CHAPITRE VIII
et rétablir le respect de l'autorité épiscopale ne furent pas infructueux. On lui donna des témoignages d'affectueuse reconnaissance; quant au projet de résidence à Nancy, il fallait en remettre l'exécution à des temps meilleurs; Mgr de Forbin-Janson n'eut rien tant désiré que d'installer les Jésuites dans son diocèse; mais c'eût été un grief de plus que les adversaires du prélat n'auraient pas manqué d'exploiter contre lui.
A l'autre extrémité du pays c'est le pieux évéque de Bayonne, Mgr Lacroix, qui les appelle dans son diocèse d'une façon touchante : « Je viens en toute simplicité, écrit-il au Provincial de Lyon, et au nom de notre divin Sauveur, vous demander une grande grâce; c'est de vouloir bien établir à Bayonne une résidence des bons Pères de votre Compagnie. » (14 Octobre 1840.) Le Père Maillard, donnant avis de cette requête au Père Général, entre dans quelques détails : « Mgr nous offre un local assez vaste, une chapelle ou église ouverte au public, de plus un très grand jardin et un terrain fort spacieux où l'on pourrait encore bâtir. » (7 Novembre 1840.)
Beaucoup d'autres propositions de ce genre arrivent au cours des années suivantes, de la région du Midi. Le Père Druilhet écrit de Toulouse : « Un bon nombre d'établissements nous sont proposés dans divers diocèses. Bayonne, Perpignan, Pamiers, Montauban, Glermont ont fait des demandes. » (4 Octobre 1844.) Ce n'étaient pas les seules. Après avoir renvoyé au Provincial de Lyon celle de Mgr Gasanelli, évêque d'Ajaccio, pour Bastia (6 août 1844), le Père Général répond quelques jours après dans une autre lettre au sujet de quatre demandes semblables venues de Gahors, de Tulle, de Foix et d'Oloron : « Ces offres sont une preuve de la bénédiction du bon Dieu sur les travaux •de la Gompagnie. Mais il faut en ajourner l'acceptation, sans s'engager pour une époque fixe. » (27 Août 1844.)
Au Nord comme au Midi les Jésuites n'avaient plus d'autre parti à prendre, sous peine d'affaiblir leur action en la dispersant. Aussi après la fondation de Poitiers
(1843), aucune maison nouvelle ne fut acceptée jusqu'au jour où la loi sur la liberté d'enseignement vint ouvrir à la Compagnie un autre champ d'apostolat. En attendant, les deux Provinces françaises avaient à desservir A^ngt-huit résidences, quinze pour celle de Paris, treize pour celle de Lyon. En outre la Province de Paris avait à sa charge le collège de Brugelette ; celle de Lyon fournissait, pour une part plus ou moins considérable, le personnel de ceux de Fribourg, de Ghambéry et de Mélan V Mais surtout, les Jésuites français commençaient vers cette époque à partir nombreux pour les Missions lointaines.
L'année 1840 ramenait pour la famille de saint Ignace une date mémorable. Trois siècles s'étaient écoulés depuis que le Pape Paul III avait confirmé par l'autorité apostolique l'Institut de la Compagnie de Jésus et avait érigé la Société naissante en Ordre religieux. A l'occasion de ce tricentenaire le Père Général, Jean Roothaan, adressa aux Jésuites du monde entier une lettre dont notre Histoire ne saurait se désintéresser. C'est en effet dans les documents de ce genre, documents de caractère familial et confidentiel, que l'on peut saisir sur le vif les ressorts qui mettent en mouvement le corps de la Société, et spécialement l'action du chef sur les membres, action qui dans la légende s'enveloppe d'un mystère impénétrable, parce que sans doute inavouable. Bien des calomnies tomberaient, croyons-nous, bien des préjugés s'évanouiraient,
I. Voici quel était en iSS^ le nombre des Jësuites français faisant partie du personnel enseignant
Prov. de Paris. Prov. de Lyon Total
Au collège de Brugelette 29 29
« Fribourg 5 .'.... 17 aa
« Ghambéry 2 17 19
« Mélan » i3 i3
Total 83
dont 65 prêtres, 9 scolasliques et 9 Fr. coadjuteiu's .