La Compagnie de Jésus
Pourquoi ce livre? V auteur espère-t-il changer les idées des adversaires des Jésuites ? — Assurément non^ s'il s'agit de ceux pour qui les fils de Loyola sont jugés et condamnés sans appel. Je n écris pas pour ceux-là, qui d'ailleurs n'ouvriront pas mon volume. Mais, si je ne m^ahuse, il est encore des gens qui, sans sympathie particulière pour la Compagnie de Jésus, sont disposés ci croire que tout n^est pas vrai dans ce quon a dit contre elle, et qui ne seraient point fâchés d'apprendre la vérité sur son compte. Voilà, je V avoue, ceux que je voudrais atteindre d'abord.
Ayant constamment devant les yeux de pareils lecteurs, non malveillants a priori, mais pourtant difficiles, je me suis imposé une rigueur de méthode qui pourrait paraître un peu superflue en face d'un public amiou habitué à Vhistoire d'édification. Souci scrupuleux de n'affirmer que ce que j'ai pu vérifier d'après les meilleures sources ; attention spéciale à l'exactitude chronologique ; par-dessus tout, franchise et clarté, pour ne rien dissimuler des réalités de l'histoire : c'est à quoi j'ai tâché dans mon travail, et ce que je souhaiterais qu'on y trouvât.
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Il ne faudrait pas y cher d ter un tableau complet de faction de la Compagnie : un aperçu fidèle^ sommaire^ et néanmoins assez nourri de faits pour permettre une appréciation juste des services rendus par les Jésuites^ c'est tout ce qu^on peut demander à mon modeste volume. Qui désirera en savoir davantage {et je serai heureux si mon ébauche fait naître ce désir chez beaucoup de lecteurs)^ pourra se satisfaire dans la grande histoire^ que d'excellents ouvriers ont commencé à mettre au jour.
Tesphre qu^on ne verra pas dans cette esquisse un panégyrique; je me suis efforcé de ne rien ajouter à réloge contenu dans Vhistoire véridique ellemême. Cest aussi pour laisser la parole aux seuls faits ^ que je w,e suis interdit les citations de témoignages. J*indiquerai seulement les autorités qui constituent mes preuves^ soit au cours de mon texte., soit a la fin du volume.
Quant Ci mon plan, il apparaîtra aisément^ je pense, au premier coup d'œil. Il me suffira de dire que le principe en est l'ordre chronologique^ et le plus possible synchronique. Je divise les deux siècleSy et un peu plus, que vécut la Compagnie jusqu'en 1773, en cinq Périodes, embrassant chacune un ou plusieurs généralats : dans chaque période vient d'abord l'exposé des faits touchant plus ou moins l'ensemble de l'Ordre [Histoire générale de la Compagnie); puis les détails sur les éta-' blissements et les œuvres des Jésuites par pays, soit en Europe, soit dans les missions étrangères (rlistoire particulière des Provinces). J'ajoute une période préliminaire, et mets également à part Vhistoire de la Suppression. Enfin chaque siècle est terminé par un Aperçu du Mouvement scientifique et littéraire dans la Compagnie durant ce
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siècle. Je ne crois pas avoir à m'excuser si, par suite du développement inégal demandé par les faits, toutes les périodes n'ont pas la même étendue et si, dans Vintérêt de la clarté, fai dit parfois laisser enjamber une période sur une autre. D'ailleurs, en s'aidant de la Table alphabétique à la fin du volume, il sera facile de lire de suite, si on le souhaite, toute l'histoire d'une Province ou d'une Mission.
Rédigé, pour une grande part, dans la tristesse d'un long internement en pays envahi, puis complété sous les obus du bombardement de Paris, achevé enfin dans la joie de la victoire du droit, ce livre aspire à servir la vérité et la justice — même à regard des Jésuites. Telle a été, du moins, l'unique préoccupation de l'auteur.
Paris, Fête du Saint Nom de Jésus, 5 janvier 1919.
Avertissement. — On saura que les chiffres d'années, accompagnant les noms des Jésuites dans ce volume, représentent, s'il v en a trois, les dates de naissance, dentrée dans la Compagnie et de mort ; s'il y en a deux, les deux dernières seules; et s'il n'y en a qu'une, la date de la mort seule.
Période préliminaire
Origines et Fondation de la Compagnie