‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 39 sur 382 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

coiiçutrambition d'être reçucongréganisle. Il fit des efi^orts sur lui-même et apprit à se vaincre. Le Père, qui savait ce que lui coûtaient ces victoires, l'admit au nombre des aspirants. C'était comme le vestibule de la congrégation; Gaston ne devait pas pénétrer jusque dans le sanctuaire; il eût fallu pour cela une dose de sagesse que son tempérament ne pouvait porter. Cependant il n'oublia jamais la simple parole que le Père Labonde lui avait répétée souvent : « Mon enfant, soyez fort dans la foi. » A travers une vie d'extraordinaires aventures il garda toujours le respect de la religion et des choses saintes; pas un seul jour il ne manqua de réciter le Meinorare. Fait prisonnier par les troupes mexicaines et condamné a être passé par les armes, il profita des quelques heures qui lui restaient à vivre pour se préparer pieusement à la mort et pour écrire à ses anciens maîtres, les remerciant de lui avoir enseigné la foi et l'espérance qui ramènent le prodigue entre les bras de son Père* .

Dans des fonctions analogues à celles du Père Labonde, le Père F'erdinand Jeantier apportait au Passage, à Fribourg et plus tard dans d'autres collèges le même dévouement et un zèle également industrieux. Pour lui, il s'était fait une spécialité dont il ne sortit pas jusqu'à son dernier jour. Dès le début de son sacerdoce, il avait entendu le divin Pasteur lui dire comme à saint Pierre : « Pais mes agneaux. » Le Père Jeantier passa un demi-siècle à cultiver chez les plus jeunes enfants la piété et les autres vertus de leur âge. Ministère obscur, qui demande un complet oubli de soi-même ; mais peut-être bien n'en est-il pas de plus fructueux, parce que les impressions reçues par ces âmes toutes neuves sont ineffaçables. Son grand moyen d'action était la dévotion aux Saints Anges ; sa congrégation des Anges était le coin de paradis dont il proposait la conquête à tout son petit peuple, et où il faisait entrer les meilleurs, les plus vaillants; lui-même on

I , Le héros de la Sonora, par Henri de la Madelène.

avait fini par l'appeler le Père aux Anges ; mais sous le couvert des x\nges, et sans doute avec leur collaboration, le Père Jeantier déployait dans son apostolat une activité personnelle intense, toujours en éveil et féconde en ressources. L'histoire de cet apostolat a été écrite dans un livre très curieux en son genre et très instructif, qui pourrait servir de commentaire au classique traité de Gerson : «De l'art d'attirer au Christ les petits enfants ^ »

A ces noms, il convient de joindre celui du Père Philippe Delvaux que nous avons déjà rencontré, recteur au petit séminaire d'Aix, puis Supérieur de la Mission de Portugal. Ce fut lui encore qui fut chargé d'organiser le collège de Brugelette ; il le dirigea à deux reprises, de 1835 à 1840 et de 1847 à 1854. Homme d'initiative, tout en restant fermement attaché à la tradition scolaire de la Compagnie, il n'hésitait pas à adopter les innovations dans lesquelles il reconnaissait un progrès. Les programmes de 1839 furent rédigés à la suite de discussions et de conférences dans lesquelles le recteur de Brugelette eut un rôle prépondérant. Belge de nationalité, le Père Delvaux partageait les sentiments de ses compatriotes pour les institutions libérales que son pays s'était données et dont il était fier. Volontiers il se faisait avec ses confrères français le champion de « la liberté comme en Belgique ». Dans sa correspondance avec ses Supérieurs, il ne manque guère l'occasion de soutenir que, au temps où nous vivons, les Ordres religieux en général et la Compagnie de Jésus en particulier feront bien de revendiquer leur part des libertés publiques, plutôt que de compter sur la bienveillance et la faveur des souverains. Nous ne faisons pas difficulté d'avouer que ces idées déconcertaient quelque peu les habitudes des Jésuites français, qu'elles

I. De paeris ad Christum trahendis. Le livre en question a été publié par le P. Xavier-Auguste Séjourné, S. J., sous ce titre un peu chargé : Un apôtre des petits enfants dans les collèges des Jésuites. Vie du li. P. Jeantier, de la Compagnie de Jésus. Souvenirs de Saint-Acheul, de Fribourg, du Passage, de Turin, de Brugelette et de Vannes. Nouvelle édition. In-12 de xi-46i pp. Paris, Poitiers, Oudin, 188a.

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