CHAPITRE VII
l'évêque défunt, dont la manière de voir par rapport à la Compagnie vous est connue, se remuèrent; ils prétendirent que laisser prêcher un Jésuite était outrager la mémoire du prélat décédé.. . En conséquence défense fut faite au Père Félix Liot de remonter dans la chaire de la métropole... L'humble et joyeuse résignation du Père a fait plus de bien que n'en aurait pu faire la station. » (7 Janvier 1842.)
Mais déjà le siège épiscopal de Cambrai, érigé de nouveau en archevêché, avait reçu un autre titulaire. Mgr Giraud, qui bientôt allait revêtir la pourpre cardinalice, apportait à l'administration de son immense diocèse des dispositions différentes de celles de son prédécesseur. Les religieux ne seraient plus repoussés systématiquement; les Jésuites eux-mêmes seraient accueillis avec bonté.
Dès 1842 ils sont appelés à Roubaix, à Douai, dans d'autres villes encore ; puis c'est à Saint-Maurice, la principale église de Lille, qu'un Jésuite prêche Tannée suivante la station quadragésimale. Mieux encore, l'abbé Bernard retenait à demeure un ou deux Pères au presbytère de Sainte-Catherine, qui devint ainsi le véritable berceau de la résidence. L'un d'eux le Père Vitse, qui avait été vicaire dans une autre paroisse de Lille, y séjourna plus d'une année, toujours à la disposition des curés de la ville qui recouraient volontiers aux services d'un ancien confrère. Ce fut toutefois à Sainte-Catherine que son zèle et sa parole ardente se dépensèrent de façon plus heureuse. Cette modeste église possédait alors la statue de Notre-Dame de la Treille, regardée depuis des siècles par la population lilloise comme le Palladium de la cité. Elle 3' avait été déposée quelques années auparavant par une pieuse famille qui l'avait sauvée de la profanation, lorsque l'impiété révolutionnaire s'abattit sur la magnifique collégiale de Saint-Pierre, où elle avait été honorée pendant huit cents ans. La vénérable madone, presque oubliée dans une chapelle obscure, ne recevait
plus que la visite et les hommages de rares fidèles desquels on aurait pu dire
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des anciens jours nous retracer quelque ombre.
D'accord avec l'abbé Bernard, le Jésuite entreprit de réveiller la dévotion publique assoupie plutôt qu'éteinte. En mai 1843, on inaugura dans l'église de Sainte-Catherine les exercices du mois de Marie. L'évéque Belmas n'avait jamais permis l'introduction de cette nouveauté dans le diocèse de Cambrai. A cette occasion l'image miraculeuse fut exposée en grand apparat, au milieu des fleurs et des lumières ; le prédicateur ne se contenta pas de célébrer du haut de la chaire les louanges de la Mère de Dieu; pour atteindre la population tout entière, il publia une Histoire de Notre-Dame de la Treille, auguste et miraculeuse patronne de la ville de Lille. Le Père n'eut d'ailleurs qu'à s'inspirer de l'exemple et des travaux d'un de ses devanciers. Un Jésuite lillois du dix-septième siècle, le Père Jean Yincart, avait composé une double Histoire delà madone protectrice de sa ville natale ; l'une, en latin et avec force poésies, selon la mode du temps, formait un volumineux in-folio ; elle parut en 1636 ; en 1670, à la requête du clergé et des magistrats, il en donna une édition française abrégée, à l'usage du peuple.
On peut bien dire que le mois de Marie de Sainte- Catherine fut le point de départ d'un renouveau de la dévotion traditionnelle des Lillois envers la patronne de leur ville. On sait quel splendide témoignage ils devaient en donner par la suite. La construction du sanctuaire de Notre-Dame de la Treille a été entreprise sur d'assez vastes proportions et avec assez de magnificence pour qu'il put devenir une cathédrale digne de la grande cité, le jour où Rome lui donnerait un évêque.
Quant à l'établissement de la Compagnie de Jésus à Lille, il allait suivre de près la restauration du culte de