‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 260 sur 382 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Tiiinistre de l'Instruction publique fut un coup douloureusement ressenti clans le camp universitaire; on en peut juger par l'irritation qu'elle y causa : « Ce M. Louis Veuillot, écrivait Sainte-Beuve, est l'une des plus insolentes plumes du parti... » Gela rappelle le cri échappé au vieux roi de Prusse témoin d'une charge des escadrons français : « Oh! l'insolente nation! »

Deux mois plus tard paraissait la brochure de Montalembert : Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement. C'était une sorte de proclamation adressée par un chef à ses troupes, proclamation véhémente où les objurgations ne manquaient pas : « Si vous l'aviez voulu, disait-il, évêques de France et vous, pères de familles catholiques, il y a longtemps déjà que nous serions libres, et le jour où vous le voudrez sérieusement et énergiquement, nous le serons... Les catholiquesn'ont rien à espérer des Chambres ni de la Couronne. Ils ont depuis trop longtemps l'habitude de compter sur tout, excepté sur eux-mêmes... Nombreux, riches, estimés parleurs plus violents adversaires, il ne leur manque qu'une seule chose, c'est le courage... Dans la vie publique ils sont catholiques rt/;/'èi" tout, au lieu de VèX-ve. avant tout... Ils n'obtiendront rien jusqu'à ce qu'ils se décident à agir virilement...; jusqu'à ce qu'ils soient devenus ce qu'on appelle en langage parlementaire un embarras sérieux. Alors seulement, on daignera prendre en considération leurs droits, leurs vœux et leurs plaintes. »

iSIontalembert traçait ensuite le plan de bataille et indiquait les armes que les institutions d'un peuple libre mettaient à la disposition des catholiques, et avec lesquelles ils pouvaient « briser le joug d'une législation abusive qui est un attentat aux droits de la conscience, de la famille et de la société ». Puis il concluait, comme il l'eût fait devant un auditoire subjugué par son irrésistible éloquence :

« Si vous ne le brisez, ce joug odieux, catholiques, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes. Si vous vous laissez

tromper par des paroles tantôt doucereuses, tantôt insolentes et hautaines des chefs de l'Université; si vous vous endormez avec une béate confiance dans je ne sais quelles promesses cent fois démenties; si chaque fois qu'il s'élève parmi vous des voix désintéressées et intrépides pour flétrir la tyrannie, vous criez au danger et à l'imprudence, alors, vous pouvez y compter, cette tyrannie durera et se fortifiera en durant; comptez-y aussi, vous serez punis de votre lâcheté et de votre mollesse dans votre postérité; le germe infect qui vous effraye se transmettra et se propagera de génération en génération et les enfants de vos enfants seront exploités, comme l'ont été leurs pères, par des rhéteurs, des sophistes et des hypocrites. Dormez maintenant, si vous le pouvez, ilotes volontaires, en présence d'un tel avenir; mais cessez de vous plaindre, en dormant, d'un mal dont le remède prompt et facile est entre vos mains, subissez en silence le sort que vous avez voulu et que vous avez mérité. »

Lesévêques ainsi admonestés au passage par « le jeune pair », en même temps que leurs ouailles, commençaient à entrer dans le mouvement ; aux réclamations contre les écarts de l'enseignement philosophique ils osaient joindre des protestations contre le monopole. « 11 est incroyable, écrivait l'indomptable évêque de Chartres, que, après les preuves actuelles, flagrantes, incomparables par leurforce et leur évidence de l'esprit antichrétien et anticatholique que l'Université communique à ses élèves, on force des milliers de parents catholiques à conduire eux-mêmes leurs enfants à cette source où ils s'abreuveront de doctrines directement contraires à leur foi. Je ne crains point de le dire, cette épreuve, quoique exempte de violences extérieures et de persécutions déclarées, est la plus terrible et la plus dangereuse à laquelle aient jamais été soumis les membres de la vraie Eglise.^ »

Rien ne pouvait être plus désagréable au Gouvernement

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