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de leurs néophytes, au milieu des vexations de toute sorte, voire des tortures, où plusieurs donnèrent leur sang et même leur vie pour leur foi. Les conversions d’infidèles apparaissent relativement nombreuses, si l’on pense aux obstacles que rencontrait l'apostolat et aux sacrifices réclamés des néophytes. A juger par les années pour lesquelles nous avons des chiffres précis, entre 1730 et 1750, chacun des dix ou douze Jésuites prêtres du Maduré pouvait enregistrer annuellement de cent à deux cents baptêmes de païens. Il en était de plus favorisés; ainsi, au Marava, où avait souffert le P. de Britto, un de ses plus zélés successeurs, le P. Jacques de Rossi, dans les années 1737-1748, dépassa au moins trois fois le chiffre de 800 baptêmes d’adultes; en 1742, il en compte 876, et encore 773, 632, 603, 557 dans les années où son ministère a été troublé par les guerres. Ces succès, le missionnaire les attribue surtout aux grâces extraordinaires très nombreuses, obtenues par l’invocation de la Sainte Vierge et des saints, notamment de S. François Xavier et du V. P. de Britto. Beaucoup de ces grâces sont des délivrances de possédés ou de malheureux cruellement tourmentés par le démon. L’empire des esprits infernaux sur les idolâtres, dans l’Inde et ailleurs, est souvent constaté par les missionnaires, en même temps que l’efficacité des rites chrétiens pour le détruire.
223. — La mission du Carnatic, aux soins des Jésuites français, progressait comme celle du Maduré, à travers les mêmes difficultés de persécutions et de guerres. Après trente ans d’existence, en 1733, elle s’étendait à deux cents lieues au delà de Pondichéry, son quartier général; et, outre deux
églises très fréquentées, dans cette ville et à Ariancoupan, autre établissement français sur la côte elle possédait dans l’intérieur du pays seize églises, pour lesquelles il y avait alors seulement six missionnaires : plus d’un avait près de dix mille chrétiens à sa charge.
Renforcé ensuite, le chiffre total des missionnaires français de la Compagnie dans l’Inde, en y comprenant ceux du Bengale (quatre à Chandernagor), était de 22 en 1749, de 25 (dont 6 Frères) en 1761. Sur les fruits de leurs travaux, ils nous apprennent que, dans les années où leur action était particulièrement entravée par les guerres, comme en 1742-1743, ils n’ont eu, en tel endroit, qu’environ 38 ou 40,50 ou 52 baptêmes d’adultes; en tel autre, 62 ou 63; ailleurs 70 à 80. Mais, parlantd’une période plus tranquille, entre 1734-1740, le P. du Tremblay disait que chaque année, l’une portant l’autre, il avait baptisé environ deux cent cinquante personnes ; ensuite il entendait bien dix ou onze mille confessions par an, et baptisait chaque année quatre, cinq et quelquefois six cents enfants de chrétiens.
Ces résultats étaient encore plus considérables, là où les néophytes jouissaient de la protection française. Ainsi, à Pondichéry, où, sur plus de cent mille habitants, on ne voyait en 1700 aucun Malabare chrétien, on en comptait trois mille en 1725, presque tous convertis par le P. Turpin : d’octobre 1724 à octobre 1725, il s’y était fait six cents baptêmes, la plupart de Choutres (Soudras), c’est-à-dire d’indous des bonnes castes. En 1754, alors que les missionnaires, suivant le désir du Souverain Pontife, avaient été partagés entre les Choutres et les Parias, ces derniers avaient leur apôtre à Pondichéry dans le P. Michel
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Artaud (venu dans la mission en 1741). « Le bien qu’il fait auprès d’eux est immense, nous dit un témoin. Point de semaine qu’il n’en gagne à Jésus- Christ au moins sept ou huit... On voit ces pau- ! vres gens se rendre régulièrement dans une cour de l’église, le matin à 6 h. et l’après-midi à | 1 heure, pour apprendre leur catéchisme et leurs J prières. Rien n’égale la patience de ces catéchuj mènes : assis par terre,... vous les voyez occupés I douze heures par jour à répéter ou à écouter avec la plus grande attention les instructions de leurs maîtres. Ce qu’on fait dans une cour de l’église pour ces Parias, se fait aussi dans une autre pour ; les Choutres ou nobles du pays. Un respectable I vieillard, le P. Cœurdoux, qui a été pendant dix ans ' supérieur de la mission, en est chargé aujourd’hui (1754). Le nombre de ses prosélytes est très | grand et les baptêmes y sont journaliers... »
Le P. Cœurdoux avait alors 63 ans. On voit, d’une manière générale, les vétérans de la mission, au lieu de prétendre au repos, consacrer ce qui leur reste de forces aux chrétientés de la côte. La I fatigue sans doute y était un peu moindre que dans l’intérieur; mais là, en même temps, à leur école, les nouveaux venus apprenaient les langues et se | formaient à l’apostolat spécial de ces contrées. I C’est ainsi que, vers le milieu du xvine siècle,
! d’autres vieux missionnaires, avec de jeunes auxi- ’ liaires, dirigeaient encore des chrétientés fer- I ventes et sans cesse grandissantes, de plusieurs milliers de fidèles, dans deux stations voisines ; de Pondichéry, Ariancoupan et Oulagavei ; puis,
J trente lieues plus au sud, à Karikal, et bien plus loin au nord, à Chandernagor, dans le Bengale, i Les Jésuites du Carnatic paraissent même avoir voulu créer quelque chose de semblable aux
réductions de l’Amérique: une tentative de ce genre
était faite dans la mission de Nallatour, fondée en 1755 par le P. de Saint-Estevan, depuis peu collaborateur du P. de Tremblay à Karikal. Sur un terrain concédé par la Compagnie des Indes et avec l’aide d’un zélé chef de chrétiens, un village fut formé, et bientôt à un bon noyau de familles chrétiennes vinrent s’en joindre plusieurs, païennes, qui ne tardèrent pas à devenir catéchumènes. Une pareille œuvre, si évidemment profitable à l’évangélisation, devait aussi servir très utilement la colonisation française. Elle cadrait bien avec les plans du célèbre Dupleix.
Celui-ci, nous devons le dire en passant, fut toujours le protecteur et bienfaiteur insigne des missions. Et il ne tint pas aux missionnaires que sa patrie ne connut et n’appréciât, comme il le méritait, le génie qui lui aurait donné l’empire des Indes, si elle l’avait voulu. Ils firent de leur mieux pour intéresser la France aux merveilleux triomphes que son nom recueillait dans l’Inde, par la sagesse politique du grand administrateur, encore plus que par la valeur de ses soldats. Mais que pouvaient les lettres de quelques Jésuites contre la frivolité de l’opinion publique et contre son oracle, Voltaire, qui ne sut voir que « chimères » dans les conquêtes de Dupleix, de même qu’il ne voyait dans la colonie du Canada que « quelques arpents de neige ». En revanche, s il était vrai, comme on l’affirme depuis le même Voltaire, que le malheureux Lally-Tollendal fut condamné par le Parlement, en 1766, sur le témoignage du P. Louis Lavaur, missionnaire au Carnatic depuis 1741 et supérieur général des
Jésuites français dans l’Inde de 1751 à 1761, il y aurait sujet de s’étonner beaucoup du crédit
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wi subitement accordé par les magistrats à un de in ces Jésuites qu’ils avaient si maltraités dans leurs \\ Irécents. arrêts. Quoi qu’il en soit, le P. Lavaur m r n’est point responsable de ce mémoire, trouvé et laprès sa mort (1763), ou du moins de l’usage qui ut len a été fait en dehors de lui. Peut-être même il é- lui appartient aussi peu que le million d’« effets» s, là la Compagnie des Indes que les commissaires ie IduParlement auraient trouvés dans le même temps n- sous son nom.
la I En résumé, au milieu du xvm° siècle, le chiffre es [des chrétiens natifs de l’Inde méridionale, en comptant surtout ceux du Maduré et du Carnate, ut ^quoique souvent décimés par les guerres et des es ! famines fréquentes, était évalué à trois cent mille if et plus. Les parias en formaient la majorité; Tapie point des bonnes castes, la plus haute exceptée, re était néanmoins considérable. Les conversions de uf Brahmes, qui paraissent avoir été assez nom- « breuses avant le xviii6 siècle, furent ensuite très e rares : il y avait trop d’obstacles dans l’orgueil,
! l’intérêt, les persécutions de la caste. Mais ceux >s hui passaient pour les plus savants d’entre eux, ne [dédaignaient pas d’entrer en discussion publique re avec les docteurs chrétiens ; et, si bien peu 1" [rendaient hommage à la vérité qui leur était dé- Q montrée, leur défaite avait au moins ce résultat ie de discréditer leur pernicieux enseignement et 11 d’obliger les païens à estimer le christianisme.
16 Bailleurs, la mission si glorieusement commencée jt par le P. de Nobili ne cessa jamais d’avoir des représentants remarquables, comme lui, par leur 11 talent et leur science autant que par leur zèle et leur iS vertu. Spécialement l’étude des langues et des ! littératures de l’Inde conduisit les missionnaires 1 . jésuites du xvme siècle à de véritables découvertes.
Chine (1724-1760)
224. — Malgré les difficultés si fort accrues de la prédication, depuis la condamnation des rites et en dépit des persécutions presque ininterrompues depuis 1724, les Jésuites de Chine ont poursuivi courageusement, et non sans fruit, leur apostolat plus laborieux que jamais, jusqu’à la fin du xviii8 siècle. Sur les 39 Pères des provinces qu’atteignait l’ordre d’exil à Canton, six seulement purent encore se maintenir plus ou moins longtemps parmi les nombreux chrétiens du Sud-Est, grâce à la bienveillance des hauts mandarins. Ensuite quelques-uns même des internés de Canton surent ingénieusement tromper le contrôle parfois superficiel des autorités et rentrèrent dans l’intérieur. Mais, le 3 août 1732, un nouvel édit impérial renvoyait tous les Européens de Canton à Macao, en vue de rendre leur expulsion complète et définitive.
De fait, la Chine se ferma depuis lors, pour plus d’un siècle, aussi rigoureusement qu’aux jours de sa xénophobie la plus aiguë. Néanmoins, la vigilance des gardes de ses frontières a été déjouée plus d’une fois par l’amour qui entraîne le bon pasteur vers ses ouailles. Il est vrai, qui était assez heureux pour se glisser à la dérobée dans le pays, s’exposait à en être bientôt expulsé avec mauvais traitements, ou se condamnait à y passer une vie constamment menacée, dans les plus dures conditions matérielles. Le saint ministère ne pouvait plus être exercé qu’en cachette :c’estgénéralement la nuit qu’on réunissait les chrétiens, pour leur dire la messe et leur distribuer le pain de la parole et les sacrements. Pendant le jour, le missionnaire devait se tenir soigneusement caché au fond d’une barque ou dans des asiles très secrets ;
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souvent, forcé d’éviter, pour ne pas les compromettre, les demeures des fidèles, il n’avait d’autre ressource que d’errer à travers les bois. Quelles privations lui imposait une pareille existence, il est facile de l’imaginer. Malgré tout, aussi long- )uei|| temps qu’il y eut des Jésuites, leur dévoûment cou 0e manqua pas aux chrétientés qu’ils avaient ondées. C’est ainsi qu’ils maintenaient la foi, ipécialement dans les provinces méridionales,, le i Kiang-nan, le Kiang-si, le Tché-Kiang, et dans le
Hou-Kouang au centre de la Chine. Ils purent même, au milieu des persécutions, faire un nomnotable de recrues, amenées d’ordinaire par le prosélytisme des catéchistes et par l’influence
Idu bon exemple des chrétiens. Ainsi le P. Romain Hinderer, l'ancien Visiteur revenu secrète- , le i ment de Macao dans le Kiang-nan, trouvait moyen piilendix mois, jusqu’en septembre 1735, de baptiser ! de 1.1.072 païens etd’entendre 7.628 confessions, pour le salut d’un millier d’apostats repentis; en outre, il distribuait 6.333 communions et administrait 65 moribonds. Tout missionnaire n’avait pas la force presque surhumaine, ni par suite les succès du Jésuite alsacien, qui, âgé de 70 ans, après 40 ans de mission et « n’ayant plus que la peau sur les os », paraissait encore infatigable. Cependant un Père portugais, Martin Correa, et un Français, le P. Jean Baborier, occupés dans d’autres parties de la même vaste province, enregistraient, en l’année 1735,1e premier 4.639 confessions, 4.175 communions, 209 baptêmes d’adultes et 548 d’enfants, 102 extrêmes-onctions; le second 3.020 confessions, 2.832 communions et 352 baptêmes.
Les cent ou cent vingt mille chrétiens que l'on comptait encore au Kiang-nan, vers 1730, formaient toujours, par leur ferveur comme par leur nombre,
Brucker. — La Compagnie de Jésus. 47
la plus belle partie du troupeau de Jésus-Chrisstlenu en Chine. Cependant les missionnaires parlaient si' aussi avec une particulière consolation de leursfcuc: pauvres, mais excellents fidèles du Hou-Kouang.Eaii Entre les Pères de la mission portugaise qui * i travaillèrent dans cette dernière province, il faut t nommer un Jésuite autrichien, Godefroi de Laim-Ln beckhoven. Il y passa, depuis 1739, près de I quinze ans; après quoi, appelé au siège épiscopal h de Nankin, il se donna tout à son vaste diocèse et rt ne mourut qu’en 1787, sans s’être jamais relâché J bu comme évêque, de l’ardeur apostolique qu’il avait i S fait admirer en lui comme simple missionnaire. ,.DS.
C’est aussi dans le Hou-Kouang, et particuliè-l pé rement dans ses districts du Nord, formant le „ Hou-pé, que les Jésuites français employèrent sur- ^ tout leur activité, durant la période de persécu» ,,j tion. Par exemple, en mars 1728, nous y retrouvons le P. Etienne Le Couteulx, de Rouen, qui en a été f , expulsé en 1724, et qui au milieu de ses courses continuelles, pleines de risques, en un an en- ,, tend 1.814 confessions et fait 327 baptêmes. Le P. Louis-Joseph des Robert, de Montmédy, en | 1740, deuxième et troisième année de son séjour dans le Hou-pé, confesse 1.984 chrétiens, en communie 1.605, et administre 263 baptêmes, dont 101 à des adultes. I|(
Plusieurs prêtres chinois formés par la mission j lui rendirent de précieux services dans ces temps |51) critiques. Les indigènes, n’étant pas signalés à fat-lre tention des argus policiers, comme les Européens, L par leur physionomie même, avaient bien plus deB|a facilités pour les fonctions du ministère. Mais au , commencement du règne de Yong-tching, il n y avait guère que quatre ou cinq de ces prêtres, et : tous avancés en âge. La persécution fit sentir plus
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ivement le besoin d’en former de nouveaux: aussi, vers 1733, en avait-on déjà une dizaine de plus, dont l’éducation religieuse et sacerdotale s'était faite soitau collège de Macao, soit à Pékin dans les maisons des Pères portugais et français. On se rappelle comment le P. Verbiest et d’autres Jésuites ^ avaient désiré abréger les longueurs de cette •éducation, en épargnant aux Chinois l’embarras de °l l’étude du latin. Rome ne crut pas alors pouvoir Raccorder la liturgie en chinois ; en 1726, une requête ;H<le but analogue, mais beaucoup plus modérée dans ses termes, fut plus heureuse. « Il y a deux ans, lisons-nous dans une lettre du P. Gaubil, datée de Pékin, 31 octobre 1728, que nous écrivîmes fortement à Rome, pour qu’il fût permis de faire prêtres des Chinois qui, ne sachant point le latin, ® sauraient lire la messe en latin, sauraient la reli- Hlïï|gion, les cas de conscience et seraient de bonnes uaiinœurs. Le Saint Père le Pape a accordé ce que ÛUIinous demandions, et c’est une des meilleures Jn Ichoses qu’on ait encore faites pour le salut des ^‘1 Chinois. » Le même missionnaire écrit, le 10 octobre 1729, que, parmi ses autres occupations, il lui «a fallu apprendre à lire » (le latin, sans doute) à deux anciens chrétiens qu’on doit faire prêtres, et qu’il va leur « enseigner les cas de conscience » . Et, le 13 juin 1732 : « Un mandarin des postes, lsslt fort habile et excellent chrétien, qui n’a ni femme ni enfant, s’est retiré dans notre maison. On doit le recevoir Jésuite et le préparer à être prêtre. Nous jugeons tous que ce sera un grand sujet. » A la dernière date, la mission française avait trois auxiliaires Jésuites chinois, dont deux exerçaient déjà le ministère avec fruit dans le Pé- Tchili et le Kiang-si, tandis que le troisième s’y
préparait en complétant sa connaissance du latin
et de la théologie morale sous la direction des * PP. Hervieu et Porquet, à Canton.
Plus tard, on prit le parti d’envoyer de jeunes à Chinois se former en France. Cinq y furent con- |j duits par le P. Foureau en 1740; d’autres les sui- ' virent en 1754. On leur fit faire à Paris, au collège r Louis-le-Grand, les humanités françaises et latines f
puis la philosophie et la théologie. Reçus dans t la Compagnie, ils passèrent aussi par les épreuves du noviciat en France. De deux, à qui leur santé ne permit pas d’achever leur instruction en Europe, l’un mourut pieusement en mer, le second fut ordonné prêtre après son retour en Chine; • les autres rentrèrent dans leur patrie, prêtres et , Jésuites. Tous s’employèrent ensuite très utile- h, ment dans les chrétientés de la mission fran- j;|p çaise. Jm,-
Dès 1741, cinq Jésuites chinois avaient presque | tout le soin de plus de 40.000 fidèles dans les environs et la province de Pékin ou le Pé-Tchili. -0I1 et ils baptisaient ordinairement jusqu’à 1.200 ,, adultes par an. Le P. Gaubil, qui nous donne ces derniers détails dans une lettre du 29 octobre 1741, ajoute qu’on peut espérer de voir le chiffre ces chrétiens doublé dans peu d’années. De cela, pour une bonne part, on sera redevable, dit-il au concours que prête aux Pères Européens et ;,re Chinois une élite de laïcs indigènes. « C’est une ,■ espèce de congrégation ou d’association, où sont jni
admis un certain nombre de chrétiens pleins c
zèle et de ferveur, depuis l’âge de 20 jusqu’à
40 ans, en qui nous apercevons des talents propres ]rs à enseigner les vérités de la religion à Ieur3 corn- ,tja patriotes. Ils étudient avec application les meil- j[a leurs livres, où elles sont clairement expliquées; ^ ils s’en remplissent l’esprit et le cœur; ils nous
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! rendent compte de leur travail et des connaisj gances qu’ils ont acquises; ils s’exercent à écrire 15 et à réfuter les superstitions chinoises. Parmi les ' • meilleurs sujets de cette association, nous comp- ’l tons quatre jeunes princes chrétiens, plusieurs N autres d’honnête (bonne) famille, deux bachellifj liers, etc. »
Au reste, toutes les congrégations, qui, nous savons, florissaient depuis longtemps parmi les chrétiens de Chine, continuaient plus que jamais dans la persécution à aider de leur zèle i l'apostolat des missionnaires. Ainsi faisait notaml|,1j ment la confrérie du S. Sacrement, dont l’asesïsociation, que vient de nous décrire le P. Gaubil, !li| n’était qu’un rameau nouveau. De Pékin, où elle existait en 1706, elle était transplantée, vers 1737, jusque dans les montagnes du Hou-pé. Les PP. Labbé et de Neuvialle y avaient trouvé le ressort d'une organisation rappelant ce que nous avons vu au Japon. Ils avaient divisé leur mission en quartiers et, dans chacun, distribué entre les confrères du S. Sacrement les fonctions d'auxiliaires que comportaient leurs capacités : les uns étaient chargés d’instruire les enfants et les catéchumènes; les autres assistaient les malades ; d’autres réunissaient les fidèles qui ne pouvaient v se rendre à l’église du missionnaire, les dimanches 111 et jours de fête, et leur faisaient faire la prière en commun, en y ajoutant une instruction. Cette organisation, fonctionnant sous le contrôle assidu des chefs de la mission, servait beaucoup, durant lltl leurs absences forcées, à maintenir le bon ordre et la régularité de vie chrétienne.
?1’ Mais, il faut le dire, pour que tous les efforts des missionnaires de province ne fussent pas impuissants, humainement parlant, à sauver
l’existence du christianisme, il était nécessaire avant tout que la mission subsistât dans la capitale. L’édit de 1724 exceptait les missionnaires de Pékin de l’expulsion, comme attachés au ser¬
vice de l'empereur. Cependant Yong-tching les menaça plus d’une fois de les renvoyer comme les autres. S’il les épargna finalement, ce ne fut point par goût pour les sciences européennes :
elles le laissaient indifférent; tout au plus enf^ sentait-il encore le besoin pour suppléera l’insuf- pent fisance de ses astronomes officiels. Par bonheur, des relations qu’il ne pouvait plus entièrement! décliner, avec les puissances européennes, l’obligèrent à demander plus d’une fois le secours des Jésuites pour éclairer l’inexpérience de ses minis- ; très. Surtout le P. Parrenin fut beaucoup consulté, ainsi que son jeune confrère, le savant P. Antoine Gaubil, notamment en 1725 et 1726, à l’occasion de l’ambassade du comte Sava, venu de Saint- p1 Pétersbourg pour négocier un traité entre la 'l! Russie et la Chine; puis, quand Yong-tching 1 résolut d’envoyer à son tour une ambassade au 11 nouveau tsar Pierre II : première ambassade véri- ^ table des Chinois en Europe (1729-1732). La gra- p titude pour les services rendus dans ces circündl®1 stances délicates, et aussi les occasions, qu’y trouvèrent les missionnaires, de lui faire mieux d< connaître la religion et le but de leur apostolat, k modifièrent sensiblement les dispositions de.|rti Yong-tching à leur égard. A tel point qu’en 1734, il permit au P. Parrenin de faire venir à Pékin ils deux nouveaux confrères français, sans même 1 exiger qu’ils fussent capables de le servir. Et, < peu auparavant, il avait donné à toute la chré* k tienté la grande joie de voir finir la dure capti- Li vité que souffraient depuis dix ans les princes a
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ir[tartares chrétiens de la famille Sounou, pour leur capj. constance héroïque clans la foi.
A son successeur Ki en-long* (1736-1795), qui avait encore moins de sympathies pour le christianisme, les missionnaires se rendirent cependant très agréables en servant son goût pour les choses d’art. Deux Frères coadjuteurs, Joseph Casti- [ione, de Milan (venu en Chine en 1715 f 1764), et Jean Denis Attiret, de Dole (en Chine 1738 f 1768), eurent surtout le don de lui plaire, grâce à leur talent réel pour la peinture. A près eux, le P. Ignace uiiea Sickelpart, de Bohême (en Chine 1745 f 1780), et le Frère Joseph Panzi, Italien (en Chine 1771 sdejfvers 1812), furent également en faveur comme aeintres. Plusieurs Frères ou Pères étaient à la décoration des palais et des jardins ii impériaux : les uns avaient à fabriquer des horloges et des automates; les autres, à dessiner des parterres, à installer des jets d’eau variés. Le P. Michel Benoist, d’Autun (en Chine 1744 f 1774), liii^l I avait eu, entre autres, celte dernière tâche; il dut 1 ensuite en remplir une plus digne de ses riches connaissances, quand il lui fallut graver sur cuivre, avec des ouvriers chinois qu’il forma luimême, une grande mappemonde, une carte du ji ciel, et une carte générale de l’empire chinois en 104 feuilles. En dehors de la besogne ordinaire du tribunal d’astronomie, c’est à la géographie qu’appartiennent tous les travaux scientifiques demandés aux Jésuites par Kien-long. Les plus imporihijtants en ce genre furent ceux que les PP. da Rocha «f et d’Espinha allèrent accomplir jusqu’à plus de j mille lieues de Pékin, fort avant dans l’Asie cenire traie.
services variés constituaient un véritable souvent très pénible, qu’on acceptait
pour contenter les goûts et les caprices du poten- ciir tat chinois; mais c/était la rançon des restes de Lui tolérance laissés à l’apostolat et qui empêchaient Ij’at toute la chrétienté de périr. L’empereur et ses Lh ministres n’ignoraient pas que les missionnaires étaient bien résolus à quitter la cour, si tout lu exercice de leurs fonctions pastorales leur était (' interdit; c’est pourquoi elles leur furent presque!^ toujours permises à Pékin, lorsqu’elles étaient! vin le plus rigoureusement proscrites partout ail-|ma leurs. Leurs trois églises demeurèrent ouvertes, ri et les chrétiens de la capitale, dont le nombre,!^ malgré les défections qui suivirent l’interdic-l uei tion des rites, dépassait encore neuf mille en| séc 1739, purent en général y venir librement assis Jpg, ter aux cérémonies du culte et recevoir l’instruc-|faj tion et les sacrements. Les femmes en étaient! B1£ exclues, parce que les moeurs chinoises ne soufrent pas qu’elles s’assemblent avec les hommes; i;i mais il y avait pour elles des oratoires réservés,! ]ei où on les réunissait par quinze ou vingt. Yj
Les Lettres des Missions nous apprennent qu’enl ch 1725, plus de six mille chrétiens, dans la capi-l p( taie, se sont approchés des sacrements. En par-l ticulier, les Pères français, dans leur église dul Pé-tang, ont, d’octobre 1727 à 1728, distribué! j, plus de quatre mille communions; en outre, ils ;1, ont la joie de convertir un assez grand nombre d de païens : en certaines années, aux environs de „ 1736, ils en baptisent plus de cent cinquante oui p deux cents. Dans l'église du Collège portugais ou i Nan-tang, 3.485 communions sont données en t une année (1734-1735); 136 baptêmes administrés, j dont 63 à des adultes. Les Pères de la Résidence ] portugaise de Saint-Joseph ou du Tong-tang ; (« église orientale »), en 1739, comptent 3.612 |
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I communions reçues dans leur église, plus 2.333 qu’ils ont données au dehors, et 197 baptêmes d’adultes. Enfin, le P. Gaubil, écrivant le 29 octobre 1741, témoigne que, dans les trois églises de la Compagnie à Pékin, cinq ou six cents adultes sont baptisés chaque année.
On le voit donc, un bien considérable a été { accompli, dans la capitale comme dans les pro- ] vinces, même sous le régime de l’oppression; [ mais tout cela certainement ne fut possible que J grâce à la faveur conservée par les Jésuites à la | cour. Ce qui s’est passé durant les cinquantej neuf années du règne de Kien-long, lors des perj sécutions que cette influence même n’a pu em- : pêcher, montre ce que les mandarins auraient | fait du christianisme chinois, s’ils avaient eu les ' mains libres.
Parmi les douze ou quinze assauts plus sérieux qu’ils lui donnèrent sous ce règne, le plus violent eut lieu en 1746-1748. Dans toutes les pro- [ vinces, les missionnaires furent vivement pourt chassés, et plusieurs pris et expulsés. Dans le [ Fou-kien le vicaire apostolique, Mgr Pierre [ Sanz, dominicain espagnol, fut cruellement torturé, puis décapité le 24 mai 1747; quatre Pères du même ordre et de la même nationalité, saisis avec lui, subirent leur martyre l’année suivante. Dans le Kiang-nan, deux religieux de la Compagnie, le P. Joseph Henriquez, Portugais, et le i P. Tristan de Attends, Vénitien, furent arrêtés ! sur la fin de 1747, soumis plusieurs fois à une torture barbare, et enfin étranglés dans leur prison, le 12 septembre 1748. Un autre Jésuite,
: le P. Jean François Beuth, Alsacien, était mort à Macao, le 17 avril 1747, des suites de mauvais traitements reçus pour la cause de la religion.
Dans le même temps, beaucoup de fidèles des deux sexes endurèrent courageusement des tourments multipliés, en témoignage de leur foi et de l’innocence de leurs pères spirituels.
Encore de 1754 à 1756, cinq Jésuites Portugais, aussi missionnaires au Kiang-nan, furent emprisonnés durant vingt et un mois, fréquemment torturés, enfin condamnés à mort ; mais l’empereur commua la peine en celle de l’exil. Dans plusieurs autres occasions semblables, Kien-long, sur la prière des Jésuites à son service, refréna les fureurs persécutrices de ses hauts mandarins.
C’est à cette influence, on n’en saurait douter, que la mission de Chine a dû de ne point partager le sort de celle du Japon. C’est grâce à la même influence que les chrétiens, non seulement de la capitale, mais des provinces, ont gardé des missionnaires qui, si péniblement que ce soit, ont pu soutenir la foi et même faire de nouveaux néophytes. Le prestige que donnait aux Jésuites de Pékin la faveur impériale, allant jusqu’à la familiarité, dont tout l’empire les savait honorés, était la plus sûre protection de leurs confrères. Les mandarins les plus hostiles n’osaient user de tout leur droit légal de poursuite contre la religion, dont les prédicateurs étaient si bien vus à la cour; ils redoutaient d’outrepasser les intentions et d’encourir le déplaisir du maître.
Indo-Chine
225. — La mission de la Compagnie au Tonkin , interrompue, comme on l’a vu, à la suite des difficultés avec les Vicaires apostoliques, fut reprise en 1692, selon l’ordre d’innocent XI, d’abord par des Jésuites français. Les PP. Abraham Le Royer
MISSIONS ÉTRANGÈRES AU XVII r SIÈCLE
s et François Parégaud en furent chargés, et plusieurs Pères portugais les suivirent bientôt. Tous e travaillant avec zèle, bien que le plus secrètement possible, ajoutaient chaque année des centaines d’ouailles au troupeau fidèle. Une recrudescence • de la persécution en 1696 y causa peu de mal, t sauflamort du P. Sequeira, qui, expulsé, quoique j malade, succomba aux mauvais traitements. Mais ! en 1721, un redoublement de rigueur amena Pem- | prisonnement de deux missionnaires et de leurs t catéchistes. En 1723, l’un des Pères, Jean Mes- ' sari, Frioulais, mourut dans les chaînes; et l’autre, François-Marie Bucharelli, fut décapité avec neuf ' de ses auxiliaires laïques. En 1736, un nouveau | roi paraissait plus tolérant : l’on comptait alors dans tout le Tonkin 250.000 chrétiens ; au moins [ 120.000 étaient aux soins de sept Jésuites dont trois étaient Tonkinois, et qu’assistaient troisprêtres séculiers également indigènes. Cependant, en 1737, quatre Pères, dont trois Portugais et un Al- ( lemand, Gaspard Ivratz, au moment d’entrer dans ; la mission, furent arrêtés et soufiTirent le martyre par décapitation. Il en vint d’autres en 1751,
[ et plus tard encore, jusqu’à la veille de la sup- | pression de l’Ordre, consoler et soutenir des chré- ; tiens pour la plupart très dignes de ce dévouement par leur constante ferveur.
La mission de Cochinchine , dans une persécution qui se prolongea de 1698 à 1725, avec des ; fluctuations de violence, perdit les Pères Pierre Belmonte et Joseph Candone, Italiens, qui moururent dans les fers. Une quinzaine de néophytes donnaient en même temps leur vie pour la foi. En 1726, un nouveau roi, Vinh Yuong, fut favo- ' rable au christianisme par suite de son goût pour la science d’Europe, qui lui fit appeler à sa cour
plusieurs Jésuites comme mathématiciens (astronomes) et médecins. La prédication resta libre jusqu’en 1750, où le prince, par un brusque revirement, expulsa tous les missionnaires. LeP.Koffler son médecin qu’il tint à garder, dut lui-même en 1755, se retirer à Macao, allant, sans s’en douter, au-devant de la déportation dans les cachots de Pombal. Plus heureux, quelques uns de ses confrères avaient déjà réussi à repasser parmi leurs chrétiens de Cochinchine.
Ainsi la Compagnie de Jésus, jusqu’à sa dernière heure, n’a jamais voulu abandonner ces missions, filles de celle du Japon et, comme elle, d’autant plus aimées que plus exposées au martyre.
Mouvement scientifique et littéraire du second siècle
ij et jusqu’à la suppression de la Compagnie
226. — La production littéraire et scientifique 1 des Jésuites, au second siècle de l’Ordre, dépasse j de beaucoup, par la quantité, celle du premier. Le ; fait s’explique naturellement par l’augmentation
Idu nombre des sujets et des maisons d’enseignement. Il est permis en outre d’indiquer une cause plus profonde : de même que la multiplication des collèges a été nécessitée par le bon renom de f l’instruction et de l’éducation qui s’y donnaient, de même l’estime et la faveur croissante des lecteurs pour les publications de la Compagnie a provoqué l’activité de plus en plus intense de ses écrivains. C’est d’ailleurs dans les domaines de l’histoire, des belles-lettres et des sciences naturelles que se manifeste surtout l’augmentation. C’est là aussi que se portaient davantage les goûts ' de l’époque; les Jésuites ne pouvaient se dispenser de satisfaire ces goûts en ce qu’ils avaient de raisonnable; il fallait seulement laisser chaque chose à sa place et ainsi ne point porter atteinte à la prééminence des sciences supérieures. Nous verrons qu’en général ils sont restés fidèles à ce devoir; et s’ils ont parfois excédé un peu dans la condescendance pour la légèreté du xvin8 siècle,
ils n’ont pas négligé néanmoins l’obligation, qui leur incombait avant tout, de servir les besoins religieux de leurs contemporains.
SCIENCES THÊOLOG1QUES
Théologie dogmatique
La Théologie, dans ses différentes branches et avec ses annexes, a toujours gardé en somme la meilleure part. La Compagnie n’a pas cessé de lui donner de dignes représentants, même pendant les plus tristes années où le progrès soi-disant des lumières ôtait tout crédit à la science sacrée. D’abord, entre plusieurs noms qui prolongent l’éclat de la période antérieure, nous devons rappeler celui de l’Espagnol Jean de Lugo (1603 f 1660) : après vingt années d’enseignement au Collège Romain, il continua comme cardinal (1643) d’exercer une influence féconde, dans les Congrégations Romaines, et surtout par ses ouvrages, qui l’ont fait l’égal des plus grands parmi les moralistes, aussi bien que parmi les théologiens scolastiques. A l’Espagne appartiennent également Jean Martinez de Ripalda (f 1648), célèbre auteur d’un vaste traité scolastique sur les questions se rattachant au surnaturel ; Antoine Perez (f 1649) ; Gaspard Hurtado(t 1646); Rodrigue de Arriaga, déjà nommé parmi les philosophes du premier siècle, mais qui donna aussi un cours de théologie non banal ; Martin de Esparsa (f 1689); Gabriel Henao (-j- 1704), zélé défenseur delà science moyenne; Jean Ulloa (f v. 1719); Alvaro Cienfuegos (Jésuite 1676, cardinal 1720, f 1739), à qui
mouvement scientifique du second siècle 751
\ la théologie doit des théories très ingénieuses, mais fort contestées, notamment sur les mystères de l’Eucharistie.
Tandis que les Jésuites espagnols cultivaient encore les plus hautes spéculations de la Scolas- \ tique, ceux des autres pays s’appliquaient plutôt 1 à la mettre à la portée d’un plus grand nombre, dans des cours qui, avec la solidité, recherchaient la clarté et la brièveté. Parmi ceux qui ont atteint ce mérite, en général, on peut citer, en Italie, François Ainico (f 1651) : c’est le P. L’Amy, à qui Pascal a fait payer si cher une assertion de ; morale aventurée ; Siivestre Maurus, déjà nommé comme philosophe thomiste; Dominique Viva, t connu surtout pour son ouvrage sur les propositions condamnés (-f- 17 10) ; — en France, Georges de Rhodes (f 1661), Jean Martinon (f 1662), Louis le Mairat (f 1664), Paul Gabriel Antoine (1743); — en Belgique, Jacques Platel (f 1681). professeur à
■ Douai ; Thomas Gompton Garleton (1666), qui appartient à l'Angleterre par son origine et par son
i enseignement au collège anglais de Liège; — en ; Allemagne, surtout des professeurs universitaires : à Ingolstadt, Antoine Mayr (-{-1749); à : l Fribourg-en-Brisgau, l'Alsacien Thomas Mayer
■ | (f 1799); à Würzbourg, Henri Kilber (j* 1783),
auteur principal de la Theologia Wirceburgensis , rééditée encore de nos jours, et que Kilber publia : de 1766 à 1771 avec la collaboration de ses collè- 1 gués Thomas Holtzclau (f 1783), Ignace Neubauer I (f 1793) et Ulric Munier (f 1759); ajoutons Charles Sardagna, professeur à Ratisbonne avant, et à ' Lucerne, après la* suppression de la Compagnie I (t 1775).
Écriture Sainte d
227. — Le second siècle de la Compagnie ne nous offre plus, comme le premier, de grands noms $ parmi les interprètes de l’Ecriture Sainte; il en présente pourtant qui sont toujours justement 1 estimés. En Espagne, on peut citer, outre Ferdi- ;t nand Quiros de Salazar (f 1646) et Didace de Baeza F (|1647), dont la carrière appartient plutôt à la É période précédente, Didace de Celada (f 1661), t Antoine Escobar (f 1669), la victime de Pascal; jp Emmanuel Naxera (f 1680), qui tous ont développé j 1 longuement le sens moral du texte sacré, surtout rû pour les prédicateurs. Le sens littéral est très î brièvement exposé dans le commentaire sur toute ! ' l’Écriture, dû au P. Jean Étienne Menochio, Italien (f 1655) : la réelle utilité de l’ouvrage a été >beaucoup accrue, dans la nouvelle édition qu’en I te a donnée à Paris, en 1719, le P. René de Tournemine (f 1739), par des dissertations emprun- !Ï tées à d’autres auteurs ou composées par l’éditeur. Aux principales difficultés de la Bible, soit !l théologiques, soit historiques, ont également consacré de bons travaux Antoine d’Espineul (-[- 1707) et Étienne Souciet (f 1744), dans les 1 Mémoires cle Trévoux ; puis l’Espagnol Didace ' Quadros (f 1746), l’Allemand François Xavier 1 Widenhofer (f 1759), le Vénitien Pierre Curti ■" (|1762), etc. Un exégète paradoxal, le P. Isaac I Berruyer (1697-1758) a fait scandale par des inter- é prétations téméraires et par le ton romanesque de 1 son Histoire du peuple de Dieu : le scandale a ! été, du reste, exagéré à plaisir par les Jansénistes, 1 et il faut dire que des trois parties de l’ouvrage, Ji les deux dernières, les plus répréhensibles, ont paru contre la volonté expresse des Supérieurs de
mouvement scientifique nu second siecle 753
Compagnie, e l’auteur.
e nous noms
et probablement même à l’insu
Pàtristique
228. — Les travaux de Pàtristique, commencés vec tant d’ardeur dans le premier siècle, ne enient Ibirent point de relâche dans le second. Spécia- Ferdi. raient en France, les grands initiateurs, Petau Baezi |Sirmond, dont la vieillesse restée féconde se t à la lolongea jusqu’en 1651 et 1652, eurent de dignes 1661), isciples ou imitateurs. Divers ouvrages de saints ascal: ères ou d’importants auteurs ecclésiastiques ont lopin u le jour pour la première fois par les soins de irtoui léophile Raynaud (f 1663), Philippe Labbe (1613- , très 667), Jean Garnier (fl681), Pierre François Chilllet toute |682), Pierre Poussines (f 1684).
>| itj.| Beaucoup d’études sur des questions de détail, a éléponcernant la vie, les écrits, la doctrine des saints qu’eu ÎPères ont été publiées, notamment aussi dans l'our-ls Mémoires de Trévoux , par Étienne Souciet miD-lt René- Joseph Tournemine, déjà nommés; puis L’édm Edouard de Yitry (f 1730), Jean-François ? soilpaltus (|1743), Charles Merlin (fl747), etc. Autour nient Je S. Augustin, en particulier, des luttes très ineul vives ont été soutenues contre les Jansénistes et les d’autres qui paraissaient trop les favoriser. La plus dac6 [bruyante eut pour objet l’édition bénédictine du ivierjfDocteur de la grâce. Dans l’attaque du soi-disant ;tirti abbé D... (P. Jean-B. Langlois), il y eut trop d’anisJmosité et, par suite, trop de disposition à sus- ,ter Jpecter injustementla fidélité des célèbres éditeurs, e delCeux-ci néanmoins ne se sont pas justifiés de male J nière absolument victorieuse : ils ne sont pas teJ excusables, par exemple, d’avoir accepté d’Aniuf | toine Arnauld,pour l’insérer dans leur Xe volume, uull Éette Synopse du livre De correptione et gratia ,
qui ne tendait à rien moins qu’à faire passer pour in" la clef de la doctrine de S. Augustin un texte!)!’ obscur dont Jansénius avait fait la base de sonposit système. Aussi celte malencontreuse pièce fut-iaze elle retirée et les Bénédictins durent conclure leur grand travail par une Préface générale, à m laquelle collabora Bossuet, et contenant une l’au profession de foi orthodoxe sur les points relevés :t par l’adversaire. jroc1
Hors de France, d’utiles publications de textes, eieet de bonnes études patrisLiques ont été données iso par les Belges Balthazar Cordier (j 1650) et Pierreiext Ilalloix (fl656), celui-ci cependant trop indulgente pour Origène; les Italiens François Scorso (f 1656j|lia et Pierre Lazzari (Lazeri, 1727-1789) ; enfin le docte Maronite Pierre Benedetti (v. 1707 f 1742)1® Nous ne pouvons qu’indiquer les très nombreuj q ses édi tions et traductions d’ouvrages ou d’extraits ! 17 des saints Pères grecs ou latins, destinés à fini ét struction et à l’édification, non seulement des Iï9( étudiants en théologie, mais encore de tous lea jerff élèves des collèges, spécialement des congréga* coi nistes, et même des simples fidèles. Ha
Conciles
229. — -Les travaux sur les Conciles , brillamment inaugurés au premier siècle de la Compagnie, 1 prirent encore plus d’ampleur au second. Éour ne a8 parler que des grandes publications, en France ^ i parut de 1671 à 1672, en 17 volumes in-folio, la col** :e,p lection des conciles généraux et provinciaux des j, PP. Philippe Labbe et Gabriel Cossart: ellemar-id’ quait un progrès considérable sur les collections $0 antérieures, tant par la quantité des documents i$c conciliaires que par la savante annotation histo-r qq rique. Chargé par l’xVssemblée du Clergé de 1685 ,;L
mouvement scientifique du second siècle 755
r po L faire une nouvelle édition, le P. Jean Hardouin tel(1660-1729) vit se lever contre lui une violente Ie opposition gallicane. Achevés d’imprimer après ce quinze ans de luttes, les douzes volumes de l’oundu yrage furent aussitôt supprimés par arrêt du ro^ parlement (1716). Ce n’est qu’en 1725 que l’appui it ü de l’autorité royale lui permit de paraître libre- ’elffl ment au jour. Le P. Hardouin, à qui l'on ne leprocha, dans cette publication, que l’expression text répétée de ses sentiments ultramontains, y montrait son incontestable érudition, sans aucune de Piei 8es excentricités fameuses.
.ulgj | En Allemagne, le P. Joseph Hartzheim (f 1763) 'flfii publia cinq volumes in-folio des Conciles de Gerifin [manie (1759-1763); ses confrères Hermann Scholl ' Pw 1768) et Gilles Neissen (f 1789) en ajoutèrent il isix, qui menèrent la collection jusqu’à l’anixtrafeée 1747. Les dix volumes parus ainsi en 1775 à iifont été complétés par un volume de tables nt dj en 1790. C’est également un Jésuite, le P. Charles 'UsIfPeterlïy (1716-1746), qui a le premier recueilli gréijes conciles célébrés en Hongrie, de l’an 1016 à [1734, avec les ordonnances des rois relatives aux iinatières ecclésiastiques (2 vol. in-fol. 1741-1742).
hisio
Théologie morale
230. — Quelque chose d’analogue à ce que nous ourj avons constaté pour la théologie dogmatique, se Frai passe également, au second siècle de la Compagnie, pour la Théologie morale : on s’applique surtout à rendre celle-ci plus facilement assimilable pour l’ensemble des prêtres ayant charge d’âmes, ictiofl Ce sont les Allemands qui ont le mieux réussi imeiH dans cette tâche. A leur tête, il faut nommer Hermann Busenbaum (1600-1613 f 1668) : sa Medulla iæ moralis, réimprimée deux cents fois
depuis 1650, mérita, par l’heureuse disposition ^ des matières et la clarté précise des principes et ''s des applications, l’honneur d’être prise comme base des premières éditions de la grande Théolo* »stal gie de S. Alphonse de Ligori. Claude Lacroix “an (f 1714), qui réédita Busenbaum avec d’excellen- :®s tes additions, garda dans ses développements gr£ les mêmes qualités solides et pratiques. NdBfe moins utiles furent et sont encore les ouvrages 3e11 de Jean Reuter (fl 762). Mritd
Entre beaucoup d’autres écrivains Jésuites qui ont rendu de réels services à la science mo- ii'1' raie et aux consciences catholiques, citons en- il à core : en Italie, François Pellizzari (f 1651), Bal- ' thazar Francolini (f 1709), Dominique Yiva (f 1710), Charles Antoine Casnedi (f 1725); et 'Tjc les défenseurs du probabilisme, Jean FranroWlorit Richelmi (f 1751), Jacques Sanvitale (f 1761), Me Joseph Gagna (f 1755), Philippe Balla (f 1759), pi Charles Noceti (f 1759), Joseph-Marie Gravina .nui (f v. 1760); — en Espagne, Jean de Dicastillo ra (f 1653), Jean Cardenas (1684) ; — en Allemagne, i’c Tobie Lohner (f 1697), Edmond Voit (f 1780); — toi en Angleterre, Antoine Terillus (Bonvill, f 1676). Y
Droit ecclésiastique ' Mwori
231. — Quoique prévu dans les Constitutions 'lies comme matière possible de l’enseignement des pra universités de la Compagnie, le Droit canonique sta est absent du Ratio d’Aquaviva. Les principes tl’e fondamentaux de ce droit ont naturellement trouvé rSi place dans les développements des théologiens, ,gr soit scolastiques, soit moralistes, sur la constitu- ige tion de l’Église, sur les droits et fonctions de 1 l’autorité ecclésiastique, etc. Mais on ne voit ;
mouvement scientifique du second siècle 757
ositii des chaires spéciales pour cette faculté qu’au ipesi xvne siècle, et surtout dans les universités d’Al- :oni5 lemagne. La 14e Congrégation générale (1696), héol constatant les résultats de cet enseignement, iacro demande qu’il soit organisé dans toutes les pro- :ellei vinces de l’Ordre. A cette date, avait déjà paru mea le grand commentaire du P. Ernric Pirrhing . Ki (f 1679) sur les cinq livres des Décrétales (Dil- 'Wlingen (1674-1677). Cet ouvrage, véritable trésor d’érudition canonique, est encore aujourd’hui 3s («considéré comme classique dans la matière. La emichaire de droit canonique, d’abord à Dillingen, s ejpnis à Ingolstadt, ne fut pas moins illustrée par , BIFrançois Schmalzgrueber (f 1735). Son Jus eccle - Xiisiasticum universum (Dillingen et Ingolstadt, 5);§717) est également classique et jouit d’une grande mçJautorité auprès des Congrégations romaines. Vit biPichler (f 1736), connu comme polémiste contre biles protestants, l’est aussi comme canoniste, ai: Parmi les nombreuses éditions de son Jus cano istilnicMW practice explicatum , on distingue celle de agi:: François Zaccaria (Pesaro, 1758). Savant universel )j;|en tout ce qui touche à la théologie. Zaccaria liîîtilai-même a publié d’excellents travaux de droit ecclésiastique. Les plus importants réfutent les théories du fameux Fébronius sur le primat du Pape.
tioi I Des tentatives furent faites pour réaliser dans è la pratique ces théories, en Allemagne par les iif archevêques auteurs de la ponctation d’Ems et :i|X par l’empereur « sacristain » Joseph II, en Italie par Scipion Ricci et le synode de Pistoie. Dans ks graves conflits qui s’en sont suivis, le Sainttili Siège et ses ministres ont reçu les services très appréciés de plusieurs canonistes de la Compati gnie alors déjà supprimée, notamment de F.-X.
de Feller, Pierre Dedoyar (Belges), Jacques Zal4re 1 linger (Tyrolien), Charles Borgo (Italien), Joseph ^ Fuensalida et François Gusta (Espagnols exilés). ' e J
Controverse avec les hétérodoxes
232. — La Controverse avec les hérétiques, à ' laquelle les auteurs déjà signalés des pays du ; Ci nord donnent naturellement la place convenable r dans leurs cours, en a occupé plus particulièrBitom ment beaucoup d’autres. En Allemagne, où c’étMige une tâche d’obligation pour ainsi dire constante, lou il y aurait à nommer de nouveau, avec les théolo- ir ( giens, presque tous les prédicateurs. Parmi ceux! s b qui ont le plus vivement mené le combat contre a d< les prédicants luthériens et calvinistes, on remawjsf que Vit Erbermann (1620-1675), Jacques Masen'êlj ou Masenius (f 1681), Vit Pichler, ces deux derliiei niers déjà mentionnés sous d’autres titres; puis ivr les polémistes populaires, très féconds en latin et en allemand, Josse Kedd (j- 1657), Laurent Forer (f 1659), Jean Kraus (f 1732). Ajoutons le Hongrois Martin Szentivany (f 1705)* |*a»l
En France également, la Compagnie a, encore au dans ce siècle, opposé au protestantisme dos con- âne. troversistes bien armés, tels que Bernard Mey- an( nier (f 1661), Jean Adam (f 1684), J. Edouard dM'abr Fenis (f 1688), Jean Dez (f 1712), surtout l’Alsa- «mi cien Jean-Jacques Scheffmacher (1683-1733). f 17
En Angleterre, entre autres, on a lu beaucoup japii Jean Mumford (f 1666) et Jean Spencer (f 1670). J,
En Pologne, les hérétiques, surtout les Soci- rte niens ou Ariens, et les schismatiques grecs, ; eurent un puissant antagoniste dans Nicolas Ci- Et chocki (Cichovius f 1669); Théophile Rutka (f 1700) «Je travailla avec succès contre le schisme à la fois pur comme missionnaire et comme écrivain ; et un f si
mouvement scientifique du second siècle 759
.es Autre adversaire vigoureux des protestants fut Jos*odefroi Hannenbergff 1729).
* xi T Le jansénisme , dès le milieu du xvne siècle, [mais surtout depuis le xvme, semble de plus en plus chercher le moyen de prolonger son exis- (ues)Kence dans une guerre sans trêve contre les Jésui- 'ays jtes. Ceux-ci étant ainsi forcés d'identifier leur 'enîiiauge avec celle de la religion, on ne doit pas ulitte’étonner du grand nombre des publications qu’ils
Iigent contre leurs mortels ennemis.
tous ne parlerons plus de celles qui ont eu ir objet de justifier la morale de la Compagnie ; ts loin nous dirons quelque chose de celles a demandée la défense des missionnaires. Pour js en tenir maintenant à la controverse d’inêl général, en France, après que l'hérésie janlienne a été combattue dès son apparition par ivrage capital du P. Etienne Dechamps, il a u surtout lui arracher les masques dont elle 3t successivement couverte et détruire ses le subterfuges. C’est à quoi ont travaillé nBagot (f 1664), François Pinthereau (f 1644), n Martinon (sous l’anagramme Antoine Mo s« vaines f 1662); les confesseurs de Louis XIV, Ms François Annat (f 1670) et Jean Ferrier (f 1674); ird Gabriel Daniel(f 1726), Philippe Lallemant(f 1748), ’Al bominique de Colonia (f 1741), Louis Patouillet (f 1779), etc. Les curieux mémoires du P. René ico iRapin (1687) sur l’histoire de la secte jusqu'en 1® P69, très importants, même si l’on devait y sou- Soj haiter plus d’impartialité, ne sont parvenus au rej jour que dans le xixe siècle (1861-1865). sfl E h Belgique, après Ignace Derkennis (f 1656) l ! et Jean deJonghe(-[- 1669) qui, les premiers, dé- ■;j n°ucèrent les erreurs de V Augustinus , Jansénius tj et ses partisans trouvèrent d’autres vigoureux
adversaires, tels que Corneille Hazart (f 1690) J de qui les poursuivit, ainsi que les protestants, sur -I ch: tout en langue flamande; Isaac de Bruyn (|1724) ;I sie Liévin de Meyere (-J-1730). Ce dernier est célèbre! Ch par la grande histoire, richement documentée! ch des disputes deAuxiliis, qu'il a opposée (en 1705 et 1 1715) à celle qu’avait publiée en 1700 le P. Serryjjoi
dominicain, aidé et prôné par les Jansénistes. C'est aussi de la chaire de théologie de Louvain que le P. Jacques de la Fontaine (1668-1728) fut appelé à Rome pour composer et publier une ample défense de la Constitution Unigenitus de Clément XI, condamnant les Réflexions morale J la du P. Quesnel. -cmIo
Enfin, en Italie même, dans les derniers temps de la Compagnie, la plume aussi docte que mordante du Romain Jean-Baptiste Faure (1728 j 1779) se fit redouter des Jansénistes, aussi bien que des autres ennemis de son Ordre et de l’Église.
Apologétique
233. — Les attaques de l’incrédulité, surtout Ici depuis le xvme siècle, imposaient aux défenseurs de la religion un genre de combat en grande 1 partie nouveau, Y apologétique. Il y fallait déinon-|l trer la solidité des croyances communes à tous 1 les chrétiens, et même des vérités admises par l’ensemble de l’humanité, contre des doutes et des c objections jusque-là inouïs. Les écrivains de la i Compagnie ont pris, sans tarder, une place i avancée dans cette lutte et rempli dignement la tâche qu’elle marquait à leur plume.
Avant de signaler, en France , leurs publications dans ce genre, il convient de rappeler que l’incrédulité naissante a également trouvé devant elle les prédicateurs, et dès le xvn° siècle. Le P. Claude
mouvement scientifique du second siècle 761
de Lingendes (1607-1660), « restaurateur de la chaire chrétienne en France », consacre déjà plusieurs sermons à prouver la divinité de Jésus- Christ et l’autorité de l’Évangile par les miracles, qu’il défend contre les athées et les déistes , « dont le nombre, observe-t-il, croît de jour en jour ». On sait que la parole sévère et la rigoureuse logique de Bourdaloue s’adresse, souvent aussi, aux « prétendus esprits forts de ce siècle » : son sermon de Carême sur la Religion chrétienne est une véritable démonstration évangélique en abrégé ; l’admirable discours sur le mystère de la Résurrection de Jésus-Christ a une visée apologétique non moins caractérisée.
La grande guerre contre la religion date surtout de Spinoza (1632-1667), qui rejette tout surnaturel, en même temps qu’il nie la personnalité divine, et de Bayle (1647-1706), si habile à amasser des nuages et à faire l’incertitude sur les vérités fondamentales, sous prétexte de respect pour toutes les opinions. L’un et l’autre ont été combattus par les Pères René Tournemine, dans ses Réflexions sur V athéisme et le déisme (parues d’abord avec le Traité de V existence de Dieu de Fénelon en 1713) et Gabriel Bufïier (1679-1739), dans son Exposition des preuves de la religion (1732). Ce dernier s’est efforcé, non sans succès, de fournir une solution brève par le sens commun à toutes les difficultés formulées par les athées et les déistes.
La critique des critiques de Bayle, surtout de son fameux Dictionnaire (1695-1697), a été menée en détail par le P. Charles Merlin, dans les Mémoires de Trévoux, de 1736 à 1739, spécialement pour ce qui touchait l’Écriture Sainte et les Pères; puis, d’une manière plus complète, par
un Jésuite gallo-belge, Jacques Le Febvre (f 1755). Celui-ci, qui s’est appliqué à faire l 'anatomie ou « l’examen critique » de ces ouvrages, y relève justement quantité de paralogismes, d’assertions fausses et perfides. Le P. Le Febvre est aussi l’auteur d’une excellente démonstration de la Religion véritable.
Voltaire (1694-1778) a pris ses arguments contre le christianisme chez Bayle et les déistes anglais, mais il les a dotés de toute la puissante malfaisance de son style. On sait avec quelle rage il s’est acharné, durant sa trop longue carrière, contre ce qu’il appelait « l’infâme », et comment, dans cette guerre digne d’un satan incarné, il a pour seconds, à peine moins pervers que lui, surtout les créateurs de Y Encyclopédie, Diderot, d’Alembert et leurs collaborateurs athées et matérialistes.
Si la raison bien armée parvenait toujours à triompher des sophismes, la propagande antireligieuse de Voltaire et des Encyclopédistes n’aurait certainement jamais obtenu son succès désastreux. Les réfutations venant des Jésuites ont eu particulièrement le don d’irriter le patriarche des philosophes incrédules et ses acolytes; mais elles n’ont eu d’ordinaire pour réponse que des déclamations, des facéties bouffonnes et de grossières injures. Ceux qui ont eu le privilège \les pires outrages, sont les PP. Claude Adrien Nonotte (1730-1793) et Guillaume François Berthier (1722-1782). Le premier s’était attaqué directement à Voltaire pour mettre ses erreurs au pilori; le second l’a irrité surtout par les articles qu’il a donnés ou inspirés dans les Mémoires de Trévoux. L’objet principal de ce « journal » (nous l’appellerions aujourd’hui Revue mensuelle), fondé en 1701,
avail toujours été la critique des publications du temps, en vue de la défense religieuse. Il devait donc suivre de près les écrits des nouveaux philosophes; et c’est ce qu’il fit spécialement sous la direction du P. Berthier (1745-1762). Assurément les ennemis jurés de la foi et de l’Église n’y étaient : point ménagés; mais le P. Berthier, très ferme sur la doctrine, s’interdit toujours, ainsi qu’à ses collaborateurs, les personnalités blessantes, à l’égard même des adversaires qui ne les lui épargnaient pas. Voltaire, en 1735, faisait résoudre ses doutes sur l’immatérialité de l’âme par le P. Tour- ( nemine, dans les Trévoux, et, en 1738, il cherchait encore à y faire recevoir un article de sa main en faveur de la physique de Newton : | quand il les vit se lever contre lui, il n’eut plus | que mépris et insultes pour la feuille et son directeur. Les Encyclopédistes ne dédaignèrent même pas d’ajouter aux manifestations de la mauvaise humeur contre leurs censeurs Jésuites le recours au bras séculier : ils trouvèrent un haut fonctionnaire, chargé de la librairie, assez complaisant pour empêcher le P. Berthier de continuer ses articles sur leur ouvrage. Ils firent encore mieux, en poussant de toute leur influence à la suppression totale de la Compagnie en France.
Nous mentionnerions plus volontiers ici le célèbre discours du P. Guénard sur V esprit philosophique (1755), couronné par l’Académie française, si l’auteur (qui d’ailleurs a quitté en 1761 la Compagnie, où il était entré en 1744), à ses éloquents développements sur les bornes de la raison, n’avait mêlé un éloge trop enthousiaste de Descartes, avec une condamnation trop absolue de l’ancienne philosophie.
En Italie même, le P. Segneri, aucoursdeses missions, constatait déjà un alarmant affaiblissement de la foi, dû aux influences de l’étranger. Il se voyait obligé de le combattre par son Incrédule sans excuse (1690) : c’est, pour une bonne partie, la démonstration de l’existence de Dieu, de sa Providence et de l’immortalité de lame. Au xviii6 siècle, la même tâche est poursuivie contre les incrédules français par le P. Jean-Baptiste Noghera (1733-1784), et surtout par Alphonse Muzzarelli (1768-1813).
En Allemagne , la libre pensée anglaise et française trouva un terrain particulièrement favorable. Son plus grand développement, sous les noms de rationalisme et d ’Aufklaerung (diffusion des lumières) est postérieur à la suppression de la Compagnie : les ex-Jésuites, qui, en Allemagne, ont conservé presque partout leurs postes d’enseignement, se signalèrent toujours parmi ses plus vigoureux adversaires.
Le Belge François-Xavier de Feller (1735-1754- 1802) déploya, pour la défense de la vérité contre le philosophisme incroyant, une vaste érudition avec une puissante logique et un style nerveux, spécialement dans son Dictionnaire philosophique (Liège, 1772).
Théologie ascétique
234. — Les écrivains ascétiques, dans la Compagnie, deviennent de plus en plus nombreux après le milieu du xvne siècle. Nous ne pourrons plus citer de grands cours de spiritualité, comme nous en avons signalé au premier siècle de l’Ordre; néanmoins les auteurs traitant à peu près toutes les questions générales, et sur plusieurs ajoutant
de nouvelles lumières, ne manquent pas, jusqu’à la fin du xvme siècle.
Tels sont Y Espagnol Eusèbe Nieremberg (1614- 1658), le Polonais Gaspard Druzbicki (1609-1662); les Français Jean Joseph Surin (1616-1665), Jacques Nouet (1623-1680), François Guilloré (1638-1684), Jean Crasset (1638-1692), Claude Judde (1695-1735), Jean Croiset (1677-1738), Barthélemy Baudrand (1721-1787); le Westphalien Ignace Dirckinck (1661-1716), Y Italien Jean-Baptiste Scaramelli (1706-1752).
Le mouvement en faveur des retraites spirituelles, que nous avons vu s’accentuer dans la première moitié du xvne siècle, a été aidé par un très grand nombre de publications.
Les unes commentent les Exercices de S. Ignace [Ouvrages de Luis de la Palma (1575-1641), du Belge Jean Diertins (1642-1700) ; de Judde, de Jean-Joseph Petitdidier (1683-1756)]; surtout d’autres offrent des adaptations à toutes sortes de retraitants [Retraites de Julien Hayneufve (1663), Daniel Pawlowski (1673), Vincent Iluby (1693), Jean-Pierre Pinamonti (1703), François Nepveu (1708), Jean Croiset, Aloys Bellecius (1757), François Neumayr (1765), Joseph Pergmayr (1765)]. Nommons encore ici le Père Bonaventure Giraudeau (1714-1774), auteur de V Évangile médité , publié par l’abbé Duquesne.
Il faut mentionner les plaquettes ou livrets, publiés par les soins des Congrégations de la Sainte- Vierge et qu’elles offraient à leurs membres, d’ordinaire au nouvel an, par manière d’étrennes spirituelles. Ces opuscules, parfois composés par le directeur de la Congrégation, mais plus souvent simples rééditions, traitaient un sujet ascétique ou de dévotion, quelquefois de controverse ou
même d’histoire. Le Père François Bebius (1589- 1637) donnait de ces étrennes ( Xeniola ) à ses congréganistes de Cologne depuis 1615 ; et un peu plus tard, on les voit, sous ce nom de Xenia , devenir d’usage général dans les Congrégations d’étudiants des Universités, surtouten Allemagne. Parfois aussi, notamment à Munich, les congréganistes donneront des représentations appelées Meditationes , analogues aux moralités du moyen âge, et dont le sujet était purement ascétique. Le Père Neumayr leur a fourni, dans son Theatrum Asceticum et son Theatrum Politicum , deux recueils de pièces pour cette scène pieuse d’étudiants.
La spiritualité de saint Ignace ne porte pas au quiétisme, nous l’avons déjà dit. Aussi, dès que vinrent au jour les théories de Molinos, les Jésuites, et en particulier le célèbre P. Segneri,en signalèrent l’erreur et le danger : ils en furent loués par Innocent XI, que sa confiance en Favoriti, et d’autres amis du faux mystique espagnol, avait empêché quelque temps de reconnaître le mal. Vers la même époque (1681), a été publié au Mexique, en espagnol, la Pratique de la Théologie mystique, œuvre posthume très remarquable d’un ancien missionnaire d’origine irlandaise, le P. Michel Godinez, de son vrai nom Wading (1609-1644). Une traduction latine, avec un ample commentaire, en a été donnée à Rome (1740-1745) par le P. Ignace de la Reguera (1682-1747).
On sait quelles contradictions la dévotion au Cœur de Jésus, avant de devenir si populaire dans l’Église, a du subir, d’abord des Jansénistes, puis de plusieurs catholiques et jusque dans les Congrégations romaines. La Compagnie en a souffert pour sa bonne part, tandis qu’elle travaillait de son mieux, par la voix et par la plume, à faire
mouvement scientifique du second siècle 767
connaître et aimer cette belle dévotion. La mission de la propager reçue du Sauveur par l’entremise de la bienheureuse Marguerite-Marie, répondait d’ailleurs admirablement à ses aspirations, comme au caractère de son apostolat. Aussi bien, on a pu citer beaucoup de Jésuites parmi les précurseurs de la sainte Visitandine, dans le culte du Cœur de Jésus comme symbole vivant de son amour pour les hommes. Après le vénérable P. de la Colombière, la révélation n’a pas eu d’interprète plus fidèle que le P. J. Croiset, instruit, d’ailleurs, par la confidente du Sauveur ellemême,, ni d’avocat plus zélé que le P. Joseph de Gallifet (1678-1749). Enfin des théologiens Jésuites tels que le P. J. B. Faure contribuèrent beaucoup à dissiper les dernières objections contre ce culte.
Certains adversaires de l’Église se plaisent à ricaner sur la dévotion des fidèles à la Vierge et au Sacré-Cœur, en affectant d’y reconnaître le produit de cet esprit jésuitique qui, d'après eux, dominerait dans le catholicisme moderne. On répond qu8 ces deux dévotions, quant à leur substance, sont aussi anciennes que le christianisme, et que leur développement actuel a sa raison d’être, non seulement dans des interventions surnaturelles bien prouvées, mais encore dans le besoin des temps.
Ainsi en est-il, par exemple, du culte de réparation rendu au Sacré-Cœur, à l’encontre de l’antichristianisme régnant. Et donc, les Jésuites doivent s’estimer heureux et honorés de la part qu’ils ont pu prendre à ce progrès de la piété.
LA COMPAGNIE DE .lESUS