‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 38 sur 382 · CHAPITRE II tô · texte numérisé non relu

CHAPITRE II tô

eurent un rôle considérable dans le fonctionnement de l'organisation scolaire. Elles y firent fleurir la piété, la régularité, le bon esprit, le travail, tout ce qui constitue la santé d'un collège chrétien. Chaque division avait la sienne; la première, celle des grands, était sous le vocable de la Sainte-Vierge; les deux autres avaient pour patrons les Saints-Anges et saint Louis-de-Gonzague. Deux noms surtout se détachent dans l'histoire des congrégations de Fribourg, ceux du Père Labonde et du Père Jeantier.

Le Père Pierre Labonde était déjà depuis des années directeur de la congrégation des Saints-Anges à Saint- Acheul. Il la transporta, si Ton peut dire, avec armes et bagages, au Pensionnat de Fribourg. De fait, il y amena, dès la première rentrée, avec un groupe d'élèves qui lui avaient été confiés par leurs familles, tout un attirail d'ornements, de bannières, de statues que ses petits congréganistes avaient voulu emporter avec eux en exil. En 1832 le Père Labonde devint directeur de la cono^régation de la Sainte-Vierge, qui comptait soixante-quinze membres, la plupart formés par lui dans la congrégation des Saints- Anges. C'est là qu'il fit paraître des qualités peu ordinaires pour un ministère délicat entre tous. Le Père Ramière qui avait été lui-même au nombre de ses congréganistes lui a rendu ce témoignage : « La congrégation de la Sainte- Vierge au collège de Fribourg est restée dans mon esprit comme un idéal auquel on n'a pu reprocher qu'une seule chose, sa trop grande perfection. Il faut avouer qu'on ne pourrait, sans témérité, chercher à établir dans la plupart des collèges, même les plus chrétiens, ce que le Père Labonde avait institué parmi ses congréganistes. Les plus fervents avaient le titre d'admoniteurs ou iïanges gardiens, et chacun des autres congréganistes devait en choisir un, spécialement chargé de l'avertir, de l'encourager, et au besoin de le corriger fraternellement. Pour mettre les anges gardiens en état de remplir leur office, ceux qui s'étaient librement confiés à leur garde venaient les

trouver en pleine récréation et recevaient leurs avis avec autant de cordialité que de simplicité'. » Hâtons-nous de dire que l'inslitulion des anges gardiens provoqua des critiques : l'autorité supérieure elle-même en conçut des inquiétudes, et le directeur de la congrégation fut invité à supprimer une pratique que ne justifiaient ni les règlements, ni les usages.

Evidemment les abus pouvaient s'ensuivre et mieux valait les prévenir. Mais, en attendant, le Père Labonde avait, comme dit le Livre d'Or, obtenu des « prodiges », grâce à l'ascendant invincible qu'il savait exercer autour de lui : « Son originalité de bon aloi, devenue proverbiale, loin de nuire à sa mission, ne servait qu'à augmenter son prestige... Un autre eût peut-être fait rire; l'homme de foi nous saisissait et nous pénétrait de sa foi. Nous l'estimions et nous l'aimions tant, ce vénéré Père Labonde ! Tout était pris au sérieux; la singularité de la forme ne faisait qu'attirer l'attention... »

II paraît bien que, avec son originale bonhomie, l'humble religieux réussissait souvent dans des cas que les [)lus habiles estimaient désespérés. On nous permettra de rappeler ici le nom d'un homme qui eut son heure de célébrité, sinon de gloire. Il y a soixante ans, toute la France connut le comte de Raousset-Boulbon, « le héros de la Sonora ». Gaston de Raousset-Boulbon avait été élevé à Fribourg; c'était dès lors une de ces natures exubérantes, impatientes de tout frein et réfractaires à toute discipline; l'influence qu'il exerçait sur ses camarades n'était pas sans danger pour le bon ordre de la maison; plus d'une fois on fut sur le point de le rendre à sa famille. Heureusement Gaston tenait de son atavisme quelque chose du chevalier chrétien. Le Père Labonde parvint à réveiller en lui, en même temps que la foi, la piété envers la Sainte Vierge; le jeune homme

I. Un apôtre des enfants et des ouvriers : Le R. P. Pierre Labonde, de la Compagnie de Jésus, par le Père Chamiau, de la même Compagnie. In-ia de 3^8 pp. Nantes, Libaros, i884.

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