‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 37 sur 382 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gens cette ardeur au travail que stimule naturellement l'espoir d'une carrière brillante. Pour compliquer la situation, le collège où se faisaient les cours, entretenu par l'administration cantonale, devait régler son enseignement sur les besoins de la Suisse. Or, les programmes des examens de France étaient tout autres. La loi française ne permettait même pas aux élèves de Fribourg de se présenter à l'épreuve du baccalauréat ' . »

Onconçoit que. dans de pareilles conditions, le rôle du préfet général réclamait un homme d'une valeur peu ordinaire. A lui en effet de maintenir la discipline, garantie du bon ordre, en même temps que l'entrain dans les études et la persévérance pour en assurer le succès. Le Père Barrelle fut vraiment l'homme de la situation. Par ses talents, ses vertus, ses qualités extérieures elles-mêmes, il conquit sur cette jeunesse l'ascendant qui est le propre des grands éducateurs et qui donne à leur action tout ensemble l'aisance et lefïicacité. Le Livre d'Or esquisse ainsi la physionomie du Père préfet de Fribourg: «D'une taille élevée et élégante, d'une régularité de traits remarquable, on pouvait dire de lui que c'était une grande et noble figure. Aussi avait-il le don d'imposer à première vue un sentiment de respect et d'exercer en même temps un prestige qui attirait à lui. D'une nature toute méridionale, il avait un genre d'éloquence qui entraînait et électrisait la jeunesse confiée à sa direction. On le craignait, on l'aimait et on le vénérait tout à la fois. »

Ces sentiments divers avaient si bien pénétré le cœur des pensionnaires de Fribourg que, instinctivement, ils se découvraient en passant devant la porte de la chambre du Père préfet, et cette habitude persévéra même après son départ. Comme corollaire à ces témoignagnes nous ajouterons celui d'un homme dont les jugements font autorité en matière pédagogique : « Je l'ai vu à l'œuvre au

I . Vie du R. P. Joseph Barrelle, par le P. Léon de Chazournes. Tome 1, p. 284. Paris, Pion, i858. L'auteur de celle biographie, un peu trop copieuse, avait été lui-même élève de Fribourg.

collège de Fribourg, écrivait Mgr Dupanloup peu après la mort du Père Barrelle ; c'était un véritable instituteur de la jeunesse. C'était la vraie et grande éducation qu'il donnait. Il était aimé et vénéré de tous ses nombreux élèves. Je l'ai entendu là prêcher toute cette jeunesse avec la plus vive éloquence; l'esprit, l'âme, le cœur, l'imagination; tout y était ^ »

Le Père Barrelle fut en effet dans l'exercice de ses fonctions pédagogiques, avant tout, prêtre et apôtre. Il ne lui suffisait pas de faire une police vigilante et sévère, non plus que de pourchasser la paresse et d'exciter par les stimulants ordinaires l'ardeur à l'étude ; il n'avait garde de négliger aucune des industries en usage avant lui; il sut même en inventer de nouvelles. Si nous en croyons l'auteur de sa Vie, c'est à Fribourg et par l'initiative du Père Barrelle qu'aurait été introduite pour la première fois la distribution en séance solennelle des témoignages à la fin de chaque mois. Cette innovation produisit des résultats si heureux qu'elle lut adoptée par la suite et s'est maintenue dans tous les collèges que les Jésuites français ont eu à diriger. Toutefois ces moyens extérieurs paraissaient secondaires au Père Barrelle ; ce vrai fils de saint Ignace voulait atteindre la volonté elle-même, y éveiller et mettre en jeu le moteur intime de la conduite, du travail, du devoir. Aussi le vit-on débuter dans sa charge de préfet général en prêchant la retraite du commencement de l'année ; c'était une innovation plus originale peut-être que celle dont nous avons parlé plus haut. Après cette prise de possession, il ne cessa plus en toute circonstance d'en appeler aux vues de la foi, d'imprégner de surnaturel ses exhortations, ses encouragements et ses réprimandes, et cela avec un accent pathétique, une parole chaude et vibrante où passait toute son âme et que sa réputation de sainteté rendait irrésistible.

A Fribourg comme à Saint-Acheul, les congrégations

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