CHAPITRE VllI
surnaturelles se ressaisit : Après tout, c'est l'œuvre de Dieu qui choisit tels instruments qu'il lui plait. Nous ne sommes pas autre chose que des instruments entre ses mains. C'est la doctrine familière à saint Ignace, qui y ajoute par manière de commentaire la maxime bien connue : Il importe sans doute que l'instrument soit aussi parfait que possible, mais il importe davantage que l'instrument soit bien uni à celui qui veut s'en servir. Et puisque c'est la sainteté qui nous unit à Dieu, mieux vaut pour l'ouvrier apostolique la sainteté que la science et les talents.
La lettre se termine par une exhortation pathétique à tous les enfants de la Compagnie pour qu'ils soient donc entre les mains de Dieu des instruments prêts à tous les travaux à quoi il voudra les employer. Car enfin, « pourrait-il s'en trouver parmi eux un seul assez lâche, assez dégénéré pour ne pas désirer que Dieu opère en lui et par lui de grandes choses, qui oublie à ce point la fin de sa vocation, la plus grande gloire de Dieu»? Et ils seront ces instruments propres aux grandes choses si, sans rien négliger pour le développement de leur valeur personnelle, ils s'adonnent surtout à la pratique des vertus solides et parfaites, et tout spécialement de l'humilité.
Tel est dans ses grandes lignes l'ordre du jour que le Général des Jésuites adressait à ses troupes au seuil de l'année séculaire. «Que cette année si solennelle pour nous, concluait-il, s'écoule sans aucun éclat, sans aucune pompe extérieure, puisque notre situation et le malheur des temps le demandent; mais qu'une ardeur plus vive pour notre perfection, qu'un zèle plus insatiable pour le salut des âmes en fassent une année à part, une année distinguée entre toutes les autres!»
La lettre du Père Roothaan porte la date du 27 décembre 1839; en la communiquant aux maisons de leurs Provinces, le Père Guidée et le Père Maillard l'accompagnèrent de recommandations sur certains points de discipline ou de perfection religieuse, comme la pureté de conscience,
la droiture d'intention, l'esprit de foi, la simplicité et la pauvreté dans la vie extérieure, le zèle dans l'accomplissement de son emploi, etc. Quelques pratiques de piété étaient prescrites, et, conformément au désir du Père Général, une retraite publique devait être prêchée dans les derniers mois de l'année, partout où la chose serait possible, sans qu'il fut d'ailleurs nécessaire d'en faire connaître le motif. Une autre circulaire provinciale postérieure de quelques semaines invitait également toutes les maisons françaises de la Compagnie à célébrer une neu vaine ou un triduum d'actions de grâces pour la canonisation de saint François de Hiéronymo'. L'année 1840 était exceptionnellement féconde en consolations pour la famille de saint Ignace. Si nous entrons dans ce détail, ce n'est pas par souci d'une exactitude minutieuse; mais pour qui veut connaître les Jésuites, il n'est pas indifférent de savoir quels événements marquent dans leur vie et sont pour eux sujets de réjouissances.
En rappelant la destruction de la Compagnie de Jésus au siècle précédent, alors qu'elle paraissait avoir atteint l'apogée de la prospérité, le Père Général faisait observer que «ni la science et la vertu, ni les succès brillants, ni ce qu'on appelle des actions immortelles, ni la faveur des puissants de ce monde, ne sauraient soutenir une institution humaine, si Dieu ne la soutient ». Aussi exhortait-il sa famille religieuse, au moment où un siècle nouveau s'ouvrait devant elle, ànepoint compter sur les talents et le mérite de ses membres, sur les services rendus, non plus que sur l'amitié des gens riches et influents, mais à chercher plus haut appui et protection. Lui-même donnait l'exemple. A toutes les heures difficiles, on le voit invariablement et comme d'instinct recourir tout d'abord
I. Le Bienheureux François de Hiéronymo, de la Compagnie de Jésus, avait été inscrit au Catalogue des Saints, par le Pape GrégoireXVI, le a6 mai 1839 , en même temps que les BB. Alphonse-Marie de Ligori et Jean delà Croix.