CHAPITRE VII
recrues, mais elle y fut toujours représentée fort honorablement et pour le nombre et pour la qualité. La Compagnie de Jésus au siècle passé compta beaucoup de noms alsaciens parmi ceux dont elle a lieu d'être fière. Dès 1845 le nombre des novices atteignait la trentaine ; au Père de Lehen succédait le Père Pierre Cotel, un maître éminent dans les voies de Dieu. Quelques années plus tard au noviciat vint s'adjoindre un scolasticat de Philosophie et de Rhétorique; le vieux monastère rajeuni eut une population qui dépassa soixante habitants.
Les deux maisons françaises de la Compagnie de Jésus en Alsace devaient avoir le sort de la France elle-même. Quand l'Alsace passa sous la domination allemande, les Jésuites en furent expulsés. On sait que le texte légal étendait la proscription aux Congrégations religieuses qui leur étaient affiliées; ce qui permit de bannir du territoire de l'empire des hommes et des femmes qui n'étaient Jésuites que dans l'imagination des gouvernants de Berlin.
La dernière résidence ouverte en 1839 fut celle d'Angers. Les Jésuites y étaient connus et désirés depuis longtemps; on peut le dire sans intention de les flatter. Mgr de Montàult-Désiles, évêque d'Angers depuis 1802, les y avait appelés fréquemment. En 1826, douze d'entre eux avaient donné dans toutes les paroisses de la ville une Mission retentissante ; trois ans plus tard le Père Guyon y avait de nouveau remué les foules par sa parole irrésistible; d'autres encore avaient évangélisé les villes et les campagnes aussi bien que la capitale de l'Anjou. Nous avons rapporté en son temps la négociation qui fut près d'aboutir pour confier à la Compagnie le collège de Deaupréau. Le vénérable évêque, parvenu à l'extrême vieillesse — il avait alors 85 ans — tenait à couronner sa longue administration par l'établissement dans sa ville épiscopale de la famille de saint Ignace pour laquelle il professait l'estime la plus affectueuse.
Depuis plusieurs années il pressait l'exécution de son dessein. « L'évéque d'Angers, écrivait le Père Guidée le 30 juin 1838, offre avec insistance une maison et 2.000 francs de subvention annuelle ; la maison est proche du petit séminaire. » — Le Provincial faisait observer que ce voisinage était compromettant ; on ne manquerait pas de dire que le petit séminaire était passé aux mains des Jésuites. Sans s'arrêter à l'objection, l'évéque revenait à la charge, et le Provincial était d'avis d'accepter. A ce moment la campagne contre Saint-Acheul battait son plein; Angers pourrait recevoir une partie de sa population. La résidence fut donc promise pour l'année suivante, à la condition de pouvoir y annexer un noviciat. Les travaux furent commencés sur l'emplacement occupé depuis par l'école Saint-Urbain. Mais l'éloignement de la ville, aussi bien que la proximité du petit séminaire, obligea bientôt à renoncer à ce projet, et on loua, en attendant de faire le choix d'une installation définitive, l'hôtel d'Andigné qui ne se prêtait guère aux convenances de la vie religieuse. Sur ces entrefaites, Mgr Montault mourut (29 juillet 1839), et l'on put craindre de nouveaux retards à l'établissement de la résidence. La fermeté et la bienveillance de l'abbé Régnier', premier vicaire capitulaire, coupa court à toutes les difficultés.
Un mois plus tard, le Père Ghaignon, que Mgr Montault avait demandé pour Supérieur, arrivait accompagné du Père Gailleux ; ils furent accueillis avec les témoignages d'une véritable satisfaction ; un ami dévoué, le chanoine Lambert, tint à honneur de les retenir chez lui pendant qu'on préparait leur future habitation. Ils en prirent possession le 1" octobre. Trois autres confrères étaient venus les rejoindre, les PP. Georges Rousseau, Placide Levé et Félix Martin. Le 10 octobre, en la fête de saint François de Borgia, le Père Ghaignon y célébra la messe pour la première fois dans un très pauvre oratoire, sur un autel