CHAPITRE XI
enseignement du collège de France ». Avec une acrimonie plus froide, M. Dupin vint à son tour décrire ce qu'il appelait « le mouvement insurrectionnel » d'une partie du clergé. Il termina son réquisitoire par une invitation à l'adresse du Gouvernement où se résumait tout l'état d'âme parlementaire janséniste : « Soyez implacable! ' »
Ces objurgations et ces sommations contristaient l'àme pacifique du ministre des Cultes. M. Martin du Nord croyait bien avoir fait tout son devoir; il avait admonesté l'archevêque de Paris, rappelé à l'ordre ici et là plusieurs autres dignitaires ecclésiastiques, traduit en justice l'abbé Gombalot. Aux yeux de ses interpellateurs c'était insuffisant; il aurait du poursuivre les évéques qui félicitaient l'abbé de sa condamnation, à commencer par le cardinal de Donald. L'infortuné ministre se résigna en effet à rédiger une nouvelle circulaire confidentielle à l'épiscopat. Elle porte la date du 5 avril 1844. Malgré soi, en lisant cette pièce, on pense au magister brandissant la férule dans une classe houleuse. Après avoir gourmande les évéques parlant trop haut, et fait l'apologie de l'enseignement universitaire, le ministre veut bien leur reconnaître le droit de faire des observations sur les doctrines, mais, s'ils continuent à attaquer l'Université, ils seront déférés au Conseil d'État ; et comme dans l'Université c'est l'État luimême que l'on attaque, « il pourrait y avoir un autre jugement que celui du Conseil d'État ». Allusion aux tribunaux civils qui distribuent amendes et prison.
Hâtons-nous de dire que la cause de l'Église et du clergé français ne resta pas sans défenseur. Ce fut Montalembert qui se chargea de donner la réplique à M. Dupin. Lui aussi, il profita de la discussion des fonds secrets, à la Chambre des Pairs, pour affirmer le droit des catholiques et même des prêtres et des évéques, à l'usage des
I . Ce « mot de la un » absolument authentique produisit toutefois une impression plutôt fâcheuse. On le remplaça dans le compte rendu olliciel par : Soyez inflexible. {Moniteur, Séance de la Chambre des Députés du ig mars i844-)
libertés communes de parler et d'écrire. Il eut ce jour-là une inspiration qui peut compter parmi les plus belles de sa carrière oratoire : « Au milieu d'un peuple libre, s'écriat-il en terminant, nous ne voulons pas être des ilotes; nous sommes les successeurs des martyrs, et nous ne tremblons pas devant les successeurs de Julien l'Apostat ; nous sommes les fils des croisés, et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire. » (16 Avril 1844.)
A ce moment la haute Assemblée était saisie du Rapport de sa commission et s'apprêtait à discuter la loi sur l'Instruction secondaire. « Voilà, écrivait le Provincial de Lyon, le malheureux projet de M. Villemain qui vient d'être lu à la Chambre des Pairs, à peu près tel qu'il est sorti des mains de son auteur; ni les réclamations si énergiques du corps épiscopal, ni le vœu si connu des catholiques n'ont frappé un moment la commission. Le ministère est pressé d'en finir de tant d'oppositions et de rester enfin maître du champ de bataille'. » La lecture dont parle le Père Maillard avait eu lieu le 12 avril. Louis Veuillot caractérisait en ces termes le Rapport et le. rapporteur : « M. le duc de Broglie est un honnête homme et un homme de talent... Mais étudiez l'Histoire. Toutes les époques vous montreront des talents et des probités de ce genre attachés de bonne foi aux projets de ministres prévaricateurs... Nous redoutions à bon droit cet art de poser les principes de la liberté pour conclure contre la liberté, cette glorification du monopole qui ressort de la critique de ses abus, ce dédain de la religion voilé sous le respect le plus apparent, ce parfait mépris pour les réclamations de l'Eglise que l'on sait cependant ne pas injurier, que l'on ne veut pas injurier; cette ingéniosité enfin qui recherche avec soin les améliorations possibles,