CHAPITRE II
troublaient leur attachement aux principes monarchiques, pour tout dire, qu'elles leur paraissaient hardies, sinon hétérodoxes.
On pourrait citer encore ici les noms de plusieurs jeunes religieux, connus plus tard à des titres divers, et qui faisaient alors leurs premières armes comme professeurs ou surveillants. Frédéric Studer occupait la chaire de Rhétorique à Fribourg (1832 à 1835); Arsène Cahour débutait dans celle d'Humanités, à Ghambéry en 1834 et montait en Rhétorique l'année suivante. Adolphe Pillon, ses études de Théologie à peine achevées, révélait à Mélan d'abord, puis à Brugelette où il passa quinze ans, des qualités exceptionnelles d'administrateur et d'éducateur* ; elles devaient le faire maintenir pendant quarante ans dans les fonctions de la supériorité. Nous trouvons encore Alexis Ganoz, le futur évêque du Maduré, préfet de discipline ou professeur de Grammaire à Fribourg, et nombre d'autres missionnaires dontle souvenir n'a point péri, Ferdinand Brumauld, Glaude Gotteland, Louis du Ranquet, etc. Nous terminerons cette liste de mentions honorables par le nom du Père Lambillotte, ou plutôt pour être juste, des Pères Lambillotte. Ils furent en effet trois frères, qui se donnèrent à la Compagnie de Jésus, Louis, François et Joseph; tous trois musiciens et compositeurs; mais la réputation de l'aîné a pour ainsi dire absorbé celle des deux autres, d'autant plus que leur vie fut courte et leur production peu abondante^. Le Père François Lambillotte mourut à Fribourg, en 1835,
1. Brugelette ne connut que deux recteurs, le Père Delvaux et le Père Pillon, « que l'on vit se passer l'autorité l'un à l'autre et demeurer étroitement unis dans une charité touchante » {Le B. P. Pillon, par le P. Orhand, p. 67.) Le curé-doyen de Valenciennes, M. Prouvost, leur ancien élève, écrivait : « Brugelette est l'œuvre de ces deux hommes que nous vénérerons toute notre vie... Doués tous deux de qualités éminentes qui imposent le respect et gagnent l'affection, ils arrivaient au même but par des moyens différents. » (Ibid.)
2. Le Père Joseph Lambillotte a laissé, sous le titre Le Consolateur, un recueil de Lectures pieuses, fort apprécié. Il n'a pas eu moins de neuf éditions françaises et a été traduit en cinq ou six langues étrangères.
78 LA COMPAGiNin: DE JÉSUS
âgé de 33 ans; le Père Joseph, de trois ans plus jeune, mourut à Saint-Acheul, en 1842. A cette date un seul recueil de Chants à Marie signé du nom de Lambillotte avait vu le jour. (1840.)
Louis Lambillotte était né à Hamaide, près Gharleroi, le 27 mars 1797. A 15 ans il avait déjà fait exécuter de la musique de sa composition, et il tenait le grand orgue à Gharleroi et à Dinant. Un ami le fit recevoir à Saint- Acheul où il remplit les fonctions de maître de chapelle ; en même temps il suivait les cours pour compléter son instruction. 11 entra au noviciat d'Avignon le 14 août 1825; son frère François l'y rejoignit un an plus tard, et en 1828 Joseph y était admis à son tour. Ordonné prêtre le 10 avril 1830, après des études de Théologie un peu hâtives, le Père Louis reprit ses fonctions de directeur de musique d'abord à Fribourg, puis à Brugelette où il fut envoyé dès l'ouverture du collège et où il passa dix-sept ans. C'est de là que partirent ces innombrables publications qui ont valu au nom de Lambillotte une renommée, qui n'est pas la gloire, mais qui suppose pourtant quelque mérite '.
L'œuvre du Père Louis Lambillotte est énorme ; elle occupe dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus dix colonnes et soixante-cinq numéros, dont la plupart représentent non pas une composition isolée, mais un ensemble, un recueil plus ou moins considérable. Malheureusement on pourrait inscrire au frontispice de cette
I. Le P. Louis Lambillotte revint en France en i853; il mourut subitement, au collège de Vaugirard, le t-) février i855. Sur sa tombe au cimetière de Vaugirard on grava ce distique :
Qui cecinit Jesum et Mariam, eripuitque tenebris Gregorium, hune superis insère, Christe, choris.
Place, ô Christ, dans les chœurs célestes, Celui qui chanta Jésus et Marie et délivra le chant grégorien des ténèbres où il était enseveli.
Cf. Luiiis Lambillotte et ses frères, par Mathieu de Monter. In-ia de vii-232 pp. Paris, Ruffet, 1871, (Ouvrage tiré à i5o exemplaires numérotés.) On trouvera dans ce livre, à côté d'une biographie succincte, une appréciation très judicieuse de l'œuvre du Père Lambillotte.