‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 77 sur 382 · L'année · texte numérisé non relu

L'année

2. Litt. ann. i834-i835, p. 17... a Certis tantiim diebiis congregabantur ad casus conscientiae resolvendus, ad doniesticas cxhortaliones anJiendas, etc. n

ÇI1A.PITRE m 137

Entre autres symptômes de détente, on remarque en 1833 que, pour la première fois depuis trois ans, la Chambre des Députés voulut bien suspendre ses séances le jour de l'Ascension. Dift'érents votes favorables à l'Église témoignaient qu'il y avait quelque chose de changé dans l'orientation de la politique générale. Le Constitutionnel criait à la « réaction », et le vieux Montlosier épanchait ses doléances dans une lettre ouverte à M. Dupin. D'après lui « le parti ecclésiastique dominait le gouvernement », et la Révolution de Juillet avait eu pour résultat « de faire entrer le prêtre dans notre instruction et dans nos affaires \ »

De vrai, la monarchie de Juillet, après avoir subi de furieux assauts, commençait à s'afTermir. Elle avait triomphé des émeutes républicaines; elle venait de briser la réaction légitimiste ; la duchesse de Berry était prisonnière à Blaye; en même temps la mort du duc de Reichstadt décourageait l'opposition bonapartiste. Le gouvernement de Louis-Philippe ne demandait qu'à asseoir sur de solides bases un régime d'ordre et de paix. C'est pourquoi, tout en ménageant les susceptibilités libérales, il s'efforçait de gagner la confiance du clergé et des catholiques. M. Guizot, au ministère de l'Instruction publique, multipliait les prévenances aux Congrégations enseignantes ; il faisait offrir la croix de la Légion d'honneur au Supérieur des Frères des Ecoles chrétiennes. C'est à cette date de 1833 que se place la fondation par Dom Guéranger de l'abbaye de Solesmes et la restauration de l'Ordre bénédictin. Tout se passa au grand jour sans que le gouvernement y mît obstacle. M. Guizot devait même bientôt donner aux nouveaux moines une allocation annuelle pour la continuation de la Gallia christiana.

Les Jésuites français profitèrent de cette accalmie; avant la fin de l'année toutes leurs maisons se trouvèrent

I. Cf. Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet. Tome II. Chapitre XIII. La question religieuse sous le ministère du 11 octobre, Octobre i832-février i836.

réorganisées conformément aux règles et aux usages canoniques. Ce fut l'œuvre que le nouveau Provincial entreprit dès l'abord et dans laquelle il dut dépenser beaucoup d'énergie tempérée de douceur, fortiter in re, suaviter in modo^ selon la devise qu'il avait adoptée.

Apparemment le premier objet de sa sollicitude fut le scolasticat de Théologie, qu'il s'agissait de rapatrier. Expulsés de Saint-Acheul et de Dôle les étudiants en Théologie avaient pour la plupart trouvé un refuge au collège de Brigue, en Valais. Ils y jouirent pendant trois ans de la plus parfaite tranquillité; et comme les peuples heureux n'ont pas d'histoire, le séjour de la studieuse colonie dans ce coin des grandes Alpes n'offre guère d'événements dignes d'être rappelés. La monotonie du Dlaire n'est interrompue que par des incidents d'un intérêt purement familial. Telle, par exemple, l'aventure d'une bande d'excursionnistes trop hardis, qui s'égarent dans la montagne et y passent la nuit, laissant toute la maison dans de mortelles inquiétudes. On y souffrait du froid, il est presque superflu de le dire; l'hiver dans le Haut-Valais est exceptionnellement long et rigoureux; le vieux collège n'était d'ailleurs guère confortable. Nous voyons dans la Vie du Père de Ravignan, alors professeur de Théologie au scolasticat, que dans ses heures de temps libre il se réfugiait au chauffoir commun. « Il y transportait ses in-folio pour la préparation de sa classe, y travaillait sous les yeux de ses disciples, comme s'il eût été seul, et son exemple leur en apprenait plus que ses leçons. < » Ainsi parle son biographe. Tout au moins c'était là une leçon qui en valait bien une autre. Des détails de ce genre laissent entrevoir bien des gênes et des privations ; mais ces petites misères n'altéraient point la bonne humeur, et le feu sacré de l'étude faisait oublier l'âpreté de la température.

I. Vieduli. P. X. de Ravignan, parle P. A. de Ponlevoy, lo' édition. Tome I, p. liig. Paris, 1876.

Il est rare que, dans un scolasticat de Théologie ou de Philosophie, ne se produise quelque courant d'idées qui échauffe et passionne les esprits. Le mennaisianisme tirait à sa fin; il allait bientôt recevoir le coup de grâce; mais déjà on voyait se dessiner le mouvement ontologiste; un des initiateurs du système, qui en devait être l'un des champions les plus en vue, le Père Jean-Pierre Martin était professeur à Brigue. Mais on était encore aux engagements d'avant-postes; la grande mêlée ne viendrait que plus tard ; ce fut donc tout au plus un stimulant intellectuel dans la vie du scolasticat qui n'alla point jusqu'à la troubler.

Il trouvait d'autre part au Valais les sympathies d'une population foncièrement religieuse, et, ce qui n'est point à dédaigner, la sévère et émouvante beauté de paysages grandioses encadrés par les plus hautes montagnes de l'Europe. Aussi, lors de sa première visite à Brigue, dans l'été de 1831, le Père Druilhet avait été touché jusqu'auxlarmesen constatantles attentions de laProvidence envers ceux dont il avait la charge. La petite ville n'abritait pas moins de soixante-deux religieux appartenant à la Province de France. Le Père Provincial voulut laisser un souvenir durable de sa reconnaissance et de celle de tous les Jésuites français pour l'accueil qu'ils avaient reçu de leurs frères et du peuple valaisan. Il résolut donc de faire construire, sur la montagne du Rohrberg, près de la maison de campagne du collège, à deux lieues de Brigue, une chapelle en l'honneur de la Sainte Vierge sous le titre de Auxilium Chr'istianorum. Cette chapelle devait être d'un grand secours pour les scolastiques pendant l'es vacances et les jours de congé, et de plus encourager les gens du voisinage qui ne pouvaient assister à la messe le dimanche qu'au prix de grandes fatigues. De retour en France, lé Père Provincial quêta pour cette bonne œuvre avec un tel succès que bientôt, dit un chroniqueur témoin oculaire, on reçut à Brigue six fois plus qu'il n'avait promis ; et maintenant (1832), ajoute-t-il, on travaille

à force à élever le sanctuaire de Notre-Dame Auxiliatrice'. »

L'année suivante, le successeur du Père Druilhet rappelait en France les théologiens de la Province. Avant de s'éloigner de Brigue, les Jésuites français envoyèrent une adresse aux autorités valaisannes ; ils y exprimaient leur gratitude pour l'hospitalité reçue. La pièce était rédigée dans la forme un peu emphatique du temps; les artistes avaient encadré le texte de dessins et d'emblèmes; il y avait des inscriptions en diverses langues, ode latine, ode française; cette dernière commentait en dix-huit strophes la dédicace Inclytae Vallès iae. - Les magistrats ne voulurent pas demeurer en reste de politesse. Voici le début de la réponse que le Grand Baillif de Gourten, ancien élève de Saint-Acheul, adressait « Aux Très Révérends Pères de la Société de Jésus et Scolastiques Théologiens de la Province de France à Brigue : L'attendrissement qu'a excité la lecture des adieux que vous faites au Valais, ainsi que celle des odes que vous

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