CHAPITRE XI
qu'une mesure de circonstance soit définitivement consacrée par une loi. Il est cependant bien temps de reviser et de réformer le jugement provisoire qui fut prononcé contre l'Évangile...
« Pourquoi condamne-t-on les conseils évangéliques jusqu'à frapper ceux qui lespratiquentd'une peine énorme, jusqu'à les priver d'une capacité accordée à tous les Français? Leur vertu est-elle un crime ?... Pas une raison qui justifie l'exclusion prononcée contre les Congrégations religieuses, dont les membres méritent une telle estime que le projet de loi s'en rapporte à leur simple déclaration sans admettre l'idée d'un mensonge de leur part'. »
Dans les lettres collectives la formule de protestation est plus sobre mais pas moins énergique. Elles reproduisent avec des variantes celle de la province ecclésiastique de Lyon : « En exigeant la déclaration écrite et signée qu'on n'appartient pas à une Congrégation religieuse non autorisée par l'Etat, on envahit le domaine inviolable de la conscience et l'on punit comme un crime ce que notre sainte Religion, ce que nos saintes Écritures nous ordonnent de regarder comme un moyen de perfection^. »
C'est pendant les premiers mois de 1844, en attendant la discussion du projet de loi, que la querelle soulevée autour du monopole paraît atteindre son paroxysme. L'épiscopat est engagé à fond ; l'Ami delà Religion peut écrire que pas un évêque ne s'est abstenu : « Tous ont envoyé au gouvernement leurs protestations; seulement quelques-uns ne les ont pas encore rendues publiques 3. » Leurs appréciations, leurs plaintes sur l'enseignement universitaire sont empreintes d'une sévérité qu'ils ne se mettent guère en peine d'atténuer: « Je dirai donc, écrit l'un d'eux, que si la jeunesse française continuait à être élevée par l'Université, un jour viendrait, et ce jour ne
1 . Réclamation adressée au Roi en son Conseil. (Actes épiscopaux, etc.)