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PROVINCES D'EUROPE

Italie (1581-1645)

56. — L’Italie a eu sa bonne part au développement de la Compagnie, sous le généralat du P. Aquaviva. Notamment les provinces de Milan, de Naples et de la Sicile ont plus que doublé le chiffre de leurs membres, et accru leurs collèges à peu près dans la même proportion. Seule la province de Venise reste en arrière par suite de l'ostracisme qu’elle a subi de 1606 à 1657. Malgré cette perte, l’assistance a encore progressé sous Vitelleschi.

Los 5 provinces d’Italie : en 1584 en 1616 en 1626 en 1640

Maisons Professes ... 5 6 6

Noviciats . 5 6 10 12

Collèges et Séminaires. 42 75 1Q0 116

Résidences . — 6 10 11

Sujets . 1.689 2.763 2.917 (3.115 en 1679)

Voici comment la province de Venise fut frappée. En 1606, le Pape Paul V n'ayant pu faire révoquer par le doge et le sénat de la République des mesures attentatoires à la juridiction ecclésiastique, jeta l’interdit sur leur territoire. Comme les Jésuites voulurent observer cet interdit malgré elle, la Seigneurie les fit expulser de toutes

ses terres ; il leur fallut en conséquence abandonner, outre la maison Professe de Venise, les trois collèges de Padoue, de Vérone et de Brescia, les plus considérables de la province, et même la mission dans File de Crète, alors possession vénitienne. Sur la médiation des rois de France et d’Espagne, Henri IV et Philippe III, les Vénitiens se décidèrent assez vite à offrir au Souverain Pontife des satisfactions ; mais sous l’influencede leur théologien, Fra Paolo Sarpi, protestant masqué, ils refusèrent d’y comprendre le retour des Jésuites. Paul V se résigna néanmoins à faire la paix, après que le P. Aquaviva eût remis entièrement à sa discrétion l’intérêt particulier de la Compagnie. Le pape comptait sur les bons offices de Henri IV, pour rendre les Vénitiens plus équitables envers les victimes de l’obéissance au Saint-Siège. L’intervention de Henri IV y échoua, et encore celle de Louis XIII : les Jésuites ne furent réadmis sur le territoire de la Sérénissime République qu’après cinquante et un ans d’exil, en 1657, grâce aux bienveillants efforts du pape Alexandre VIL

Les missions à travers les villes et les campagnes d’Italie, inaugurées avec tant de fruit par les premiers compagnons de saint Ignace, furent continuées par des apôtres populaires, tels que les PP. Sylvestre Landini (-}- 1554), Emeric de Bonis (1550-1559), Michel Navarro (-f-1575), Benoît Palmio (1546-1597), celui-ci principal coopérateur de saint Charles Borromée dans la réforme de son diocèse. Elles se poursuivent du xvie au xviie siècle, et au delà, avec des succès souvent prodigieux. Parmi les missionnaires de ce temps, il s’en trouve comme Bernardin Realino

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S{ (1564-1616, béatifié en 1895) et les vénérables r?! Bernard Colnago (1563-1611), Jules Mancinelli ^ (1558-1618), et Louis La Nuza (1605-1656), qui semaient les miracles, pour ainsi dire, à pleines np mains. D’ailleurs, le P. Mancinelli n’a pas borné son zèle à l’Italie, mais a aussi évangélisé la ltll Dalinatie, et est allé jusqu’à Gonstantinople, ljf consoler les chrétiens gémissant dans les bagnes ,, turcs. Même après ces hommes extraordinaires, toJ sont dignes de mention entre autres , les PP. Charles Mastrilli (1569-1624), dont la parole jgr apaisa une terrible émeute populaire à Naples jer' en 1585; Sertorius Gaputo (1590-1608), apôtre ns| d’Aquila, où il établit et dirigea huit congrégations; Paul Principe (1582-1613), surnommé « le m Père de la doctrine chrétienne et du catéchisme ».

Les Congrégations mariales sont alors très florissantes : les Jésuites de Gênes, en 1584, en )g ... ont sous leur direction neuf, comptant chacune de jr 60 à 100 membres; toutes, en outre des pratiques de piété et de sanctification personnelle, s’appliquent aux œuvres de bienfaisance spirituelle I , ou corporelle. A Naples, en 1600, les Pères, j.fii1 entre autres congrégations, en avaient formé cinq ; d’artisans. Il faut citer celle des ecclésiastiques ( ‘ séculiers, fondée en 1611 par le P. François Pa- 1 Jvvone (1585-1637). Commencée avec trente memj bres, elle en eut dans peu de mois trois cents ; on en comptera 462 en 1705, et l’on pourra ajouter i'^alors qu’un pape, dix cardinaux, cent cinquante évêques et une foule de saints prêtres ont fait in? partie de cette pieuse association. Les pratiques \\ en usage dans les réunions étaient les conférences ia*r tpt les exercices sur les fonctions sacerdotales ; 1 e les congréganistes y ajoutaient en leur particulier

l’oraison mentale quotidienne et une retraite de huit jours tous les ans. Une autre congrégation fut instituée à Naples, en 1612, pour former des maîtres d’école chrétiens.

Si l’on veut apprécier dans son ensemble l’action des Jésuites d’Italie, il faut mettre en compte les hommes qu’ils ont prêtés ou donnés à d’autres provinces de leur Ordre. Il convient de distinguer parmi ceux-ci les Visiteurs et les Provinciaux, que les Généraux ont envoyés d’Italie, pour parfaire, suivant les lois de l’Institut, l’organisation des jeunes provinces du Nord. Ainsi le P. Laurent Maggio, Vénitien (1555-1605), est employé presque toute sa vie dans ces missions de confiance par les Généraux, depuis Lainez jusqu’à Aquaviva. D’abord recteur du collège de Vienne, puis provincial d’Autriche, visiteur en Allemagne, en Pologne, en France, il s’acquitte avec plein succès de négociations délicates auprès des rois Henri 111 et Henri IV, et c’est de lui que le collège de Clermont à Paris reçoit ses règlements définitifs (1587-1588). Le P. Jean Argenti (de Modène. 1583-1626) remplit des fonctions semblables dans des temps très difficiles, en Transylvanie, en Autriche, en Pologne. La province polonaise, après son premier supérieur, le P. François Sunnier, qui était Espagnol, a eu de 1581 à 1608 trois provinciaux italiens, suivis d’un autre Espagnol, puis encore deux Italiens.

Les missions chez les infidèles ont aussi attiré déjà beaucoup de Pères italiens; nous aurons bientôt à en nommer, comme Valignani, Ricci, de Nobili, etc., qui furent de véritables initiateurs et des créateurs dans l’évangélisation

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Portugal (1578-1645)

57. — Les événements politiques des années 1578-1580, qui produisirent de si grands change- ; ments en Portugal, eurent un contre-coup sur la Compagnie de Jésus. D’abord les principaux Jésuites portugais furent accusés d’avoir été cause de la fin tragique du roi Sébastien, en lui conseillant sa désastreuse expédition d’Afrique ; (1578). Le P. Louis Gonçalves de Gamara, ayant i été précepteur et confesseur du malheureux u prince, fut le plus incriminé. En réalité, ce Jésuite avait perdu son influence sur Sébastien bien avant cette expédition, et cela parce que ses avis de sagesse n’étaient plus agréables. Il avait en effet déjà cherché de toutes ses forces à empêcher ]f la première campagne africaine de 1574, et ne pouvant y réussir, il avait demandé à Sébastien et ,, obtenu de quitter la cour avec la charge de confesseur. Le chagrin de voir le jeune roi se laisser [s entraîner aux projets téméraires que lui suggéraient des flatteurs de son âge, contribua même ,, à avancer sa mort, qui précéda de trois ans la t fatale campagne de 1578.

« Trois conditions, inculquait-il en propres ter- ; mes à Sébastien, sont indispensables avant que le K roi de Portugal puisse passer en Afrique : la première, c’est qu’il laisse dans le royaume la succession au trône assurée par quatre ou cinq enfants mâles; la seconde, qu’il soit forcé à cette expédition, pour sauvegarder l’existence de son royaume; la troisième, qu’il ait préalablement réuni beaucoup d’argent, beaucoup de soldats, beaucoup d’armes, de munitions et de canons. Encore, après tout cela, il devra procéder dans l’entreprise en demandant

beaucoup conseil et avec grande attention aménager sapersonne. » Cette leçon de prudence, simal suivie par son élève, prouve bien que Gonçalves : n’était pour rien dans la folie africaine. Il en ressort aussi combien est peu fondée cette autre accusation portée contre le Jésuite, à savoir qu’il aurait fomenté chez Sébastien l’amour de la chasteté jusqu’à la haine du mariage.

Le vieux cardinal Henri, qui dut releverla couronne de son neveu et qui la porta moins d’un an et demi, était, comme le feu prince, grand ami de s la Compagnie. Le P. Aquaviva n’eut rien de plus pressé que de le supplier d’ajouter à tous ses bien- a faits celui de laisser tous les Jésuites, en particu- J lier le P. Léon Henriquez, son confesseur, en dehors des affaires de l’État. Henri attesta lui-même il publiquement ce fait, en ajoutant que le désir du II Général était fidèlement suivi. Il n’en fut pas moins impossible aux Pères d’empêcher les envieux et le les adversaires de leur attribuer des manèges, i d’ailleurs contradictoires, dans l’agitation que la re grosse question de la succession causait, duvivant !f même du cardinal-roi. Cependant, après sa mort, je durant la lutte armée des deux prétendants entre « lesquels se partageait la nation, la neutralité des a Jésuites était si bien établie qu’on invoquait leur médiation contre les excès des deux partis. Ils pi n’échappèrent pas néanmoins eux-mêmes aux s: mauvais traitements des partisans de dom Antoine, si notamment à Coïmbre, et surtout à Angra, dans II l’ile principale des Açores, Terceira, dont le col- n lège fut fermé pendant deux ans. Ils n’eurentpas il à se plaindre de Philippe II, devenu bientôtmaître du Portugal ; il leur confirma, augmenta même les faveurs de ses prédécesseurs portugais.

Les rebelles qui troublèrent la paix de la

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Compagnie en Espagne, eurent une demi-douzaine de complices ou d’imitateurs en Portugal ; leurs menées, bientôt découvertes, furent comprimées par les mesures énergiques du P. Pierre Fonseca, le célèbre philosophe, nommé Visiteur par le P. Aquaviva.

La Compagnie en Portugal, en 1584, comptait 510 membres ; en 1600, elle en avait 631 ; 680 en 1616 et 660 en 1626. Ces chiffres ne comprennent pas les sujets que la province envoyait tous les ans dans les missions fondées par elle, l’Inde, le Japon, la Chine, le Brésil, l’Afrique. L’accroissement réel de la Compagnie en Portugal peut se déduire du nombre des novices reçus, qui est, par exemple, de 50 en 1584, de 70 en 1600, de 48 en 1608, et surtout du chiffre total de l’Assistance. L’Assistance de Portugal embrassait avec la province de ce nom, les missions des colonies et pays de protectorat portugais, qui formaient deux nouvelles provinces (Indes et Brésil) en 1584, auxquelles furent ajoutées deux autres (Malabar et Japon) en 1616. Elle comptait en dehors de l’Europe 492 sujets en 1584, 740 en 1616 et 860 en 1626 : de tous ceux-ci le plus grand nombre venait du Portugal et est donc à ajouter à l’actif de la province mère.

Nous parlerons un peu plus loin des missions portugaises à l’étranger. Dans le pays même, les excursionsapostoliques étaient toujours, avec l’enseignement, le ministère favori et le plus fructueux des Jésuites portugais. Les collèges (au nombre de huit en 1584, de onze en 1616; étaient florissants ; spécialement ceux de Lisbonne, de Coïmbre et d’Evora. Ce dernier, qui était université complète pour les lettres, la philosophie et la théologie, instruisait 1.400 élèves en 1585. A Lisbonne, en 1588, on en signale près de 2.000; autant

à Coïmbre en 1592. Une preuve des soins que, dans ces maisons, on donnait particulièrement à l’éducation chrétienne, c’est le grand nombre des candidats qu’elles envoyèrent aux divers ordres religieux : de Lisbonne, il en sortit 67 en 1584 ; 50, en 1600, dont dix entrèrent dans la Compagnie de Jésus. A Coïmbre, en 1592, on ne compta pas moins de 124 vocations religieuses à différents ordres.

Plusieurs Jésuites qui enseignaient à cette époque en Portugal, ont un nom dans l’histoire des lettres et des sciences théologiques et philosophiques: nous aurons à les mentionner plus tard.

Espagne (1615-1645)

58. — Le désordre causé par un petit nombre de révoltés, dans la vie intérieure de la Compagnie en Espagne, n’a ni entravéson développement, ni fait tort à ses travaux, soit d’enseignement, soit d’apostolat. Il semble plutôt que, débarrassés des faux frères et des mécontents dont la place était ailleurs, les Jésuites espagnols aient eu un renouvellement de force et d’ardeur. Ils n’ont pas ouvert moins de 26 nouveaux collèges, sans compter les quatre séminaires anglais ou irlandais, pendant le généralat d’Aquaviva.

Ils en ajoutèrent 18 autres sous le P. Vitelleschi : le total en 1640 est de 90 collèges ou séminaires. Leurs quatre anciennes provinces, en 1584, renfermaient 1.635 sujets; en 1600 elles en avaient 1.849; 2.183 dans 87 maisons en 1616 et 2.302 en 1626. L’Assistance d’Espagne comprenait, outre les provinces européennes (Tolède, Castille, Aragon, Andalousie, — ajoutez la Sardaigne séparée de l’Aragon en 1597), — celles du Pérou (créée en 1568), du Mexique (1571), des Philippines (1594), du Nouveau Royaume ou Nouvelle Grenade (1605) et du Paraguay

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(1607), qui recrutaient aussi la plus grande partie de leurs sujets en Espagne. Cette Assistance renfermait au total, en 1584, 1.58t5 membres dont 250 hors d’Europe : en 1616, dans 130 établissements, 3.386 Jésuites, dont 1.026 dans les missions étrangères. En 1626, le total est de 3.558.

Les missions à l’intérieur, qui ont fait d’abord connaître et apprécier la Compagnie en Espagne, prirent un nouvel essor, dans la première moitié du xvii0 siècle, par le zèle du P. Jérôme Lopez (1604-1658). Cet homme apostolique prêcha durant quarante ans (1619-1658) les populationsdu nord et du centre de son pays, recueillant partout des fruits extraordinaires de conversion. Son exemple porta nombre d’autres Pères à consacrer leurs efforts aux missions en suivant la même méthode.

Nous aurons à dire bientôt l’œuvre magnifique faite parles Jésuites espagnols dans le Nouveau Monde. Nous les verrons également au premier rang de la grande lutte scolastique, que la Compagnie de Jésus eut à soutenir, et qu’elle soutint avec succès, pour sa conception de la grâce et de la liberté humaine.

France (1581-1605)

59. Les Jésuites et la Ligue. — Durant les premières années d’Aquaviva, la Compagnie avait pu travailler en France, assez tranquillement et même étendre son action. Malgré les troubles excités par les protestants, de nouveaux collèges furent ouverts à Dijon (1581), à Eu (1582), à Dole (1583), au Puy (1588), à Auch (1589), à Périgueux (1590), à Agen (1591), à Rouen (1592), à Aubenas (1592), à Besançon (1597). A Paris même, en 1580, la générosité du cardinal de Bourbon permit de commencer une maison professe, que l’intervention

du pape Grégoire XIII et des lettres patentes d’Henri III (mai 1580) défendirent contre l'opposition des curés de la capitale. Aussi dès 1582, il parut nécessaire de former en France une troisième province, celle de Lyon, prise à peu près par moitiés sur celles de Paris et d’Aquitaine : les trois réunies ne comptaient encore que 524 membres en 1584 ; mais elles auront plus que doublé ce chiffre vingt ans après.

La Ligue (environ 1576-1594) n’arrêta pas le ministère des Jésuites, mais fut l’occasion de leur ruine temporaire. Quelle a été leur attitude en face de ce grand mouvement ? Y ont-ils joué un rôle ? Le sentiment des Jésuites français, en général, était assurément en faveur de la Ligue. Seul peut-être le P. Auger, que Henri III prit pour confidentetconfesseur, a été pourle parti contraire, et a pu même encourir le reproche d’avoir soutenu la politique d’Henri III plus qu’elle ne le méritait. Les autres Jésuites ont vu dans la Ligue, comme la plupart des catholiques de France, un effort national, légitime, pour empêcher un prince hérétique de s’asseoir sur le trône de saint Louis. Elle était cela en effet, au début, et les visées personnelles de certains de ses chefs n’ont jamais pu lui faire perdre entièrement ce caractère. Toutefois rien n’indique que les Jésuites, dans l’ensemble, aient été particulièrement actifs à propager et à soutenir la Ligue. C’est à peine si leurs adversaires, qui leur ont prêté un rôle exagéré jusqu’à l’absurde, ontpu citer trois ouquatre noms. Les PP. Claude Mathieu, Odon Pigenat et Jacques Commolet, qui se sont le plus compromis pour la Ligue , ne lui ont rendu que des services avouables en somme. Si le P. Mathieu a été « courrier de la Ligue », c’est surtout auprès du

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Souverain Pontife, qui approuvait son zèle. Si le P. Pigenat a siégé quelque temps avec les Seize , c’est contraint par le duc de Mayenne et comme modérateur. Quoi qu'il en soit des prédications trop ardentes attribuées au P. Gommolet, il est certain que d’assez bonne heure, à Paris, il a conseillé un rapprochement avec Henri IV et qu’il a beaucoup travaillé à Rome pour lui obtenir l’absolution du pape. En tout cas, la vraie faute de ces Jésuites, en tant qu’il y a eu faute chez eux, a été manque de la prudence et de la réserve commandée à des religieux, et spécialement à des membres de la Compagnie. Et ni leurs confrères, ni surtout leurs Supérieurs, ne doivent partager leurs responsabilités. Dès les premières manifestations du dissentiment entre le roi et la nation catholique, le P. Aquaviva avait donné des directions sévères aux Jésuites français, leur défendant non seulement toute action politique, mais même toute expression de sympathie pour l’un ou l’autre parti. Et il retira de France les PP. Auger et Mathieu, parce qu’ils étaient sortis, en sens contraires, des limites tracées.

Une situation particulièrement difficile commença pour les Jésuites de France après l’abjuration du Béarnais, alors que le pape Clément VIII tardait à lever l’excommunication, dont le prince avait été frappé par Sixte-Quint, et qui le rendait incapable d’occuper le trône. Ils ne crurent pas pouvoir devancer l’absolution pontificale, comme le firent beaucoup de catholiques, même du clergé, pour prêter le serment d’obéissance à Henri IV. Ce juste scrupule leur causa de sérieux embarras dans plus d’une ville. Les Jésuites de Paris, avec le fameux P. Gommolet à leur tête, furent les

premiers à jurer obéissance : mais ils le firent avec l’assentiment du légat du pape. Ils déjouèrent ainsi une manœuvre de leurs ennemis qui escomptaient déjà leur refus pour les perdre. En effet, la haine tenace de l’Université de Paris veillait, toujours attentive à ce qui pourrait lui donner prise sur les rivaux détestés. Elle n’avait attendu, semble-t-il, que le retour d’un peu de tranquillité publique pour rentrer en campagne contre eux.

Il sera pourtant étrange de voir l’Université poursuivre les Jésuites comme ligueurs; car elle s’est engagée beaucoup plus qu’eux pour la Ligue; mais sans doute elle espère faire oublier sa propre conduite par l’ardeur avec laquelle on la verra pousser ce grief.

Donc le 12 mai 1594, le Recteur de l’Université, Jacquesd’Amboise, présenta auParlement une requête, qui concluait à ce que la « secte prenant la qualité ambitieuse delà société du nom de Jésus, laquelle... s’est rendue totalement partiale et fautrice de lafaction espagnole,... » fût « exterminée, non seulement de l’Université, mais aussi de tout [ le royaume de France ». Cependant, quoique le Recteur prétendît parler au nom de toute F Université, à peine les termes de sa requête furent-ils ! connus, qu’elle fut désavouée par une partie nota- ‘r ble de la corporation. La Faculté de Théologie dé clara que son sentiment était « qu’il fallait réduire les Jésuites à la discipline de l’Université, mais nullement les chasser de France ». La Faculté de droit déclina également toute solidarité dans le : procès intenté de cette manière. Il est vrai que, ;« pour fortifier son action, le Recteur s’était assuré !e la signature de deux ou trois curés de Paris, qui lui permirent de présenter sa requête comme tendant également à défendre la hiérarchie et les p

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droits du clergé séculier contre les usurpations des Jésuites.

Cette requête, en somme si peu autorisée, reçut néanmoins un accueil empressé du Parlement grâce au premier président, Achille de Harlay, et à l’avocat du roi, Servin, que l’accusateur avait trouvés tout disposés à s’entendre avec lui. Appelée le 12 juillet 1594, la cause fut plaidée pour T Université par Antoine Arnauld, le père du futur patriarche janséniste, et pour les curés de Paris par Louis Dollé. Les deux, mais surtout le premier, y mirent une passion, une violence, qui ne respectait ni la vérité, ni souvent même la vraisemblance. A entendre Arnauld, la Ligue, quin’est pour lui qu’une insurrection criminelle soudoyée parles ennemisde la France, n’a eu d’autres auteurs que les Jésuites, et tous les désordres, tous les excès qu’elle a produits, ou qu’il lui prête, ont été commis à leur instigation. D’ailleurs, pour faire voir que tous les Jésuites sont dévoués corps et âme aux intérêts de l’Espagne, il affirme que ce sont eux qui ont livré le Portugal à Philippe II, eux qui ont armé le bras de l’assassin du stathouder, Guillaume d’Orange, etc. Il va jusqu’à mettre à leur charge les cruels traitements infligés par les Espagnols aux indigènes du Nouveau Monde.

L’avocat Claude Duret, que le cardinal de Bourbon donna pour défenseur à la Compagnie, répondit en peu de mots décisifs, invitant l’adversaire à faire la preuve de ses calomnies atroces ; mais Arnauld ne sut que se retrancher sur la prétendue notoriété. De plus, le P. Clément du Puy, supérieur provincial des Jésuites de Paris, et le P. Barny, procureur du collège de Clermont, firent passer aux juges des réfutations péremptoires

de toutes les accusations d’Arnauld et de Dollé. En outre, comme la requête tendait à fermer tous les collèges de la Compagnie en France, l’archevêque de Rouen et l’évêque de Clermont, pour les collèges fondés par leurs prédécesseurs, le duc de Nevers pour le sien, Bordeaux et plusieurs autres villes pour les leurs, réclamèrent contre la mesure qui les menaçait. Devant ces faits, qui parlaient en faveur des Jésuites, et devant l’évidente fausseté des griefs apportés contre eux, le Parlement, ne pouvant les condamner et ne voulant pas leur donner raison, fut bien obligé de suspendre une fois de plus la décision du procès.

Mais à peine sortie de ce danger, la Compagnie fut rejetée dans un plus grand par l’attentat de Châtel sur Henri IV (27 décembre 1594). Le criminel, un jeune détraqué, étudiait actuellement le droit dans l’Université; il avait également fait toutes ses classes de lettres dans les établissements universitaires; mais il avait suivi comme externe un cours de philosophie au collège de Clermont. Cette dernière circonstance suffit aux ennemis irréconciliables des Jésuites pour échafauder une accusation de complicité dans l’attentat. Cependant, Châtel, au milieu des tortures, nia toujours qu’il eût des complices et qu’il eût parlé à quelque Jésuite de son criminel dessein- Le P. Guéret, qui avait été son professeur de philosophie, dut être relâché de prison, faute de l’ombre d’une preuve. Le Parlement tint néanmoins à montrer son zèle royaliste; il fit pendre et brûler en place de Grève (7 janvier 1595) le P. Jean Guignard, coupable d’avoir gardé dans sa chambre quelques écrits ligueurs, et condamna tous les Jésuites de son ressort à sortir de France.

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L’Université, délivrée de leur concurrence, gagna peu à son triomphe. Beaucoup d’élèves des collèges fermés allèrent, en dépit des défenses du Parlement, chercher d’autres collèges de la Compagnie, à Avignon et dans les parties non i encore françaises de la Lorraine, de la Franche- ! Comté et des Flandres. On songea enfin à relever l’enseignement universitaire par des moyens plus justes, et plus efficaces, en essayant de le 11 réformer. Pour cela, on s’inspira utilement, sur 81 plus d’un point, de l’exemple des Jésuites. Toute- ' fois le résultat principal dé cette réforme de 1595, ordonnée et conduite par le pouvoir royal, sans presque consulter les professeurs intéressés, fut de détruire ce qui restait d’autonomie à l’Univert sité en matière d’enseignement; à la place du seul ^ contrôle qu’elle connût autrefois, celui de l’autour ité maternelle de l’Église, elle aura désormais la i' rude tutelle du gouvernement et des magistrats )1® séculiers.

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igt ] 60. Henri IV et les Jésuites. — Les Jésuiteà, il; expulsés par le Parlement de Paris, dont les cours e de Rouen et de Dijon suivirent la pression, purent 'ait! se maintenir dans la plupart de leurs collèges rtunidu Midi, grâce à l’affection des villes, soutenues l’iii par les Parlements de Bordeaux et de Toulouse. ]& Henri IV croyait alors à la culpabilité des Jésuites : jef il était encore sous l’empire des fortes préventions oïl que lui avait données contre eux son éducation n« calviniste, et qui étaient entretenues par ce qu’il ^entendait dire dans son entourage, composé en $ grande partie de protestants et de « politiques ». laDS'Il laissa subsister les collèges auxquels tenaient (jades villes qu’il avait besoin d’attacher à sa cause. l'fjfMais les négociateurs qu’il envoyait à Rome pour

Buuo.ker. — La Compagnie de Jésus. 15

traiter de sa réconciliation arec l'Église, avaient défense d’entrer en discussion sur l’affaire des Jésuites. Au contraire, Clément VIL!, douloureusement ému de l’iniquité des arrêts dm Parlement, voulait faire de leur retrait une condition de l’absolution du roi. Ce furent les Jésuites français et le P. Général qui l’en détournèrent, en le suppliant de ne pas retarder la pacification religieuse de la France, dût la Compagnie attendre encore longtemps l’heure de la justice pour ellemême. Henri IV n’ignora pas cet acte d’abnégation, ni le concours que lui prêtèrent plusieurs Jésuites, notamment les PP. Possevin, Sirmoiid. Commolet lui-même, mais surtout l’Espagnol Tolet, pour dissiper les scrupules empêchant le Souverain Pontife de terminer l’affaire à la satisfaction du prince. Son antipathie en fut sans doute diminuée; toutefois elle ne céda que peu à peu, et à mesure que le roi, comme il le dit lui-même plus tard, -connut mieux les Jésuites, par l’attention à leurs œuvres, par les justifications qu’ils lui soumirent, enfin surtout par les rapports personnels avec quelques-uns d’entre eux.

En attendant, les ennemis de la Compagnie, non encore satisfaits par sa destruction, continuaient à déchirer son honneur par des libelles calomnieux. La guerre de mensonge devint plus acharnée, quand on soupçonna que Henri IV n’était plus éloigné d’accorder le rétablissement des Jésuites. Les principaux meneurs de cette campagne déloyale, Arnauld etPasquier, reprirent avec plus de violence les calomnies déjà lancées, par l’un en 1594, et par l’autre dès 1564, et y ajoutèrent des fables nouvelles, inventées par les protestants contre les Jésuites étrangers.

Enfin, après avoir donné en 1598 son Édit de

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' Nantes, où il crut devoir, pour la paix de son » royaume, accorder de larges concessions aux proot testants, Henri se montra de plus en plus disposé tt à faire ce que le pape et les meilleurs catholiques «! de France lui demandaient pour les Jésuites. Par rss: son édit de Rouen (septembre 1603), il leur donna a satisfaction, avec quelques réserves que sa bienr veillance devait peu à peu faire disparaître. S’il ttfi n’autorisait pas encore la réouverture des cours ui du collège de Paris, c’était surtout, comme il à l’avoua, pour faciliter les premiers développeib meçts du grand collège qu’il tenait à faire ouvrir in par la Compagnie à la Flèche. Cependant, $[ dès 1604, il permet aux Pères de rentrer à Paris ck dans la maison professe, et il assiste avec la reine la; à la réouverture de l’église de Saint-Louis. Puis, ns tandis qu’il réalisait sa fondation vraiment royale ai' de la Flèche, il accordait, d’année en année, des ni: lettres patentes autorisant de nouveaux collèges • fi demandés parles villes: ainsi surgirent ceux de ns Moulins (1606), de Poitiers (1607), d’Amiens (1608), ntljlde Reims (1608), de Caen (1609), de Saintes (1610- 1611). En 1608, dans les collèges en exercice, on np comptait déjà 30.000 élèves.

n , Le couteau de Ravaillac, qui enlevait à la g France un roi adoré (14 mai 1610) privait aussi les Jésuites de leur protecteur et de leur meilleur y,j ami. La fureur enragée de leurs ennemis n’en f[ tenta pas moins de mettre ce crime à leur charge. ec< On ne pouvait donner l’ombre d’une vraisemelll blance à une accusation directe contre les Jésuites français; mais on rencontra fort à propos, pour ’,jjf l’exploiter contre eux, les témérités d’un Jésuite l‘ étranger.

, 61. Affaire du livre de Mariana. — Le P. Jean

LA COMPAGNIE DB JESUS

Mariana, que nous avons déjà eu occasion de nommer, avait publié à Madrid, en 1599 un manuel de pédagogie royale, intitulé De Regeet Regis institutione. Ce qui y était dit pour justifier sous certaines conditions la mise à mort d’un

tyran par des particuliers, avec une phrase d’éloge pour Jacques Clément, l’assassin de Henri III, n’avait pas empêché l'ouvrage d’être approuvé nar

l’avait pas empêché l’ouvrage d’être approuvé par l’Inquisition et dédié au roi Philippe III. Il n’attira l’attention, hors d’Espagne, que lorsqu’il eut été

réimprimé par un éditeur protestant à Cologne, en 1605. Après l’assassinat de Henri IV, les enne¬

mis des Jésuites s’empressèrent d’affirmer que c’était la lecture de ce livre qui avait excité Ravaillacàl’attentat. L’interrogatoire de l’assassin prouva cependant qu’il ne connaissait pas même de nom l’auteur, et que d’ailleurs il était incapable de le lire ou du moins de le comprendre. Le Parlement n’en jugea pas moins nécessaire, par un arrêt du 8 juin 1610, de condamner au feu l’œuvre du Jésuite espagnol.

Les confrères de Mariana n’avaient pas attendu cet arrêt pour se désolidariser d’avec lui. Défait, si les théologiens jésuites ont admis, avec saint Thomas et tous ses disciples, le droit pour les peuples, sous de justes réserves, de se libérer d’un vrai tyran par la mise à mort, Mariana estseul dans la Compagnie à multiplier comme il fait les cas de légitimité du tyrannicide. A peine théorie eut-elle été publiée en Allemagne, qu’elle fut expressément désavouée par les Jésuites de ce pays, notamment par le célèbre P. Gretser. De France elle avait été dénoncée au P. Général dès la première apparition de l’ouvrage, en 1599, par le P. Richeome. Le P. Aquaviva avait répondu aussitôt qu’il déplorait cette publication faite à

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HISTOIRE DES PROVINCES

81 son insu et promit que le livre serait corrigé. Il avait répondu de même à la plainte collective que ^ lui adressèrent, en 1606, les Jésuites de France, Jst réunis en Congrégation provinciale. Il fit plus : 1 le 8 juillet 1610, il envoyait aux provinciaux un ^ décret, qu’il leur ordonnait de notifier à tous leurs sujets, et qui interdisait à tous « d’émettre

I ou de soutenir, soit en public dans les chaires ou

II dans les livres, soit en particulier en donnant * conseil ou en conversation, cette opinion qu’il ( serait licite à qui que ce soit d’attenter à la vie 1Sf; d’un prince ou d'un roi, sous un prétexte quelllf! conque de tyrannie ». Le P. Pierre Coton qui, par

son mérite autant que par ses relations intimes ® avec le feu roi, était alors en France l’homme de la Compagnie le plus en vue, n’avait pas négligé ti- de repousser l’odieuse attaque, dès qu’elle se pro- A duisit en public. Sa Lettre déclaratoire de la docémtrine des Pères Jésuites , adressée à la reine-mère rat Régente, réfute péremptoirement l’accusation fondée sur le livre de Mariana, et expose nettement, al sans ambages, la doctrine commune des Jésuites . Dei^sur le respect dû aux souverains. Sachant quelle reci part avaient les protestants dans cette campagne pot de calomnies, le P. Coton aurait voulu mettre ;li! les assertions de leurs principaux docteurs en aestt regard de celles des Jésuites; mais le chancelier illti et le procureur général exigèrent la suppression peint de cette partie de sa Lettre, parce que la repro- 3,fj duction de ces textes, où les protestants parlaient mite si mal des rois, pouvait exciter à de nouveaux etsfl- attentats. Pareille crainte pourtant n’empêcha pas léttlt le Parlement de mettre au pilori les auteurs 15Ü| Jésuites, en leur faisant une publicité qu’ils n’auréfJ raient jamais obtenue sans ses arrêts.

B fiit La Régente montra qu’elle était bien convaincue

de l’innocence des Jésuites, en faisant confirmer par lettres patentes de son fils Louis XIII leur établissement en France, selon la teneur de l’édit de 1603 et des concessions subséquentes de Henri IV. Ces lettres, données en juillet 1610, furent suivies d’autres en août, autorisant la réouverture du collège de Clermont à Paris. Toutefois, ici, l’Université lit opposition : de là, nouveau procès qui ne vint pourtant qu’en décembre 1611.

En attendant, le zèle du Parlement contre les Jésuites ne chômait pas. Il s’était imposé un cer tain sacrifice, en s’abstenant de nommer les Jésui- I tes dans l’arrêt contre Mariana. Mais il ne tarda “ pas à se dédommager amplement, en frappant une des grandes gloires de la Compagnie en la personne du cardinal Bellarmin. Sans doute, l’autorité avec laquelle celui-ci défendait depuis nombre d’an*- j i nées les doctrines romaines, le désignait tout particulièrement à l’animadversion des hauts magis- ■ trats gallicans. Leur ire se déchargea sur son Traité de la puissance du Souverain Pontife dans les choses temporelles , publié en 1610 pour réfuter ! un livre du juriste Guillaume Barclay. La doctrine de ce traité n’était autre que celle que soutenaient communément les théologiens catholiques, au moins hors de France. Bellarmin l’avait déjà en- ' seignée dans ce volume des Controverses , que 1 Sixte Y voulait faire mettre à l’Index, parce qu’il y trouvait le pouvoir des papes en matière temporelle trop restreint. Cependant le Parlement, après avoir entendu un réquisitoire de l’avocat ! général Servin, non moins injurieux pour le Saint- Siège que pour Bellarmin, le 26 novembre 1610, prohiba le livre dénoncé, comme « contenant une ‘ fausse et détestable proposition, tendant à l’éver- 5 si on des Puissances souveraines, ordonnées et 1

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Su établies de Dieu, soulèvement des sujets contre ! leur Prince : soustraction de leur obéissance, in« >| duction d’attenter à leurs Personnes et Etats, troiu- [esj bler le repos et tranquillité publique ». Sur JLa t plainte du Nonce, la Régente fit donner par aK Louis XIII un arrêt au conseil du Roi, inhibant la ^publication et l’exécution de cette étrange senoii| tence.

•e! Le Parlement n’en continuera pas moins à déiIkj, -fendre l’autorité royale, même malgré elle, contre les livres des Jésuites étrangers. Le 26 juin 1614, sjji il condamna au feu celui que venait de publier le 10 1| célèbre Suarez, pour la Défense de la foi catholi ia % que, contre le roi théologien, Jacques Ier d’Anm g'ieterre.

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•eli 62. Reprise du procès de l’Université. — L’éternel 0ïi, procès avec l’Université, revenant en décerner bre 1611, permit à l’avocat Pierre de la Martelière ggflet au Recteur de ressasser contre les Jésuites i,|i toutes les vieilles calomnies. L’avocat général r[(t Servin ne manqua pas d’y chercher une sorte de jj revanche de la cinglante leçon que Henri IV lui lÇÎ avait infligée, à lui et à ses collègues du Parlement, |f; lorsqu’ils essayèrent de refuser l’enregistrement 1 de l’édit de 1603. Mais tous les trois s’efforcèrent S(S surtout de mettre en évidence l’opposition des r(( doctrines de la Compagnie avec les prétendues r libertés de l’Église gallicane, et avec les principes rjet. reçus en France sur les droits de l’État et son in- |,, dépendance à l’égard de l’autorité spirituelle sujiV prèrne. Les Jésuites, par l’organe de leur avocat,

, Jacques de Montholon, répondirent à toutes les ^ allégations dirigées contre eux, de manière à sa*

? tisfaire pleinement ceux qui ne demandaient qu’à | être éclairés. Quant aux doctrines, ils protestèrent

n’en avoir point d’autres que celles qui étaient communes dans l'Église catholique et que les plus illustres docteurs de Paris eux-mêmes avaient professées.

Sur le dernier point, leur cause était d’avance vouée à la défaite devant la majorité de leurs juges : ils avaient pour eux la vérité et la raison, mais contre eux la passion et tout le bloc des antipathies et des préventions anti-romaines, qui constituent le gallicanisme parlementaire. Pour satisfaire la Cour, ils auraient dû abjurer la première loi de leur vocation, la fidélité au Vicaire de Jésus- Christ. L’avocat général Servin tenta en effet de les amener à cette abjuration déshonorante; il n’y réussit pas, naturellement. Le Parlement lui-même, peur cette fois , ne voulut pas pousser si loin ses exigences : il se contenta d’une déclaration, dont la formule fut rédigée avec une intention bienveillante par le premier Président, telle que le i t Supérieur des Jésuites s’était offert à la sous- : crire. (]

La pièce, signée par les représentants autorisés ; des Jésuites de Paris, au greffe du Parlement, le i 22 février 1612, porte que les Pères « obéissant e audit arrêt (du Parlement), déclarent qu’ils sont u conformes à la doctrine de l’école de Sorbonne, y même en ce qui concerne la conservation de la u personne sacrée des Rois, manutention de leur ] autorité royale, et Libertés de l’Eglise gallicane, n de tout temps et anciennement gardées et obser- c vées en ce royaume ». <\

Evidemment, les Jésuites, en déclarant se con- y former à la doctrine de la Sorbonne, n’entendaient r point parler des thèses hérétiques ou proches de l’hérésie, que soutenait Richer, alors syndic delà < Faculté de théologie, ni des théories plus ou moins i

semblables des légistes gallicans du Parlement. Le Richérisme n’était pas encore « la doctrine de l’école de Sorbonne » ; il était résolument combattu par les docteurs les plus considérés de la Faculté même. Les Duval, les Mauclerc, les Isambert, les Gamache, les Bail et d’autres étaient alors bien plus autorisés à représenter l’école de Sorbonne; et leurs idées théologiques, non seulement dans les choses de foi, mais encore sur les points non définis des prérogatives du Saint- Siège, ne s’écartaient que peu ou point de celles des docteurs ultramontains. Si quelques-uns d’entre eux, dans certaines questions comme celles de la supériorité du pape sur le concile, ou des libertés gallicanes, professaient des opinions plus ou moins différentes de celles qui avaient cours hors de France, ils ne prétendaient pas les imposer, ni refuser à personne le droit de penser autrement. En un mot, dans la Faculté de théologie ne dominait encore qu’un gallicanisme modéré, qu’on pouvait dire orthodoxe ; un autre, qui s’introduira peu à peu, sous la pression des légistes du Parlement et sous l’influence des richéristes et des jansénistes, ne le remplacera pas avant le milieu du xviP siècle. Les Jésuites de 1612 pouvaient donc, en sûreté de conscience, « se conformer à la doctrine de l’école de Sorbonne ». C’était déclarer simplement qu’ils acceptaient l’enseignement de la Sorbonne, en tant qu’il concordait avec celui des autres écoles de l’Église catholique, et que, pour les opinions particulières, ils se réservaient la liberté reconnue parles Sorbonnistes les plus autorisés eux-mêmes.

C’est ainsi qu’ils expliquèrent leur déclaration, en publiant ^vec quelques compléments le plaidoyer de leur avocat, en 1612. Et vraiment

personne ne s’y était trompé. Sans doute, cette del claration,dans ce sens, ne répondait pas à ce qui demandaient Servin et avec lui beaucoup de mena bres du Parlement. Ils n’ont pas insisté néanmoins* pour avoir davantage : c’est apparemment parce' qu’ils n’ignoraient point qu’ils ne pouvaient encore compter sur la Sorbonne pour soutenir leurs exigences. Plus tard on demandera davantage, et il nous sera plus difficile de justifier les concessions que les Jésuites feront à la violence.

Malgré la déclaration, le collège de Clermont perdait son procès; le Parlement Y appointa au conseil. L’Université qui, par la harangue latine | de son Recteur, avait imp Joré le Parlement, comme j si son existence eut été en jeu, triompha bruyam- : ment. Mais elle ne jouira pas de son triomphe j plus de quatre ou cinq ans, et ses rivaux reprendront en face d’elle leur enseignement avec plus de succès que jamais.

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