CHAPITRE III
avez dédiées au Conseil d'État et à moi en particulier, a peine à se décrire... Il n'est pas besoin de vous dire combien de pareils témoignages nous sont agréables; il est moins nécessaire encore de vous dire que vous emportez nos regrets, notre vénération, notre amour ...»
On accordait en outre le transport gratuit pour les voyageurs et leurs bagages par les messageries cantonales jusqu'aux limites du Valais.
C'est la maison de Vais qui avait paru se prêter le mieux, eu égard aux circonstances, à l'installation d'un scolasticat. Même au fort de la tempête révolutionnaire, les Jésuites n'y avaient pas été molestés; les sympathies de la population leur étaient acquises et la protection de l'évêque, assurée. D'autre part la solitude d'un village, à proximité d'une ville peu importante et à distance des grands centres, permettait de rassembler une communauté considérable sans trop émouvoir l'opinion. En même temps que les théologiens de Brigue, d'autres arrivèrent de Rome, de Madrid, de Fribourg. A l'inauguration de l'année scolaire (octobre 1833), les cours ne réunissaient guère moins de cinquante étudiants, et la communauté comptait environ soixante-dix religieux. Nous relevons sur la liste des noms qui ne sont pas sans quelque notoriété. Le recteur était le Père Clément Boulanger, plus tard Supérieur de la maison de Paris et Provincial de France; le Père Jean-Pierre Martin, qui avait quitté sa chaire de Théologie, gardait le titre de préfet des études et travaillait à un ouvrage de Philosophie où il exposait les idées ontologistes déjà mises en circulation à Brigue et qui ne devaient pas tarder à déchaîner d'ardentes contr.overses. Le Père Jean-Pierre Gury débutait dans l'enseignement de la Théologie morale qu'il n'allait plus qtiitter pendant trente-trois ans, jusqu'à son dernier jour, et qu'il devait continuer après sa mort par le Compendium •dont les éditions ne se comptent plus. Les professeurs de Théologie dogmatique étaient le Père François Moigno et le Père Julien Jordan. Citons, parmi leurs disciples
Ambroise Rubillon, Arsène Cahour, Joseph de Jocas, Paul de Reverseaux, Adolphe Pillon, Louis Marquet, MarcelBouix, Alexis Lefebvre, Charles Cahier, JosephBon, Pierre Jennesseaux, Louis Parabère, Fr. -Xavier Gautrelet, Pierre Gamard, etc.
La maison de Vais, qui n'avait pas abrité jusqu'ici plus de dix ou douze habitants, était loin de suffire pour une telle afïluence. 11 fallut improviser des logements et s'y entasser au petit bonheur. Pendant des semaines et des mois, en plein hiver, ce fut un véritable campement; Tété venu, l'installation était encore bien précaire. « Nous sommes ici, écrivait le Supérieur en juillet 1834, dans les embarras des constructions et des ruines. Nous sommes gênés et nous allons l'être bien davantage. » Jamais du reste le scolasticat de Vais, dans sa longue existence, ne cessa d'offrir toute satisfaction aux fervents de la pauvreté religieuse. Mais d'ailleurs la studieuse colonie, en prenant possession de sa nouvelle demeure, trouvait, à côté du manque de confortable, des compensations précieuses.
C'était tout d'abord, chezl'évêque du diocèse, une sympathie qui allait jusqu'au dévouement. Mgr de Donald s'était empressé d'en renouveler l'assurance au Père Général : « Votre maison du Puy, lui écrivait-il dès le 5 octobre, vient de prendre un grand accroissement par l'arrivée des théologiens de Brigue. J'espère que rien ne troublera leur tranquillité; au moins nous les soutiendrons de tout notre pouvoir'. » Le prélat ne cessa, en effet, de donner
I. La lettre dont nous extrayons ce passage est intéressante à un autre point de vue. Mgr de Donald écrivait au Père Roothaan : « Un de mes parents, le jeune Emmanuel d'Alzon, se rend à Rome pour faire son cours de Théologie. Je prends la liberté de vous écrire pour recommander à vos bontés cet enfant qui quitte une grande fortune et de grands avantages dans le monde pour se consacrer à Dieu... » L'évêque désirait qu'il fût admis au collège des Nobles, d'où il suivrait les cours du Collège romain. Le jeune clerc ainsi recommandé au Général des Jésuites n'était autre que le futur fondateur des deux Congrégations des Augustinset des Oblates de l'Assomption.