I. L'éducation du duc de Bordeaux^ loc. cit. p
Rome. Gétait déjà un indice. Dans une lettre dont il est porteur pour le cardinal Lambruschini, le gouverneur du duc de Bordeaux s'exprimait ainsi :
« ... J'ai donc pris mon parti en ce qui me concerne; mais il faut d'autres conseils, d'autres volontés. Je demande à Votre Éminence conseil et appui. Le marquis de Foresta, qui aura l'honneur de vous remettre cette lettre, expliquera mieux que je ne pourrais l'écrire l'objet de nos vœux qui est aussi le but de son voyage. Si, comme je le pense, Monsieur le Cardinal, une décision du Saint-Père était nécessaire, j'ose espérer que vous voudrez bien la provoquer. Demandez-lui sa bénédiction apostolique et pour l'enfant précieux qui m'est confié et pour ceux qui sont ou qui seront chargés de continuer son éducation. M. le duc de Blacas a écrit pour le même objet à Votre Éminence, à M. le Cardinal Sala et au Père Général des Jésuites. Comme je n'ai pas l'honneur de les connaître, je m'adresse à Votre Éminence ' ; j'ai écrit aussi au Père Rozaven, qui est un de mes plus anciens amis. »
Les préférences du baron de Damas n'étaient donc pas douteuses; c'était bien d'ores et déjà, sur un Jésuite qu'il avait jeté son dévolu, et pour l'obtenir, il n'hésitait pas, si besoin était, à réclamer l'intervention du Pape. Cette intervention ne fut pas nécessaire, comme en témoigne la réponse du cardinal Lambruschini:
« iSIonsieur le baron, Monsieur le marquis de Foresta m'a présenté vers la fin du mois de mars votre intéressante lettre du 28 janvier, et il vous portera aussi ma réponse. Le digne voyageur m'a expliqué l'objet de sa mission que vous m'avez suffisamment indiqué. La résolution prise est sage et vous fait beaucoup d'honneur. J'ai offert de grand cœur mes services à votre recommandé; mais ils ont été inutiles, parce que le bon Père Général avait accueilli tout de suite la demande et il n'a pas besoin
I. Le baron de Damas avait eu l'occasion de connaître Mgr Laii:bruschini pendant sa nonciature en France, laquelle ne prit On qu'un an après la Révolution de juillet.
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de recourir à l'autorité supérieure, pouvant faire la chose par lui-même. Cependant je lui en ai parlé et j'ai eu raison de me convaincre de plus en plus des bonnes dispositions qui l'animent. 11 désire seulement le plus strict secret et cela ne peut faire la moindre difïîculté, parce que, comme vous voyez, il est dans l'intérêt des deux parties également... » (4 Avril 1833.)
A cette date, la négociation du marquis de Foresta avait donc abouti; un Jésuite était désigné par les Supérieurs majeurs pour remplir les fonctions de précepteur auprès du duc de Bordeaux. Ce n'est pourtant pas à eux que le négociateur s'était adressé tout d'abord. A la date du 18 avril, il rend compte, dans une lettre très confidentielle au baron de Damas, de ses démarches, de ses éihecs et du succès final * :
« ... Les instructions verbales que, peu d'instants avant mon départ de Prague, Robert ^ voulut bien ajouter à celles écrites dont j'étais porteur, me prescrivaient de diriger mes recherches, d'abord sur un laïc, ensuite, s'il ne s'en trouvait pas qui réunît les conditions requises, sur un simple ecclésiastique, et enfin en désespoir de cause, sur Didier, ou sur tel autre individu de même robe, jugé plus capable encore par les personnes dont l'opinion devait me diriger dans cette recherche.
« Cet ordre de marche, je l'ai strictement suivi, et c'est, en résultat, sur la dernière des trois catégories qu'il a fallu se replier, après avoir échoué dans les deux autres. »
On s'est donc rabattu sur Didier. « Ici encore nouveau désappointement. Didier est homme d'esprit et de talent, .pieux et savant, doux et poli, ayant l'usage du monde et les allures du salon... Mais caractère timide, faible, sujet
1 . Les lieux et les personnes sont désignés dans cette lettre par des noms de convention, et plusieurs passages sont en chilTres dans l'original. (Loc. cit., p. 6i3.)