CHAPITRE III
Père Général, esquissait un parallèle entre les deux Provinciaux : « Excellents tous les deux, disait-il, le Père Druilhet était plus rompu à l'administration d'un collège, avait des formes plus gracieuses, un air plus engageant et se conciliait de prime abord tous les esprits et tous les cœurs. Son successeur, naturellement plus sérieux, plus grave, moins expansif, a su néanmoins gagner, autant ({u'il était nécessaire, l'estime et l'afFection générale. Il a plu aux Nôtres et aux élèves sans les charmer. Il a creusé plus avant dans les devoirs de la vie religieuse et il a parlé et agi avec plus de vigueur pour la réforme des défauts. II a paru plus occupé des religieux que des enfants, et J6 pense qu'il a bien saisi et bien rempli le but le plus important d'une visite. » (21 Juillet 1833.)
Pour le dire en passant, le Père Roothaan n'approuva pas cet essai d'un genre littéraire qui, appliqué aux grands hommes, peut stimuler l'ingéniosité des élèves de rhétorique, mais qui n'est pas sans inconvénient quand on institue la comparaison entre le Supérieur d'hier et celui d'aujourd'hui.
S'ils différaient beaucoup de tempérament physique et moral, les deux religieux dont nous parlons avaient aussi leurs traits de ressemblance. Par exemple, ils portaient très loin l'un et l'autre le désintéressement ; il n'est peutêtre pas mal à propos de signaler ce point, quand l'occasion s'en présente dans l'Histoire des Jésuites. Quelques mois après la Révolution de Juillet, alors que toutes leurs maisons avaient été plus ou moins saccagées et qu'il avait fallu chercher des asiles hors des frontières, la Province de France fit une perte d'argent qui, eu égard aux circonstances, devait lui être fort sensible. Il s'agissait d'une somme de 120.000 francs environ. Voici en quels termes le Père Druilhet faisait part de l'accident auPère Général: « Notre bon procureur' est en ce moment bien chagrin, par suite d'une très grosse perte qu'il vient de faire dans