I. P.Nicolas Jennesseaux
la faillite d'un agent de change à qui il avait confié une grande partie de notre avoir. J'en suis chagrin comme lui, mais nous disons du fond du cœur : Dominus dédit, Dominus abstulit^ et nous ajoutons : Sit riomen Domini benedictumil » (15 Mars 1831.) La malencontreuse faillite n'arracha au Provincial ni plus de récriminations, ni plus de doléances.
Quant au Père Renault, le désintéressement était, dit son biographe, l'objet « de ses exhortations les plus pathétiques ». « Il faut, répétait-il, mes Pères et mes Frères, que nous puissions dire aux riches et aux grands du monde : Non vestra, sed vos; gardez vos richesses et votre or; nous n'en voulons pas, non vestra ; mais ce que nous désirons, ce que nous voulons, ce sont vos âmes, non vestra^ sed vos. Oui, vos âmes, vos âmes seules pour les offrir à Jésus-Christ, notre Dieu -. »
Le nouveau Provincial était d'ailleurs un religieux profondément intérieur, puisant ses inspirations et sa ligne de conduite dans l'union habituelle de l'esprit et du cœur avec Dieu. Il en résultait dans toute sa personne un air de recueillement et de modestie qui imposait le respect et qui faisait dire à certaines personnes: « Ce prêtre semble toujours porter le Saint Sacrement. »
Dès avant son entrée dans la Compagnie de Jésus, l'abbé Renault avait donné une haute idée de sa capacité aussi bien que de son caractère. Secrétaire de l'évêque de Saint- Brieuc, Mgr Caffarelli, n'étant encore que séminariste, puis aumônier de religieuses et professeur de Théologie dès le début de son sacerdoce, ami et collaborateur des deux Lamennais, le jeune prêtre jouissait de l'estime générale, en même temps que de la confiance de ses Supérieurs. Une belle carrière s'ouvrait devant lui. Mais, lors de la mission donnée par les Jésuites à Saint-Brieuc
1. Le Seigneur l'avait donne; le Seigneur l'a repris. Que le nom du Seigneur soit l)éni ! (Job, I, 21.)
2, Notice liisluriquc sur le R. P. François Renault, par le P. Achille Guidée. In-12, pp. 255.