‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 205 sur 382 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

du diocèse ; en même temps le Père Alexandre Michel y fondait une congrégation d'ouvriers qui réunit assez rapidementplusieurs centaines de membres. La résidence comptait dès lors huit Pères employés aux différents travaux du ministère sacerdotal; elle fut pendant des années au régime des campements provisoires; en 1847 elle put s'installer rue Saint-Patrice, d'une façon moins précaire, mais point encore définitive.

Lorsque les Ordonnances de 1828 obligèrent les Jésuites à quitter le petit séminaire de Montmorillon, l'évêque de Poitiers, Mgr de Bouille, les avait pressés d'établir une résidence dans la ville épiscopale. Pour des raisons d'ordre intérieur, ils durent se retirer au bout de deux ans. Mais la famille de saint Ignace avait en Poitou des amis nombreux et dévoués; nul ne lui était plus attaché que le vénérable évéque. Vers 1842, sentant approcher sa fin, il renouvela ses instances, et ayant obtenu la promesse du Provincial de Paris, il chargea l'abbé de Rochemonteix, son neveu et vicaire général, de faire le nécessaire pour qu'une maison de Jésuites fût ouverte à Poitiers sous son épiscopat. On recueillit à la hâte quelque argent, on loua un immeuble quelconque dans le voisinage de Sainte- Radegonde, et dans le courant d'octobre les Pères Michel Leblanc et Pierre Bertrand inauguraient la résidence dans des conditions plus que modestes. Sauf le toit et les quatre murs, tout manquait. Sur ces entrefaites, Mgr de Bouille mourait, plus qu'octogénaire. On put craindre un moment que l'œuvre qui avait été l'objet de ses dernières préoccupations ne fût abandonnée; l'abbé de Rochemonteix avait été assez mal secondé, et devant certaines oppositions son dévouement s'était refroidi. Ce fut un ancien élève de Montmorillon, le chanoine, de Larnay qui prit l'affaire en mains. Sa situation de fortune, sa générosité personnelle et les libéralités qu'il sut provoquer lui permirent d'acheter une maison assez vaste et de la mettre en état d'abriter décemment une communauté de

prêtres*. Quatre Pères avec un Frère coadjuteury furent installés par ses soins le 29 septembre 1843. Il paraît même que le digne chanoine avait trop bien fait les choses; la façade avait grand air; à l'intérieur l'aménagement et l'ameublement rappelaient plutôt le confortable bourgeois que la simplicité religieuse. On se persuada à Poitiers que les Jésuites étaient riches et n'avaient nul besoin qu'on vint à leur aide ; aussi la résidence connut-elle pendant les années de début les tribulations de la misère dorée. C'est ce que les Lettres annuelles donnent clairement à entendre dans une formule latine qui pourrait très bien se traduire ainsi : Nous sommes logés magnifiquement, mais nous vivons chichement^.

Le même document témoigne d'ailleurs que les préventions que les Jésuites avaient rencontrées dans une partie du clergé disparurent assez promptement. Le nouvel évêque, Mgr Guitton, leur donnait tout d'abord la preuve la moins équivoque de son estime et de sa confiance en les chargeant par deux fois de prêcher les Exercices spirituels aux élèves de son grand séminaire. Il leur demanda pareillement de s'employer dans les Missions de campagne à convertir les schismatiques anticoncordataires, connus sous le nom de Petite Église; le diocèse de Poitiers en comptait alors plus de 60.000, et ils étaient connus entre tous pour leur obstination. L'année même de leur arrivée dans la ville épiscopale, deux Jésuites se rendirent à Gourlay, bourg de 1.200 habitants, dont les trois quarts étaient adhérents du schisme et que l'on appelait la Rome de la Petite Eglise. Les missionnaires parvinrent à arracher à leurs erreurs une cinquantaine de ces malheureux, dont quelques-uns des plus marquants. Si modeste que fût le succès, l'autorité ecclésiastique en éprouva une grande satisfaction; car les efforts tentés jusque-là contre la citadelle du

I. Celte maison portail le numéro 17 de la rue Neuve. 1. Qaamlaute habitamus tain parce et arcte vi^imiis.

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