Œuvres de la Compagnie en province
Dans l’intervalle, tous les collèges de province fermés par les parlements s’étaient rouverts, et il s’en créait toujours de nouveaux, de sorte que le total en 1616 était de 45, alors qu’en 1580 il n’était encore que de 14. Si on veut juger de la fréquentation, voici quelques chiffres : à Avignon, 900 élèves en 1596, 1.300 en 1599 (dont 100 philosophes, 50 théologiens); 600 en 1601 ; à Besançon, 900 en 1602; — à Caen, dès la première année (1609), 930 élèves; — à Dijon, 1.000, vers 1617; — à la Flèche, 1.500 en 1608; - à Nancy, en 1616-1617, on comptait 250 élèves dans les 1 trois classes de grammaire ; — à Poitiers, 800 élèves < en 1609; — à Pont-à-Mousson, 1.00 Q en 1608; — à Reims, 500 en 1608; — à Verdun, 700 en 1610.
HISTOIRE DES PROVINCES
Le nombre des établissements croissait avec le chiffre des sujets, qui étaient 1.286 dans les quatre provinces de France, en 1616. En conséquence, on dut alors former une cinquième province, qu’on nomma Champagne : elle comprenait, outre la Champagne civile, la Lorraine et la Bourgogne.
Voici quel était en 1616 l’état sommaire des cinq provinces :
France (Paris) Aquitaine ....
Lyon .
Toulouse.
Champagne. . .
Sujets Collèges
Tous ces collèges eurent une influenceconsidérable et il n’est que juste de penser qu’ils ont été pour beaucoup dans le renouveau de catholicisme qui se fit remarquer dans la première moitié du xvii6 siècle. Aussi, déjà en 1599, dans une de ses apologies, le P. Riclieome ne craignait pas d’en appeler aux habitants des villes où les collèges de la Compagnie étaient établis depuis dix ou vingt ans, pour attester le changement considérable qui s’était fait, grâce à eux, au profit de la vie catholique et aux dépens de l’hérésie. Par exemple à Bordeaux, quand les Jésuites y entrèrent, il y avait 1.200 familles « huguenotes » ; en 1589, il en restait à peine une. D’ailleurs l’excellence de ces écoles était si bien reconnue que les protestants eux-mêmes demandaient à y envoyer leurs enfants, et notamment à Tournon on ne put les refuser. Il s’ensuivit plus d’une conversion.
L’activité des prédicateurs et des missionnaires ne fut pas inférieure à celle des professeurs de collèges. Cependant avant la pacification de la France par Henri IY, les excursions apostoliques des Jésuites les exposaient souvent à de mauvais traitements, ou même à pis que cela, de la part des hérétiques qu’ils rencontraient sur leur chemin. C’est ainsi qu’en février 1593, le P. Jacques Salés, envoyé à Aubenas pour prêcher Pavent et le carême, y fut tué par des soldats huguenots, à l’instigation de leur ministre, ainsi que son compagnon le Frère coadjuteur Guillaume Saultemouche.
L’œuvre des missions, activée par les exhortations du P. Aquaviva, le fut aussi indirectement par l’arrêt du Parlement de Paris, fermant les collèges et expulsant les Jésuites de son ressort. Il procura en effet à plusieurs Pères capables plus de loisirs pour l’apostolat, et les dispersa spécialement dans les provinces du Midi, où le protestantisme avait ses groupes d’adhérents les plus nombreux et ses plus ardents propagateurs. Le P. Pierre Coton surtout attira catholiques et protestants à ses prédications, à Grenoble et à Nîmes : la renommée en vint jusqu’à Henri IV, qui voulut entendre l’orateur et qui, après l’avoir entendu, ne consentit plus à se séparer de lui. Plusieurs autres Pères évangélisèrent le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, la Guyenne, la Saintonge, ramenant les catholiques aux pratiques de la vie chrétienne, éclairant les égarés de bonne volonté.
Les controverses avec les ministres de l’hérésie furent fréquentes, principalement après l’édit de Nantes; car, par la liberté qu’il assurait aux protestants, il excitait à la fois le prosélytisme de ceux-ci et le zèle de leurs adversaires. En des
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conférencés qui, par la mauvaise foi des ministres calvinistes, rarement aboutirent à un résultat utile, mais bien plus fructueusement par des écrits nerveux, les Pères Louis Richeome, Jacques Gaultier, Ignace Armand, Jean Gontery, Fronton du Duc, Jean de Bordes, Alexandre Regourd, et d’autres démasquèrent les sophismes et confondirent les assertions menteuses des plus fameux prédicants.
64. Les États Généraux de 1615. Réouverture du Collège de Paris (1618). — Après toutes les imputations déshonorantes, toutes les calomnies dont les avocats de F Université lesavaientencore couvertsdans le procès de 1611, les Jésuites furent bien dédommagés, à l’occasion des États Généraux de 1615. Alors que les maîtres du monopole ne voient en eux que des concurrents leur enlevant des élèves, deux grands ordres de l’État, non moins intéressés et plus aptes à les bien juger, le clergé et la noblesse, prient lé Roi, en considération des « grands fruits et notables services » que les Pères Jésuites « ont faits et font journellement, tant à l’avancement de la religion qu'à l’instruction de la jeunesse », de leur permettre d’enseigner dans leur collège de Clermont à Paris, et en outre d’autoriser toutes les villes qui les demandent, à leur donner des collèges. En même temps, le clergé, pour mettre fin aux difficultés du côté du Parlement, priait le roi d’évoquer à son Conseil, à l’exclusion de tous autres juges, la querelle entre les Jésuites et l’Université de Paris. Cette dernière ne manqua pas de présenter une contrerequête, où elle essayait de prouver que les Jésuites n’étaient ni nécessaires ni utiles, et finissait par demander pour le moins qu’il leur fût
interdit, d’enseigner la philosophie et la théologie dans les collèges en deçà delà Loire : après quoi, ajoutent les bons apôtres, « on verra l’Université augmenter de plus de deux mille écoliers dans peu de mois ». Louis XIII déféra au vœu des États Généraux par un arrêt du Conseil du 15 janvier 1618, ordonnant, « en considération des bonnes lettres et piété dont les Pères Jésuites font profession », et dans l’intérêt même de l’Université de Paris qui, dit l’arrêt, « se trouve presque déserte » depuis la fermeture du collège de Clermont, que « les Pères Jésuites feront à l'avenir lecture et leçons publiques en toutes sortes de sciences, et tout autre exercice de leur profession, audit collège de Clermont, comme ils ont fait autrefois... ».
Le collège donc ne tarda pas à rouvrir ses cours.
Son corps professoral était tel que l’Université assurément pouvait l’envier : le Père Jacques Sirmond était Recteur; le Père Denis Petau professait la rhétorique; mais, en 1621, il devait la quitter pour inaugurer ses célèbres leçons de théologie positive; les PP. Gordon-Lesmoore, Le Mairet, de Creuilly, qui enseignaient la théologie en 1620, avaient fait leurs preuves depuis longtemps. Dans l’affluence des auditeurs, il y eut de quoi surexciter la jalousie des universitaires. Sans parler des hauts personnages, évêques, magistrats, docteurs qui voulurent avoir la primeur des nouvelles leçons, le collège compta 1.500 élèves dès 1619; en 1620et 1623, il en avait 2.000, dont près de 300 pensionnaires. En 1626-1627, après le grand orage de l’affaire Santarelli, on compta 1.827 auditeurs, ainsi ré- [ partis dans les 14 classes du collège :
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Écriture sainte 52
Théologie ) Seola'tique (2 classes) 8 \ Morale
Théologie
Classes
secoudaires
1* Rhétorique 170 2e Humanités 150
La réouverture du collège de Paris avait été favorisée par certains personnages, d’ailleurs amis peu chauds de la Compagnie, dans Fintention de ramener à la capitale la jeune noblesse, qui s’était portée en masse au collège d’Henri IV à la Flèche. Ce résultat s’était produit en partie ; il n’en restait pas moins à la Flèche, en 1626-1627, jusqu’à 1.351 élèves, dont 351 pour les études supérieures. D’ailleurs, à la même date, d’autres collèges de la Compagnie, assez peu éloignés de Paris, comptaient presque autant ou encore plus d’élèves : ainsi à Rouen, il y en avait 1.968, à Rennes 1.484, à Amiens 1.430, à Caen 940. Au total, en 1626-1627, la province de France (Paris), à elle seule, instruisait 13.155 jeunes gens dans ses quatorze collèges, tandis que la province de Champagne en formait 5.264 dans douze collèges; et la province de Toulouse 6.848 dans treize établissements (1.250 à Toulouse même, 800 au Puy, 750 à Rodez, 700 à Cahors, etc.).