CHAPITRE VII
donné par les Frères des Ecoles chrétiennes. Tel fut l'humble début de la résidence d'Angers ; quant au noviciat, il ne devait plus en être question avant dix ans.
A Angers, comme à Strasbourg, comme partout, la venue des Jésuites ne pouvait manquer de jeter l'émoi dans un certain monde. Il y eut des dénonciations ofïicielles à la Préfecture, auxquelles d'ailleurs il ne fut pas donné suite ; le préfet, M. Prosper Gauja, n'était pas homme à se laisser troubler par des fantômes. La presse locale se chargeait de signaler à la population le danger qui menaçait la ville et le pays. Voici un spécimen assez curieux de cette littérature qui ne respire pas précisément « la douceur angevine ». C'est une pétition adressée au Conseil général et publiée dans le Journal de Maine-et-Loire.
« ... Le Conseil général placera en tête de ses devoirs celui d'élever la voix pour qu'enfin le Gouvernement apprenne quels scandaleux, quels effroyables envahissements le Jésuitisme a consommés déjà dans nos contrées. L'infâme poursuit son œuvre de ténèbres avec une satanique habileté ; le christianisme, et par conséquent la Révolution française et la civilisation moderne n'ont point de plus redoutables ennemis. Éluder impunément la loi qui protège le patrimoine des familles, spolier d'immenses capitaux, s'emparer de l'éducation, pervertir le culte, corrompre les intelligences, exploiter enfin toutes les fai- ' blesses du cœur et de l'esprit, voilà par quelles voies il tente d'établir parmi nous son détestable empire... Mandataires du pays, c'est à vous d'appeler les regards du Gouvernement sur la hideuse lèpre qui nous dévore... Oui, dites au Gouvernement que, à cette heure même où se tient votre session, l'ignoble manteau de Loyola apparaît dans nos rues. Dites-lui que, sur tous les points de la cité surgissent des couvents, des communautés monacales, des maisons congréganistes remplaçant nos usines, et nos manufactures... Dites... Dites... etc.'»
I. Journal de Maine-et-Loire, a et 3 septembre iSSg. La pétition est
Le Conseil général écarta la pétition, déclarant qu'il n'en approuvait ni l'esprit ni les termes. Le Journal de Maine-et-Loire et le Précurseur de l'Ouest n'en continuèrent pas moins à déverser sur « les fils de Loyola » les aménités mises à la mode par le Constitutionnel et autres organes libéraux de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.
Au surplus tout cet acharnement ne paraît pas avoir détourné des Jésuites les chrétiennes populations de l'Anjou, si nous en jugeons par le compte rendu des travaux delà résidence à ses débuts. « Après quatre mois d'existence de cette maison, écrivait le Père Chaignon, nous avons reçu quatre-vingt-dix-sept demandes de stations, Missions ou retraites. » (21 Janvier 1840.) Et deux ans plus tard : « Depuis la Toussaint, c'est-à-dire en l'espace de six mois, nous avons donné vingt Missions. » (9 Mai 1842.)
Le Supérieur était un travailleur intrépide, ne sachant guère plus ménager les autres que se ménager lui-même. Le Père Général, tout en le félicitant, se voyait obligé de le rappeler à la modération dans le bien : « Je Vous remercie beaucoup des bonnes nouvelles que vous me donnez; mais je voiis recommande instamment d'éviter l'excès du travail; ce serait un écueil bien funeste.» (3 Décembre 1840.) Ce charitable avertissement arrivait sur la fin de la première année de la résidence d'Angers. Moins d'un an plus tard, le Révérend Père est obligé de revenir à la charge : «... Le motif qui vous anime est louable, écrit-il au Père Chaignon. Vous êtes le premier à donner l'exemple. Vous travaillez même plus que les autres. Vous leur rendez ainsi le travail doux et facile ; il ne laisse pourtant pas que d'être trop fort, pour que dans peu de temps, s'il n'est diminué, il n'altère les forces physiques et ne nuise
signée Grégoire Bordillon. Ce personnage n'était pas le premier venu. Le gouvernement provisoire de i848 le lit préfet de Maine et-Loire. Les Jésuites n'eurent alors qu'à se louer de ses procédés à leur égard.