CHAPITRE II
d'Ansroulême lui écrivait ces mots qui caractérisent la retraite du fidèle serviteur de la légitimité et en résument l'histoire : « Je vous regrette sincèrement tous les jours, ainsi que le départ de ceux qui ont causé le vôtre ; mais en vérité, à l'âge de votre pupille, au moment du développement des passions, c'est un compliment à vous faire de la part de vos amis de n'être plus chargé d'une telle responsabilité, surtout quand vous pouvez vous dire que ce n'est pas vous qui l'avez rejetée, et que c'est le parti de l'impiété qui vous a forcé de vous éloigner. » (28 Décembre 1833.)
Le prince, qu'on appelait encore dans l'exil M. le Dauphin, voulait donc bien faire une part aux Jésuites dans les regrets que lui causait l'éloignement du baron de Damas. Le fait est d'autant plus à remarquer que les préventions du duc d'Angoulême contre la Compagnie de Jésus dataient de loin et que, à l'occasion, il ne les avait pas dissimulées. La présence des deux religieux à la cour ne fut pas apparemment sans influence sur le changement accompli dans ses idées. Quelques semaines auparavant, comme il se préparait à faire ses dévotions en la fête de saint Michel, anniversaire de la naissance du duc de Bordeaux, où l'on devait proclamer sa majorité, le duc d'Angoulême avait mandé le Père Druilhet pour entendre sa confession : — « Mon Père, lui dit-il, je vous donne cette marque de ma confiance; si je savais une plus grande preuve de mon estime pour vous et pour votre Compagnie, je vous la donnerais. »
Quant au roi Charles X, voici en quels termes il exprimait aux deux Jésuites ses sentiments personnels, dans un billet écrit de sa main la veille de leur départ^ :
« La conduite de MM. Druilhet et de Place depuis leur arrivée près de moi n'a pu qu'augmenter ma véritable estime pour eux; et si des motifs qui tiennent à des
I. L'autographe du roi, ainsi que le suivant, du duc de Bordeaux, sont aux Archives de la Province de Lyon, XXI, p. 3o'j et 3oi.
temps malheureux m'ont fait regarder comme nécessaire d'éloigner M. de Place de l'éducation de mon petit-fils, je me plais du moins à lui en exprimer mes justes regrets et à reconnaître les services qu'il lui a rendus; et je désirerai toujours lui donner, ainsi qu'à M. Druilhet, de nouveaux témoignages de ma bienveillance particulière. »