CHAPITRE IX
que de voiries évêques descendre dans l'arène et saisir le public par la voie de la presse de leurs griefs contre l'Université. Aussi, à la date du 5 Avril, le ministre des Cultes, M. Martin du Nord, leur adressait une circulaire « très confidentielle » pour les en dissuader. Le document est curieux. Dans un langage plein de modération et même de déférence, le ministre s'efforce de convaincre les évêques qu'il serait malséant pour leur caractère de se mêler aux discussions politiques à la façon des journalistes. Qu'ils écrivent plutôt directement au ministre pour lui faire leurs représentations et lui exposer leurs désirs. Ils peuvent être assurés qu'on y prêtera toujours la plus bienveillante attention ^
A vrai dire, l'épiscopat n'était pas encore unanime sur la meilleure méthode à adopter. Au début de sa première Lettre sur le monopole universitaire, l'évêque de Chartres disait : « J'ai reçu la missive du ministre des Cultes pour m'engager à me taire ; mais cela ne peut pas effacer de mon esprit la parole des Apôtres : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes... » Quelques autres, l'archevêque de Paris à leur tête, étaient d'avis de s'en tenir à la ligne de conduite tracée dans la circulaire; l'archevêque de Besançon, le futur cardinal ^lathieu, affirmait qu'elle lui avait toujours réussi. Par contre le cardinal de Bonald disait à qui voulait l'entendre : « Si j'écrivais au ministre, même au Pioi, ma lettre serait oubliée dans quelque carton ; c'est parce que j'ai protesté publiquement que l'on n'a pas osé faire certaines nominations. » Montalembert, lui, déclarait nettement que, en haut lieu, on se moquait de ces recours discrets au bon vouloir ministériel :
« Nous savons bien, disait-il dans son manifeste, que la grande majorité des évêques ont adressé au ministre des plaintes énergiques et réitérées contre la direction de cet enseignement et contre le déni de justice qu'implique le maintien du monopole; nous avons même vu des lettres