CHAPITRE m
le choléra les poursuit à la campagne où ils périssent sans secours. Nos Pères ne se sont point épargnés, et ils en ont été quittes pour la fatigue... Le travail ne suffit plus maintenant à leur zèle, à cause du petit nombre d'habitants qui restent ^ »
Le Père Théofrède Richard était le Supérieur de la résidence que les Jésuites venaient de reconstituer à Aix quelques mois auparavant et qui trouvait ainsi dans une calamité publique l'occasion de donner à la cité les prémices de son apostolat. On se souvient qu'après l'exécution des Ordonnances de 1828 les Pères s'étaient retirés à la maison de campagne de Saint-Joseph du Tholonet et y avaient établi le juvénat de la Province. Les études scientifiques et littéraires y fleurirent pendant deux ans, sous l'impulsion du Père Joseph Desbouillons, lui-même fervent humaniste. Nous voyons dans le Diaire de la maison que l'archevêque d'Aix assistait volontiers aux exercices académiques qui se donnaient à Saint-Joseph. La tempête de 1830 dispersa les étudiants. Il ne resta dans la paisible solitude de Saint-Joseph qu'un petit nombre de prêtres qui s'employèrent de leur mieux aux différents ministères et en particulier à celui des retraites fermées. Nous avons retrouvé de pieuses images du temps qui servaient sans doute d'invitation ou de mémorial. On y voit la maison des retraitants et, dans le voisinage, la chapelle de Lorette blottie sous les pins, avec la devise de saint Bernard en exergue : 0 beata solitudo'O sola beatitudo !
Mais, si tranquille et gracieuse qu'elle fût, cette petite chartreuse convenait mal à des Jésuites. Le Père Richard, qui avait remplacé le Père Desbouillons sur la fin de 1833, exposait peu après la situation sous un jour plutôt mélancolique. La résidence était languissante, on est dans le