THEOLOGIE POSITIVE
La controverse inaugurée par les théologiens de la Compagnie se distinguait de la plupart des essais antérieurs par l’ampleur, aussi bien que par j la solidité de la base. Elle s’appuyait avant tout sur i une étude complète et approfondie de l’Écriture Sainte et des documents de l’antiquité ecclésias* * tique. Des travaux poursuivis dans cette direction par des hommes de talent devaient avoir pour résultat, outre une défense efficace de la foi, le progrès de toutes les parties de la théologie positive.
LE MOUVEMENT SCIENTIFIQUE
127. Écriture Sainte. — Les études scripturaires, les plus nécessaires pour enlever aux novateurs leur arme favorite, y gagnèrent d’abord. C’est dans son admirable explication des Évangiles que Maldonat a laissé le monument le plus achevé de son enseignement. Dans un commentaire beaucoup plus ample, Alphonse Salmeron (+ 1585), le compagnon de S. Ignace, découvre aux théologiens et aux prédicateurs des ressources presque illimitées. Jérôme Nadal f-f 1580) fait œuvre à la fois savante et populaire dans ses Evangiles commentés, et illustrés de gravures par les meilleurs artistes de l’époque. François Tolet (-J- 1596), qui enseigna avec un égal éclat la philosophie et la théologie, prédicateur du pape sous plusieurs pontificats, vit dans le souvenir de la postérité surtout par ses beaux commentaires sur saint Jean, saint Luc et l’Épitre aux Romains. Mais il serait trop long de mentionner tous les exégètes que la Compagnie a produits dans son premier siècle : ce sont surtout leurs travaux qui ont valu à cette période d’être appelée le « second âge d’or » de l’exégèse catholique. Tous ces interprètes de la Bible ont recherché la pensée des écrivains s'acrés avec ardeur, science et conscience, d’après les principes de la saine herméneutique. Le respect qu’ils ont professé pour la Vulgate latine, ne leur a pas fait fermer les yeux sur ses imperfections; V authenticité que lui attribue le Concile de Trente, a été sagement déterminée et limitée aux choses de la foi et des mœurs par les plus éminents d’entre eux, suivant l’exemple que leur donnait Bellarmin. Sans jamais oublier que le seul « vrai sens de l’Écriture est celui qu’a tenu et tient la sainte Église catholique », plusieurs, comme Maldonat, Benoît Pererius, Jacques
Bonfrère, ont ouvert parfois des voies nouvelles que la critique moderne a suivies avec profit.
128. Patristique. — En dépit des dédains outrageants de Luther et de Calvin, le témoignage des anciens Docteurs de l’Église avait trop de poids contre les novateurs pour n’être pas invoqué fréquemment par les controversistes catholiques. Et ils s’en servirent si bien, que les disciples des réformateurs furent contraints de quitter l’attitude des maîtres et de chercher, quoique sans succès, à tirer les saints Pères de leur côté. Canisius indique déjà aux marges de son premier catéchisme (1555), outre les textes bibliques, les principaux témoignages de la tradition patristique à l’appui de chacun des dogmes exposés. Plus tard (1569), Pierre Buys (Busaeus) reproduira tout au long avec leur contexte ces passages de l’Écriture et des Pères. Longtemps avant son catéchisme, Canisius avait publié en latin les œuvres de saint Cyrille d’Alexandrie, corrigeant de son mieux les éditions antérieures et ajoutant des parties inédites (1546); puis celles du pape saint Léon le Grand (1547). Son compatriote, Théodose Antonii, dit Peltanus (de Pelt), après avoir professé successivement les langues classiques et l’hébreu, puis la théologie, à Ingolstadt, employa les dernières années de sa vie (-{- 1584) à publier des ouvrages inédits de Pères et de théologiens grecs, qu’il traduisit aussi en latin : le principal est le recueil des actes du premier concile d’Ephèse (431). Vers la même époque, Jérôme de Torrès (+ 1611) oppose à la Confession protestante d’Augsbourg une Confessio Augustiniana (Dillingen, 1567). Son homonyme, également Espagnol, François de Torrès ou Turrianus(+ 1584), très savant, malgré le tort
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qu’il s’est fait en défendant trop vivement quelques documents apocryphes, a rendu de grands services à la patristique par la publication de textes grecs nombreux et importants.
Bien d’autres Jésuites, surtout depuis le commencement du xviie siècle, s’occupent avec ardeur de faire connaître de nouveaux documents patristiques, en même temps qu’ils exploitent habilement les sources déjà ouvertes. Nous ne pouvons que nommer, en Allemagne encore, Jacques Gretser (1578 -f- 1625), dont l’érudition prodigieuse mène de front les travaux les plus ‘variés; Jacques Pontanus (1562 -f 1626) qui, bien qu’Allemand, dédie au roi de France Henri IV son édition gréco-latine des commentaires de saint Cyrille d’Alexandrie sur les petits Prophètes (Ingolstadt 1607) ; — aux Pays-Bas, André Schott j-f 1629) ; Héribert Rosweyde, précurseur des Bollandistes ( -f 1629) ; Balthazar Cordier (-f- 1650) ; — en Espagne, Louis de la Gerda (-f- 1643) ; — en France, Fronton du Duc (1577 -f- 1624); Jacques Sirmond (1559-1616 -j- 1651); Denis Petau (1583- 1605 -f- 1652), ce dernier, père de la théologie historique. Sirmond et Petau suffiraient à la gloire de leur Ordre dans le domaine de l’érudition universelle, et dans les sciences sacrées positives, en particulier. Ni pour la connaissance de l’antiquité chrétienne et profane, ni pour aucune des qualités qui font les parfaits éditeurs, ils n’ont été dépassés par les grands Bénédictins venus après eux.