CHAPITRE VII
schisme étaient restés infructueux. Dès lors les Lettres annuelles de la résidence de Poitiers mentionnent régulièrement le retour au bercail de quelques-unes de ces brebis égarées.
Si les difficultés et les contradictions ne manquèrent pas tout d'abord à la Compagnie de Jésus dans une ville où elle devait par la suite rencontrer tant de dévouements et créer des œuvres importantes, elle en triompha grâce surtout à la bienveillance discrète et généreuse de l'évéque qui occupait alors le siège de saint Hilaire. Aussi garde-t-elle un souvenir reconnaissant à la mémoire de Mgr Guitton. « Cœur ardent et pénétré du sentiment de la dignité de l'Église, a écrit de lui son illustre successeur le cardinal Pie, il sut proférer de nobles paroles pour la liberté d'enseignement et pour la liberté des ordres religieux qu'il défendit avec chaleur en France et à Piome. »
De cette même époque date encore la fondation de la résidence de Lille ; aucune ne fut plus traversée et plus laborieuse. Les catholiques de la région du Nord qui avaientobtenu, à force d'instances et de sacrifices, la création, hors de la frontière, du collège de Brugeletle, eussent de grand cœur contribué à l'érection d'une maison de la Compagnie sur leur territoire; des démarches furent faites dans ce buta plusieurs reprises; des pétitions existent aux archives, signées de personnages haut placés. Mais on se heurtait à une opposition irréductible. Le siège illustré par Fénelon avait alors pour titulaire Louis Belmas, ancien curé jureur de Castelnaudary, puis coadjuteur de l'évêque de l'Aude. 11 fut l'un des douze évèques constitutionnels imposés par Bonaparte, malgré les résistances de Pie VII, lors de la signature du Concordat. Il avait refusé la rétractation explicite demandée par Consalvi et s'était borné à écrire au Pape un billet de soumission. Ce prélat dont l'administration dura près de quarante ans, et qui d'ailleurs n'était pas sans mérite, tenait de son éducation gallicane et janséniste une antipathie
violente pour les Ordres religieux en général et spécialement pour celui de saint Ignace. Lui vivant, la Compagnie de Jésus ne pouvait espérer reprendre pied dans ce diocèse de Cambrai, où elle avait jadis possédé une douzaine de collèges.
Cependant elle avait dans le clergé de Lille un ami fervent. L'abbé Bernard y jouissait d'une considération exceptionnelle due à sa haute valeur non moins qu'à ses éminentes vertus sacerdotales. Curé de Sainte-Catherine, la paroisse la plus populeuse, mais aussi la plus pauvre de la ville, il y déployait un zèle fécond en ressources et toujours en éveil. Son vœu le plus cher était de procurer à la grande cité le secours d'une communauté de missionnaires, et s'il se pouvait, de Jésuites. 11 y était encouragé par son directeur l'abbé MoUevault, Supérieur de Saint- Sulpice, qui lui écrivait à ce propos : « La seule chose qui doive vous occuper est une résidence des Pères dans votre paroisse; avec cela vous aurez tout... Les Jésuites font du bien partout, que d'autres ne feraient jamais; c'est pour ce motif qu'on ne les laisse pas tranquilles *... »
Ce fut grâce au crédit de l'abbé Bernard et dans l'église de Sainte-Catherine qu'un Jésuite put, pour la première fois depuis le rétablissement de la Compagnie, paraître en chaire à Lille, pour une solennité paroissiale. Mgr Belmas s'était quelque peu relâché de son intransigeance; il mourut cette année même, âgé de 84 ans. (12 Juillet 1841.)
Quelques mois plus tard, pendant la vacance du siège, un autre Père fut appelé pour prêcher au chef-lieu même du diocèse. Il en résulta une manifestation assez étrange qui permet de juger l'état des esprits. Voici comment le Provincial de Paris faisait part de l'incident au Père Général : « J'ai envoyé un prédicateur d'Aventà Cambrai, sur la demande d'un des vicaires capitulaires, avec l'agrément de ses deux collègues. La station fut commencée ; le premier sermon eut un plein succès... Les partisans de