‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 90 sur 382 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

l'Écriture dit qu'ils ont laissé après eux un nom digne d'éloge'. Le Père Edouard de Bouchaud fut, dans la Province de Lyon et spécialement au collège de Mongré, un religieux distingué dans tous les sens du mot; le Père Hélot, mort à Ghang-Hai, en 1867, compta parmi les ouvriers de la première heure de la Mission du Kiang-Nan ; le Père Finaz mourut préfet apostolique de la Mission de Madagascar; le Père Victor Mertian l'ut le premier Provincial de la Province de Champagne.

En même temps arrivaient au noviciat deux jeunes docteurs en médecine, Aimé Eyssette et Charles Castanier. Celui-ci n'eut pas le temps de réaliser les espérancesque sa générosité et ses talents avaient fait concevoir. Il mourut au mois de juillet suivant. La petite famille fut durement éprouvée en ces années calamiteuses. Épargné parle choléra, le noviciat d'Avignon n'en payait pas moins tribut à la maladie. Le Père Solente ne cesse de gémir dans sa correspondance sur l'état précaire des santés. C'était la répétition des plaintes que le Père Gury faisait, dix ans plus tôt, sur l'affaiblissement général des tempéraments. Il semble bien aussi qu'il y eutalors quelques excès de rigidité dans les règlements et trop peu de souci de l'hygiène. Les médecins réclamaient plus d'exercice et de vie au grand air. Le Père Maître lui-même aurait voulu quelque détente; mais on lui répondait que le noviciat est fait pour mettre à l'épreuve la résistance physique aussi bien que la vigueur morale. Toujours est-il que les listes nécrologiques nous présentent à cette époque une proportion absolument anormale de jeunes religieux aux alentours et même au-dessous de la trentième année. Pendant quatre années consécutives, de 1832 à 1835, la mort enlève sensiblement autant de scolastiques que de prêtres, une fois même davantage, 32 contre 31, en 1832. Ces chiffres sont ceux de la Compagnie tout entière; mais la Province de France n'est pas mieux partagée que les

. lieliquerunt nomen narrandi laudes eorum, Eccl. XLIV, 8.

autres; en cette même année 1832, sur sept morts un seul a dépassé 33 ans.

Pour en revenir à la maison d'Avignon, trois mois après Charles Castanier, elle perdit encore le frère coadjuteur Jean-Baptiste Guibal'. Celui-là n'était plus un jeune homme; il était entré sur le tard. Père de famille. riche et considéré, devenu veuf aux environs de la cinquantaine, il n^attendait, pour se donner à Dieu, que d'avoir établi ses enfants. Son fils allait bientôt être ordonné prêtre; il s'occupait de chercher un parti pour sa fille, quand un jour elle lui déclara qu'elle entrait à la Visitation. Il ne retarda plus un moment l'exécution de son dessein. Cet homme, qui avait connu une très large aisance, s'estima heureux d'être reçu parmi les fils de saint Ignace comme simple frère coadjuteur. Il y passa dix ans, faisant l'édification de tous et rendant de très précieux services dans la charge de procureur, par l'expérience qu'il avait des affaires, qualité rare chez les Jésuites, quoi qu'en dise la légende.

Cependant le choléra poursuivait ses ravages à peu de distance d'Avignon. Dans sa lettre du 27 juillet le Père Solente écrivait: « A Marseille, à Aix. à Toulon, à Beaucaire, il sévit d'une manière terrible... Presque tous ceux qui sont atteints succombent; il n'en échappe pas cinq sur cent... Il paraît que le fléau a été apporté par un vaisseau venu dOran, avec quantité de vêtements et de linges qui avaient servi à des cholériques; toute cette cargaison fut vendue sur le port de Marseille... En dépit de la salubrité de son climat, la ville d'Aix a été particulièrement atteinte. Le Père Richard m'écrivait, il y a peu de temps, qu'ils avaient eu en un jour 103 cas et presque autant de morts : et notez qu'il ne restait pas dans la ville un quart de la population. La ville est maintenant presque entièrement déserte, et ils ont encore de 40 à 50 morts par jour. Tout fuit, riches et pauvres, et

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