CHAPITRE X
dont les Jésuites ne soient capables, jusqu'à escalader la nuit les corniches des maisons de Lyon pour y placer des madones de plâtre '. Dites un mot, fournissez-leur les fonds, ils sont prêts à entreprendre des missions en Chine, aux Indes, en Angleterre ; mais ne leur parlez pas d'affranchir le clergé rural... ^ »
Le journal qui sous la Restauration s'était fait une spécialité de la guerre aux Jésuites, qui maintenant publiait en feuilleton le roman d'Eugène Sue, le Constitutionnel, ne pouvait se laisser dépasser dans ce concours de méchancetés et d'inepties. Grâce au Juif errant, c'était à cent mille lecteurs qu'il apportait de terrifiantes informations sur les menées et les progrès des fils de Loyola. Un jour c'est une correspondance d'Amiens sur les Jésuites de Saint-Acheul : « Ils sont une cinquantaine... Que fait là cette sainte et illégale agglomération de gens qui n'ont pas l'honneur d'être citoyens français? Ce que les Jésuites font partout. Ils s'insinuent; ils travaillent à dominer le clergé... Votre journal annonçait dans ces derniers temps que, depuis 1830, les Jésuites avaient acquis pour cinq ou six millions de biens fonds dans le seul département du Rhône ; je n'évaluerai pas leurs possessions dans la Somme ; mais elles sont énormes... Ils acquièrent cette fortune en captant les testaments; mais que sera-ce donc, lorsque, • après avoir renversé l'Université, ils pourront ouvrir des écoles et abêtir la jeunesse de France? » L'article est du 8 octobre 1843; il y en a d'autres le 10 et le 11 dans le même goût.
On n'oublie pas en effet la grosse question du jour; on y revient à temps et à contre-temps; tout y ramène. Ce
I. Le Père Adrien Nampon s'était en efTet employé à faire rétablir les statues de la Sainte Vierge très nombreuses autrefois aux angles des rues de Lyon. C'est ce que le chroniqueur essaie de ridiculiser.
•i. Le National, i(> Juin i8/(3. C'est le paragraphe flnal d'un long article, sous la rubrique Variétés, à propos du livre des abbés Allignol sur le prétendu asservissement du clergé vis-à-vis de l'autorité épiscopale. L'article est signé F. G. (évidemment François Génin). On a vu dans son livre que cet asservissement est un des méfaits des Jésuites.
sont les Jésuites qui en veulent au monopole de l'Université. Le clergé ne se soucie pas de la liberté d'enseignement; il a autre chose à faire. « Mais il y a en France une Congrégation qui aspire au partage d'abord, puis ensuite au monopole de l'enseignement. Cette Congrégation pèse sur le clergé séculier et le presse à se faire violent, injurieux, flatteur ou démagogue, à marcher par toutes les voies à la conquête d'une liberté dont il ne fera qu'un médiocre usage. 11 paiera les frais de la guerre et la victoire ne sera pas pour lui. La victoire, si jamais le Gouvernement avait la faiblesse de se rendre, serait exploitée par les Jésuites. Depuis longtemps tous leurs efforts sont dirigés de ce côté ; ils laissent aux simples prêtres les travaux du sacerdoce ; ils se réservent de façonner les générations naissantes à leur joug par l'éducation publique. Le moyen leur paraît plus sûr pour arriver à la domination. » (5 Octobre 1843.)
On est ici sur le vrai terrain de la défense du monopole ; le rédacteur universitaire y installe ses batteries et tire sans se lasser et sans souci des redites : « Il est évident pour tout homme de bonne foi que la querelle où s'engagent malheureusement un certain nombre d'évêques est celle des Jésuites contre l'Université. » Si on les voit réclamer la liberté d'enseignement, c'est que « les quarante-sept établissements que les Jésuites ont fondés en France en dépit des lois, sont pourvus de professeurs et prêts à recevoir des élèves... Les pieux curés et les desservants des paroisses ne songent pas le moins du monde à déserter la chaire évangélique pour une chaire de rhétorique ou de grammaire... L'intérêt des Jésuites est ici seul enjeu. » (12 Novembre 1843.) Comme Génin, le Constitutionnel s'essaie à plaisanter sur la guérison miraculeuse du jeune ClifFord, élève des Jésuites de Fribourg : « Au temps de la querelle des Jansénistes et des disciples de saint Ignace on répondait aux miracles par des miracles... L'Université n'a pas besoin de cette espèce d'argument; elle y renonce d'avance. MM. les proviseurs s'avoueront