas riche ; après avoir remué ciel et terre, le vicaire général parvint à recueillir une somme de 30.000 francs; l'évêque en avait fourni à peu près les deux tiers. Avec cela on acheta une maison assez vaste, avec un enclos de près d'un hectare. Le tout fut mis gracieusement à la disposition des Jésuites, par un bail en règle, pour une durée de vingt-sept ans. La caisse diocésaine était hors d'état de fournir le moindre subside pour leur entretien; ils n'avaient à compter que sur les aumônes des fidèles; d'ailleurs le Provincial déclarait que, à tout prendre, ce régime était préférable pour eux à celui des pensions ; il était plus conforme à l'idéal des ouvriers apostoliques et sauvegardait mieux leur liberté.

Le Père Michel Leblanc, qui avait fondé la résidence de Toulouse et la dirigeait depuis neuf ans, fut chargé d'organiser celle de Quimper. Il y arriva le 11 avril avec les PP. Jaffré et Le Délaizir. Leur zèle allait tout d'abord se heurter à un obstacle presque infranchissable. Déjà nous avons vu le Père Leblanc regretter que, faute de savoir la langue, on ne pût guère donner de Missions dans la région toulousaine ; l'obstacle était encore bien autrement sérieux en Bretagne. « Pour faire des Missions,

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