CHAPITRE VIII
donnent des signes de vie. » Au surplus, l'attachement du fondateur de Notre-Dame de Sion pour la Compagnie de Jésus ne se démentit jamais. Parvenu presque au terme de sa vie, il écrivait dans ses Souvenirs : « Jamais je n'ai cessé d'aimer et d'admirer les Jésuites depuis que j'ai appris à les connaître. Gomment ne pas les aimer quand on aime l'Église? Us sont toujours en butte aux inimitiés et aux persécutions de l'esprit du monde; car ils sont de ceux à qui le Seigneur a dit : Vous serez haïs à cause de mon nom. — Mais combien j'ai soufiert de laisser croire que j'avais agi avec duplicité à leur égard ^ ! »
Les Jésuites français pouvaient célébrer dans la joie de leur cœur le troisième centenaire de leur Ordre. Cette date de 1840 est de celles qui mériteraient d'être marquées dans leur Histoire du classique caillou blanc, albo signanda lapillo. Elle rappelle une courte période d'accalmie dans une existence vouée à de perpétuelles agitations; c'est une éclaircie dans un ciel d'ordinaire orageux .
Nous avons vu le Père Maillard se féliciter, avec son habituelle belle humeur, de trouver dans les noviciats de sa Province le chiffre des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur. Les travaux des ouvriers de la Gompagniene lui causent pas une moindre satisfaction : «Jamais, écrit-il à la suite du Carême de 1840, jamais peut-être même dans les meilleurs temps, le succès n'a été si universel, ni si grand. C'est partout le même accord sur les fruits merveilleux de grâce et les bénédictions qui ont accompagné les œuvres du zèle et de la charité. » Deux ans après ce sera encore un bulletin de victoire : « Votre Paternité a déjà vu dans VAmi de la Religion le prodigieux résultat de la retraite du Père de Ravignan. Je puis dire aujourd'hui que les mêmes merveilles à peu près ont récompensé le zèle de trois ou quatre autres de nos
\. Le T. R. P. Théodore Ratisbonne. T. 1, p. 563.
prédicateurs. Le Père Nivet,à Saint-Etienne, a fait approcher de la Sainte Table, dans une seule paroisse, 1.200 hommes ; le Père Guyon, à Fécamp, a réuni dans une communion générale plus de 2,500 hommes. Au Puy c'est au delà même du merveilleux, si je puis dire, que le Père de Bussy a recueilli du succès; là, à l'occasion du Jubilé de Notre-Dame, nos Pères ont confessé des hommes par milliers et par milliers. Monseigneur nous a remerciés, en me disant qu'il donnait de tout son cœur à la Compagnie trois de ses meilleurs élèves du séminaire qui venaient de lui demander d'entrer chez nous. » (6 Avril 1842.) Et quelques mois plus tard, rendant compte au Père Général des résultats de cette même année 1842 : « Notre Province compte quarante-trois sujets de plus que l'an dernier, et il semble que la qualité l'emporte comme le nombre. Pour les œuvres, je laisse parier les Annuelles. Votre Paternité ne les parcourra pas sans consolation. Elles sont l'image réelle et l'expression vivante de l'activité et des travaux de nos chers ouvriers". » (7 Janvier 1843.)
Les Lettres annuelles auxquelles le Père Provincial fait ici allusion renferment en effet quantité de conversions admirables, d'actes de vertu peu ordinaires et d'autres faits édifiants ; mais ce qui est plus significatif encore et importe davantage à notre sujet, ce sont les quelques chiffres qui résument l'activité apostolique des Jésuites d'une Province française"^. La France offrait d'ailleurs à ce
I. Gomme le nom l'indique, les Litterae annuae sont une soi-te de correspondance dans laquelle chaque maison de la Compagnie mentionne ce qui, dans son Histoire de l'année, peut avoir quelque intérêt pour l'ensemble de la famille religieuse. C'est afin de l'atteindre tout entière qu'elles sont rédigées en latin. L'usage en remonte à saint Ignace luimême. C'est une source d'information précieuse pour l'Histoire de son Ordre; elle le serait davantage si un scrupule, d'ailleurs facile à comprendre, n'en excluait les noms propres.
a. Les Lettres dont parle ici le P. Maillard donnent pour le bilan des œuvres de la Province de Lyon en 1842 les clulfres suivants: Confessions, 418.000; Missions, 60; Stations de Carême, 49; Congrégations érigées, 69; Congrégations dirigées, 87.