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CHAPITRE VIII

En l'espace de sept ans, à la suite de la division de la France en deux Provinces, la Compagnie de Jésus avait fondé quinze résidences nouvelles. (1836-1843.)

Bien d'autres établissements lui avaient été proposés. Nous voyons, par exemple, dès 1838, le vaillant curé de Genève, M. Vuarin, solliciter la création d'un collège français à Garouge. Le Père Renault, Provincial de Lyon, se montre tout disposé à seconder ses intentions; mais des obstacles insurmontables font abandonner le projet. (26 Octobre 1838.) Moins de deux ans après, le Père Maillard se voit obligé de s'en occuper à son tour : « L'infatigable curé de Genève vient encore de m'écrire une seconde lettre. Il presse, il presse, comme un vieillard qui veut avoir achevé ce qu'il a entrepris. » (5 Avril 1840.) Malheureusement celte fois encore on allait se heurter à une opposition irréductible. A quelques jours de là en effet le Père général répondait au Provincial de Lyon : « Il faut décidément renoncer au projet de collège à Genève que M. le curé pressait si vivement. Jamais on ne pourra obtenir, du moins de son vivant, une garantie quelconque de la part du Gouvernement. De plus, le digne curé est effrayé, abattu par les tentatives des ministres tout puissants dans le Conseil, En sorte qu'il vient de m'écrire, lui-même que la prudence exige que nous cédions aux circonstances, que le projet de son collège doit être ajourné, qu'il n'y faut plus penser. » (29 Avril 1840.)

A la même époque on reprenait les négociations qui avaient échoué en 1828 pour la fondation d'un collège à Jersey. Les susceptibilités protestantes qui avaient entravé l'affaire paraissaient apaisées. « Les habitants, écrit le Père Guidée, regrettent maintenant que l'on n'ait pas abouti » (il Octobre 1839.) Des difïicultés surgirent cependant; mais enfin au bout de trois ans, on sembla sur le point de conclure. Le Père Boulanger, successeur du Père Guidée,

écrit en effet le 22 septembre 1842 : « L'affaire du collège de Jersey est en bonne voie. L'évêque de Londres est enchanté. Le Père Delineau a été envoyé pour tout préparer. » Mais l'esprit des insulaires n'était pas encore, comme on se l'imaginait, ouvert à la tolérance. Ce n'est que quarante ans plus tard que les Jésuites français devaient trouver à Jersey une population d'humeur plus hospitalière.

A Nancy, INIgr de Forbin-Janson et son coadjuteur, Mgr Donnet, faisaient instance au lendemain de la division des Provinces, pour avoir le Père Boulanger comme Supérieur du grand séminaire. Il était alors recteur du scolasticat de Vais. Le Père Provincial de Paris, de qui dépendait le Père Boulanger, ne crut pas devoir accorder d'abord une demande assez insolite; mais il finit par céder. Le diocèse de Nancy se trouvait dans une situation critique. L'évêque n'y était plus entré depuis les mauvais jours de 1830, où il avait failli être massacré. L'ancien compagnon du Père Rauzan aux Missions de France avait moins de prudence que de charité et de zèle; jusque dans les rangs du clergé les esprits étaient surexcités contre lui au point de rendre son retour presque impossible. Les idées mennaisiennestrès en faveur parmi les jeunes prêtres n'étaient pas pour faciliter l'apaisement. Le coadjuteur avait heureusement conquis la sympathie universelle; mais il venait d'être nommé à l'archevêché de Bordeaux. C'est dans ces conjonctures que l'on faisait appel au dévouement du Père Boulanger, qui avait appartenu au clergé de Nancy et y avait laissé le souvenir d'un prêtra éminent par la science et par le caractère. L'administration diocésaine promettait de rendre à la Compagnie son ancienne résidence et peut être même, si les circonstances le permettaient, le collège de Pont-à-Mousson, maison chère entre toutes à la famille de saint Ignace. Le Père Boulanger, en quittant Vais sur la fin de 1836, vint en effet prendre la direction du grand séminaire de Nancy; il y passa un an ; ses efforts pour calmer les ressentiments

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