III. NOUVELLES ŒUVRES SOUS LE P. MERCURIAN
Quatrième Géméral : Evkrard Mergurian
(23 Avril i5;3-i" Avril i58o)
Troisième Congrégation Générale
(la Avril- 16 Juin i5;3)
45. Incidents à l'élection. — Convoquée par la P. Jean de Polanco, vicaire général élu, la .l'Con grégation Générale était réunie le 12 avril 1573 Elle se mettait à sa tâche principale, l'élection du chef de la Compagnie, quand elle reçut commandement du Pape Grégoire Xlll de ne pas nomme celte fois un Espagnol. On se rappelle que les troi Généraux élus jusque-là étaient de cette nationalité. Il paraît (jue l'intervention pontificale avait! été sollicitée par des Jésuites portugais aveci l'appui de leur gouvernement, et avait pour huf d'écarter le P. Polanco, parce qu'il sortait d'une famille de nouveaux chrétiens, c'est-à-dire de juifs convertis. Mais cette intervention était chose grave, surtout en ce qu'elle pouvait fonder ur précédent funeste à la liberté d'une élection s: importante. Déplus, ne risquait-elle pas d'éveillei les compétitions nationales, jusque-là heureusement inconnues dans la Comi)agnie ? Sur les observations respectueuses faites dans ce sens Grégoire Xlll voulut bien retirer l'ordre et se
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borner à l'expression d'un désir. Ala suite de quoi, la Congrégation décida que chacun voterait libre-! ment selon sa conscience; et, le 23 avril, fut élu au premier scrutin, par vingt-sept suffrages des quarante-sept électeurs présents, le P. Everard Mercurian, Belge.
Né en 1514, à Marcour, d'où son nom, le P. Everard était déjà prêtre quand il fut reçu dans la Compagnie, à Paris, où il commença aussi à exercer un fructueux ministère, spécialement parmi les étudiants de TUniversité. Après quelques mois passés à Rome sous la direction de saint Ignace, il avait été envoyé par le Fondateur :omme premier recteur au collège de Pérouse- 1 avait eu ensuite à organiser la province de 3asse Germanie, dont il fut le premier Supérieur ^(ïectif, le P. Olivier nommé d'abord étant mort ivant d'avoir appris sa nomination; enfin la -^ Congrégation Générale l'avait élu Assistant pour e Nord. Quelques objections élevées par des crupuleux contre l'élection des Assistants, n'auaient pas arrêté un moment la Congrégation si e P. Mercurian n'avait lui-même demandé une enquête, qui dissipa tous les nuages. Le reste des séances, jusqu'au 16 juin, se passa tranquillement
donner leur dernière forme aux règles concernant élection du Général et la tenue des Conorégalons provinciales, la nomination et les pouvoirs u Vicaire général; en outre, à fixer divers points e discipline religieuse.
Si Grégoire XIII, par son intervention dans élection du Général, avait pu causer quelque eine et susciter quelques appréhensions chez les esuites, il effaça bien cette impression par la 111 e : nul Pape ne s'est montré plus que lui vériible père à l'égard de la Compagnie. Nous aurons
à mentionner plus loin les principales faveurs ! qu'il lui accorda, notamment les nombreuses fon- ' dations de collèges et de séminaires qu'il lui confiait. C'étaient là, il est vrai, autant de charges nouvelles pour les fils de saint Ignace; mais leur nombre croissant à mesure qu'ils étaient plui chargés, ilsn'avaient qu'à s'estimer heureux d'être beaucoup employés par Dieu et son Vicaire.
C'est le P. Mercurian qui mit la dernière main au travail, très avancé par son prédécesseur, sur le livre des Règles de la Compagnie. En outre, il se préoccupa beaucoup du bon gouvernement des Supérieurs. 11 leur demandait vigilance et fermeté, mais ne voulait pas de dureté : il s'attacha à corriger sur ce point, en particulier, les pro^ cédés des supérieurs d'Espagne et de Portugal.
Pendant les sept années du généralat de Mercurian, le chiffre de ses religieux s'éleva au delà de 5.000. Les seules modifications en ce qui concerne les provinces, lurent la division de la pi'»-: vince de Lombardie en deux, Venise et Milan, et la séparation de la Pologne, devenue province d'avec l'Aulriche. La Compagnie formait donc, en 1580, vingt et une provinces, et possédait 10 mitisons professes, 144 collèges, 12 noviciat! séparés, 3iî résidences.
C'est le P. Everard qui fit commencer, en Angleterre, par les PP. Persons et Campion, la missiou des martyrs.
Les missions en pays infidèle attirèrent aussi h grande sollicitude du P. Mercurian. 11 leur fit di bien, non seulement par les nouveaux sujets qu*i leur procura, mais encore et surtout par les Visi leurs qu'il leur envoya. C'étaient des homme capables par leur prudence de se rendre un compt
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exact du bon et du moins bon, et qu'il armait de l'autorité nécessaire pour promouvoir l'un et remédier à Tautre. Notamment, le P. Jean Plaza, qui visita successivement le Pérou et le Mexique, et le P. Alexandre Valignani, qui eut en partage toute l'extrême Asie, déployèrent dans leurs fonctions des qualités hors ligne et donnèrent une impulsion nouvelle et puissante aux œuvres qu'ils inspectèrent.
Le P. Everard ne vécut pas assez pour voir les léveloppements et les résultats de tout ce qu'il ivait commencé; mais il a fait assez pour qu'on suisse dire que les sept années de son généralat urent fécondes.
Nous renvoyons plus loin l'histoire particulière les provinces, dans cette période, que nous join- Irons avec la suivante, pour ne pas trop morceler es récits. Seuls Rome et la France demandent ici quelques détails.
46. Maisons de Rome. La Congrégation de la Vierge. — Rome était toujours la tête et le cœur de la Ilompagnie. Environ trois cents religieux, de lationalité très variée, y étaient diversement occupés dans sept maisons. Le Père Général et ses assistants, avec les services de l'administration générale de l'Ordre, demeuraient dans la maison -^rofesse, qui réunissait les Pères spécialement ippliqués au saint ministère. Etlà, on avait puenfîn, ;n 1577, ouvrir la grande et belle église du Gesù^ commencée en 1568 grâce à la libéralité du cardilal Farnèse. Elle remplaçait la petite église de ^otre-Dame délia Strada, acquise par saint Ignace m 1540 et qui avait reçu depuis des accroissements oujours insuffisants. Le Noviciat avait été séparé le la maison Professe et établi dans la maison de
Saint-André, au Quirinal, par saint François de Borgia (1566). La résidence des Pénitenciers de Saint-Pierre n'avait de collège que le titre. Mais en 1580, la Compagnie avait à Rome quatre autres collèges spécialement destinés à la formation de la jeunesse.
Le principal était le collège dit Romain. Une vingtaine de professeurs y enseignaient toutes les disciplines, depuis la grammaire jusqu'à la théologie, et avaient pour auditeurs, outre une centaine de scolastiques de la Compagnie, les élèves des trois autres collèges que nous nommerons tout à l'heure ; puis un nombre considérablej à'externes de toutes conditions et de tous pays. En 1567 déjà, on évaluait à plus de mille tous ces étudiants, et ils seront près de deux mille en 1584, lorsque les cours se feront dans le nouvel édifice grégorien. Cette afïluence avait sa raison d'être dans l'excellence de l'enseignement et le talent des professeurs. Pour ne nommer que les plus connus dans cette période, François Tolet et Benoît Pereira, qui enseignèrent d'abord la philosophie (depuis 1559), puis la théologie et l'Ecriture Sainte ; Bellarmin, qui professa les controverses depuis 1576 ; Jean Mariana, qui dél)uta aussi par la philosophie, en 1562; Jean Perpinia, latiniste et professeur de rhétorique; Christophe Clavius, professeur de mathématiques, étaient des maîtres que toutes les universités d'Europe pouvaient envier au Collège Romain.
Et l'influence de ce grand établissement scientifique ne s'arrêtait pas à la foule qui suivait ses cours. 11 était réellement devenu le collège modèle que voulait saint Ignace. Les Généraux continuèrent à y faire venir des provinces, pour compléter leur instruction, les jeunes religieux qui
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donnaient le plus d'espérances, puis les renvoyaient, bien formés, dans d'autres collèges, où ils apportaient, avec leurs ressources littéraires et scientifiques, les bonnes méthodes d'enseignement.
11 servait aussi de modèle pour l'éducation chrétienne. Un des moyens les plus efficaces à cette fin, et qui du Collège Romain a passé dans tous les collèges de la Compagnie, au grand bien de la jeunesse catholique du monde entier, c'est la Congrégation de la Sainte-Vierge. L*idée première, ou du moins la première réalisation pratique de cette pieuse union, en 1563, est en effet due à un simple professeur de grammaire du Collège Romain, le Frère Jean Léon ou Leunis, né à Liège, en Belgique, et reçu au noviciat de Rome en 1556. Les premiers compagnons de saint Ignace, et leurs successeurs dans l'apostolat des villes etdes campagnes, s'étaient toujours efforcés d'assurer la permanence des résultats de leurs missions par des associations, où les plus fervents de leurs auditeurs s'unissaient, dans le double but de s'aider les uns les autres à persévérer dans le bien et d'exercer en commun les œuvres de charité spirituelle et corporelle.
Ce qui distingue l'association de Jean Leunis, c'est qu'elle a pour objet d'honorer la Vierge Mère de Dieu, non seulement par les actes du culte qui lui est dû, pratiqués déjà dans les confréries, mais encore et surtout par l'imitation de ses vertus, afin de mériter ainsi sa protection spéciale dans toutes les difficultés de la vie. Les jeunes gens sont attirés à cette sorte d'union, et par l'aimable dévotion à Marie et par le sentiment que leur faiblesse trouvera son soutien dans la Reine des Anges. Partie de Rome, cette pieuse création a été
introduite successivement dans les collèges de Paris, de Douai, de Cologne, et s'est rapidement propagée dans toutes les maisons d'enseignement de la Compagnie, en Europe et jusque dans les pays de missions. Partout elle a été une admirable école des plus belles vertus; elle a sauvé à des milliers de jeunes gens l'honneur et la santé de leurs âmes, puis leur a donné l'inspiration et le goût de faire le bien sous toutes ses formes.
Une l'ois connue, la Congrégation parut chose trop catholique et trop salutaire pour être réservée au jeune âge et aux étudiants. Aussi des collèges de la Compagnie a-t-elle bientôt passé dans toutes les classes de la société. Il y a donc eu des Congrégations pour les nobles, les bourgeois, les artisans, les clercs, les prêtres et même les soldats sous les armes. Pour tous elle a porté des fruits de salut inappréciables et elle a été le principe d'innombrables œuvres de zèle et de charité chrétienne. Nous aurons à reparler plus d'une fois de ses ramifications, de son action bienfaisante, des principaux membres qui se sont fait gloire de lui appartenir.
47. Grégoire XIII, le Collège Germanique et les Séminaires pontificaux. — Le Collège Romain dut beaucoup aux libéralités de Grégoire XIII : elles lui permirent de sortir enfin des misérables bâtisses 011 il étouffait, et donnèrent à ses habitants des ressources moins précaires pour vivre. Mais ce fut surtout le Collège Germanique qui reçut une nouvelle vie de la munificence intelligente de ce Pape. En 1573, les Germaniques, séparés des pensionnaires étrangers, qui furent réunis au séminaire romain, eurent leur maison à eux et, grâce aux donations répétées de Grégoire XIII,
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leur nombre put être notablement accru, tandis que l'entretien convenable était désormais assuré. Pénétré comme il l'était à juste titre de l'importance de ce collège pour la restauration catholique de l'Allemagne, le Pontife ne cessait de stimuler le zèle de ses nonces, aussi bien que des Pères de la Compagnie, à lui chercher de bons sujets. En même temps il prit une mesure qui n'était pas pour faciliter le recrutement des meilleurs, encore moins pour rendre aisée la tâche des directeurs du Germanique; mais elle parut commandée, dans Txlllemagne catholique, par une situation que le Saint-Siège n'était pas libre de changer du jour au lendemain. Donc, vers 1577, Grégoire XIII ordonnait de ne plus admettre, en général, que des jeunes gens de familles nobles et, exceptionnellement, quelques autres qui se distingueraient par des qualités plus qu'ordinaires. C'est que la rénovation du haut clergé allemand était le but principal de la fondation du Collège Germanique. Il y fallait avant tout de bons évèques; mais, vu l'influence des chanoines dans la nomination de ces prélats, il importait également que les chapitres fussent bien composés. Or, on le sait déjà, les canonicats des cathédrales, aussi bien que les évêchés, étaient l'apanage exclusif des nobles. Et par le fait, les chanoines allemands formaient une classe extrêmement dissolue, ne songeant qu'à vivre largement des revenus de leurs riches prébendes. On comprendra ainsi que, pour tâcher d'introduire des éléments sains dans ces milieux corrompus, Grégoire XIÏI ait jugé nécessaire d'attirer le plus possible déjeunes nobles dans le Collège Germanique. Les intentions du Pape furent bien servies : on parvint d'abord à composer de nobles la moitié des élèves; c'est la
proportion observée jusqu'en 1630. Dans la période suivante jusqu'en 1900, les nobles seront au moins les deux tiers et, durant le xviii" siècle, presque la totalité des Germaniques. L'on a vu qu'à la fin du XVII* siècle, le tiers des chanoines allemands sortaient du Germanique.
Néanmoins ce séminaire romain ne pouvait suffire pour la rénovation du clergé en Allemagne. Surtout pour la formation du clergé inférieur, d'autres séminaires étaient indispensables, et les Pères de Trente, dans leur décret relatif aux séminaires diocésains, avaient sans nul doute particulièrement en vue l'Allemagne. Mais là ce décret qui, même en France, ne fut exécuté que vers le milieu du xvii** siècle, se heurtait à des difficultés spéciales. Difficulté financière d'abord : beaucoup d'églises, dépouillées par la révolution religieuse, étaient sans moyens pour fonder et entretenir un séminaire ; puis les chapitres, à qui le Concile avait voulu faire supporter une grande partie de la dépense, refusaient leur concours; enfin la plupart des évèques ne possédaient pas dans leurs diocèses de prêtres capables de donner aux jeunes clercs l'enseignement et la direction dont ils avaient besoin.
Ce fut encore le Saint-Siège, en la personne du second fondateur du Collège Germanique, aidé par la Compagnie, qui secourut l'impuissance ou suppléa à l'inertie des évêques allemands par la fondation, en Allemagne même, des séminaires dits pontificaux. C'étaient des pensionnats [convictiis) annexés aux collèges des Jésuites, où étaient entretenus aux frais du pape des jeunes gens pauvres, ayant l'attrait et les talents suffisants pour l'état ecclésiastique : ils suivaient les classes du collège auprès duquel ils vivaient et recevaient,
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en outre des Pères les soins particuliers que réclamait leur vocation.
Le premier séminaire de ce genre fut commencé, sur la proposition du nonce Delfmi, près du collège de Vienne, le i" janvier 1574 ; Grégoire XIII lui assura la rente nécessaire pour l'entretien de 25 élèves. Des établissements semblables existèrent à Graz en Styrie (1578), à Dillingen en Bavière (1585), à Fulda (1584). Dans ce dernier, qui pouvait recevoir 40 pensionnaires, les trois quarts des places étaient réservées à la noblesse. Il y eut aussi un séminaire papal à Braunsberg, en Prusse Orientale : la fondation en est due au zèle du P. Antoine Possevin, qui, au retour de sa mission en Suède, fit sentir à Grégoire XllI la misère religieuse des pays Scandinaves et de l'extrême Nord germanique. Ce séminaire, dont l'influence fut très étendue, était doté par le Pape, en 1578, pour cent personnes, y compris les professeurs. C'est également au P. Possevin que la Transylvanie fut redevable d'un séminaire, adjoint au collège de la Compagnie récemment ouvert à Kolozsvâr (Clausenburg) : Grégoire XIII et Etienne Bathory, roi de Pologne et prince de Transylvanie, s'unirent pour cette fondation, si nécessaire à un pays d'où le sacerdoce catholique était pour ainsi dire disparu (1583).
Les Allemands ne furent pas seuls à avoir leurs séminaires pontificaux ; il y en eut également pour les Slaves. Outre celui de Braunsberg, destiné à servir les populations des deux races, Grégoire XIII en fonda un pour les Tchèques à Olmûtz, en Bohême (1579). Les Ruthènes eurent le leur à Vilna, en Lithuanie (1582). Ajoutons celui des Illy riens (Dalmates), près Notre-Dame de Lorette (1580).
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En Angleterre, l'hérésie couronnée poursuivait le sacerdoce par le fer et le feu. Afin d en prévenir Textinction, le célèbre William Allen avait fondé en 1568 un collège-séminaire, à Douai. Il y offrait aux jeunes Anglais l'instruction catholique qu'ils ne trouvaient plus dans leur pays, et s'efl'orrait de former parmi eux des prêtres décidés à tout braver pour conserver des secours religieux à leurs compatriotes. De là sont en eflet sortis beaucoup d'intrépides missionnaires et de martyrs. Les Pères de la Compagnie avaient de tout leur pouvoir aidé l'œuvre à naître et à vivre; en 1575, le P. Mercurian décidait Grégoire XIII à lui allouer une subvention de cent écus d'or par mois. En 1578, Allen obtint du même Pape la fondation d'un second séminaire anglais, à Rome même. Sur sa demande, le P. Mercurian lui accordait d'abord deux Pères pour ce collège; puis, en 1579, les instances réitérées de l'illustre Anglais, appuyées par le Souverain Pontife, contraignirent le Général à accepter pour la Compagnie la charge entière du nouvel établissement. C'est la même année que le P. Everard, toujours pressé par Allen, envoyait les siens partager le ministère périlleux des prêtres de Douai, jusqu'en Angleterre.
Ensuite comme, avec le progrès de la mission dans le pays, croissait aussi le nombre des jeunes Anglais aspirant au bienfait de l'éducation catholique, il fallut multiplier ces collèges anglais du continent. Au commencement du xvii* siècle, la Compagnie en dirigeait de semblables, en dehors de Home, à Saint-Omer, à Liège, à \'alladolid, à Séville, à Madrid. De plus, elle en ouvrit d'autres spécialement pour les Ecossais, à Uome, à Douai, à Madrid; pour les Irlandais, à Rome encore, à
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Poitiers, à Saint-Jacques de Compostelle, à Salamanque, à Séville, à Lisbonne. Tous ces séminaires britanniques recevaient les secours du Saint-Siège ; ajoutons, pour ceux d'Espagne, Taide généreuse des rois du pays, depuis Philippe II.
Pour compléter la liste des séminaires pontificaux où la Compagnie a servi le zèle des Papes, en vue de la conservation ou de la restauration du sacerdoce parmi les populations particulièrement dépourvues, il faudrait mentionner encore, à Rome, celui des Grecs et celui des Maronites. Et l'on n'aurait pas achevé de dire tout ce que les Jésuites ont fait pour la formation du clergé; mais nous aurons à toucher encore ce sujet.
Une remarque nécessaire, c'est que la Compagnie a pu se charger de plus de vingt séminaires pontificaux, sans se mettre en contradiction avec le décret XVIIP de sa seconde Congrégation. Le Pape a bien voulu, en effet, qu'elle ne les acceptât que dans les conditions où elle jugeait pouvoir le faire sans dommage pour elle-même. Pourquoi la 2^ Congrégation répugnait-elle à accepter, en général, les séminaires diocésains, tels qu'institués par le Concile de Trente ? C'est qu'en s'y prêtant trop facilement, la Compagnie risquait d'avoir à immobiliser un grand nombre de ses meilleurs sujets dans un seul ministère, au profit unique d'un diocèse particulier, et au détriment d'autres ministères d'une utilité plus générale. En outre, plusieurs des règles sagement tracées par le Concile aux séminaires épiscopaux, s'accordaient difficilement avec les exigences de ITnstitut de la Compagnie : par exemple, la subordination absolue des professeurs et des directeurs à l'évêque ou à une commission épiscopale annulerait l'autorité des Supérieurs de la Compagnie sur leurs
sujets, sans parler des fluctuations et de l'incertitude que les changements d'évêques pourraient apporter dans la haute direction. C'est sans doute à ces inconvénients qu'a voulu parer la 2* Congrégation, dans les conditions qu'elle a fixées pour les cas où il ne serait pas possible de se refuser absolument. La principale, c'est que le séminaire fût uni à un collège de la Compagnie et ne réclamât pas d'autres professeurs que ce collège; il fallait ensuite que cette union fût faite à titre perpétuel et avec une dotation bien assurée; enfin que toute liberté fût laissée à la Compagnie pour le gouvernement de la maison. Si c'était là demander beaucoup à la confiance des évéques, la Compagnie ne pouvait cependant demander moins; autrement, sous couleur de bien à faire, elle aurait abouti à se détruire elle-même. Dans les séminaires pontificaux qui lui furent confiés, les conditions qu'elle désirait étaient réalisées.
48. France. — Premier Procès avec l'Université de Paris (1565). — Le procès que le collège de Clermont avait dû engager, pour la défense de ses droits et la protection de ses élèves contre les violences de l'Université, s'ouvrit devant le Parlement, le 29 mars 1565. Ses adversaires firent tout leur possible pour étendre le débat et mettre en question, non seulement son droit d'enseigner, qui était seul en cause, mais le droit de tout l'Ordre à l'existence, dans la capitale et même en France. Ils réussirent à faire intervenir en leur faveur l'évéque, les curés, la ville même de Paris; et le collège ne vit pas moins de huit avocats se lever contre lui. Cependant un seul réellement plaida, Etienne Pasquier, dont cette affaire retentissante commença la réputation. Il y déploya une
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grande véhémence, et souvent une verve caustique, qu'on louerait volontiers, s'il avait pris plus de souci de la vérité. L'objet réel du procès ne remplit qu'une faible partie de son plaidoyer. Il affirme que l'enseignement des lettres a toujours été interdit aux Religieux dans l'Université de Paris par ses « lois et statuts ». Mais il ne produit aucun statut dans ce sens et ne pouvait en citer, puisque réellement il n'en existait pas. Il est vrai seulement que, de fait, les religieux étaient bien admis dans la Facullé de théologie, mais n'entraient pas dans la Faculté des arts. Le fait pourtant n'était pas sans exceptions, et la preuve qu'il n'emportait pas une exclusion statutaire, c'est que les Bénédictins Génébrard et Périon avaient pu récemment enseigner à Paris publiquement, le premier les langues orientales, le second la philosophie. L'avocat s'est appliqué surtout à démontrer qu'il n'y a pas, comme il s'exprime, de « compatibilité » entre la « police » des Jésuites et celle de l'Université, d'où l'impossibilité de les incorporer. Ses longues diatribes contre le Fondateur et contre l'Institut de la Compagnie témoignent d'une profonde ignorance, s'il ne faut pas dire d'une insigne mauvaise foi. Quoiqu'il assure avoir tiré des écrits mêmes des Jésuites ce qu'il avance au sujet de leurs « propositions» (ainsi qu'il appelle leurs Constitutions), il a surtout suivi les pamphlets protestants, comme Yersoris l'en accusa justement. Ce qu'il incrimine le plus, c'est le quatrième vœu des profès : par ce vœu, les Jésuites, selon Pasquier, « advouentle Pape avoir telle authorité et puissance sur nous tous^ que tout ce quil veut, il le peut y*. Il a beau jeu à déclamer contre cette façon d'entendre l'obéissance au Pape, qu'il prête gratuitement aux Jésuites. Il
ne s'en tient pas là pourtant ; car il passe à exalter le gallicanisme le plus cru, et déclare que, d'après la doctrine de l'Université, le Pape non seulement est soumis au Concile, mais encore ne pourrait rien ni contre les ordonnances des rois, ni contre les arrêts des Parlements, ni au préjudice des évêques agissant dans les limites de leurs diocèses. Il a raison de juger cette doctrine incompatible avec celle des Jésuites. IciPasquier touchait la corde sensible chez les magistrats devant lesquels il parlait : il le savait bien, et c'est pourquoi il insistait.
L'avocat du collège, Pierre Versoris (Le Tourneur), sans prétentions littéraires, dans une suite de sentences brèves et nettes, réfuta les faussetés avancées par Etienne Pasquier. A ses attaques contre l'Institut de la Compagnie, il oppose l'approbation de toutes les autorités compétentes, du Concile de Trente, du Pape et du clergé de France, du Roi et du Parlement. Quant à l'obligation d'obéir au Pape, les Jésuites l'entendent, dit-il, in licitis. Pour les privilèges que leur confèrent les Bulles du Saint-Siège, ils ont déclaré qu'ils ne s'en serviraient contre les droits de personne, et leur sincérité sur ce point est garantie par toute leur conduite jusqu'à ce jour. Ils ne cherchent pas davantage une situation privilégiée dans l'Université; car ils se soumettent entièrement à ses lois et statuts : le collège dont ils demandent la réception, ne se distinguera des autres en rien, sinon qu'on y enseignera gratis. D'ailleurs la capacité et le pouvoir d'enseigner, même les humanités et les arts, leur ont été reconnus dans les approbations qu'ils ont reçues, et qui émanent des mêmes autorités souveraines dont l'Université tient tous ses droits. En
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terminant, Versoris appelle l'attention des juges sur une qualité particulièrement « louable » des maîtres de ce collège : « ils sont précepteurs de mœurs et de science; ce qu'on voit peu souvent ». La comparaison avec ce qui se passait alors dans plus d'un collège de l'Université est indiquée discrètement, mais les magistrats l'ont complétée, et l'on peut penser qu'elle n'a pas été sans influence sur leur jugement.
L'arrêt du Parlement, rendu le 5 avril 1565, appointait la cause, c'est-à-dire la laissait en l'état où elle se trouvait. Les Jésuites pouvaient donc continuer à enseigner, puisqu'ils étaient en possession; s'ils n'avaient pas obtenu tout ce qu'ils désiraient, la déconvenue était cependant pour l'Université, qui, sans être condamnée, se voyait refuser l'ostracisme qu'elle avait sollicité contre ses rivaux.
La haute Cour eût craint sans doute, si elle avait accordé davantage aux Jésuites, de paraître favoriser l'ultramontanisme. Mais elle a du sentir qu'en donnant raison à l'hostilité universitaire, elle eût mal servi les intérêts de l'enseignement public, de l'éducation, et surtout de la religion. Il ne lui avait pas échappé que, parmi les plus violents antagonistes du collège de Clermont, il y avait bien des homm.es de doctrine suspecte, et même des calvinistes reconnus, tels que les humanistes Turnèbe et Ramus. Apparemment, elle savait aussi, comme croyaient le savoir des contemporains, témoins sérieux, que, sur les 14.000 étudiants que l'on comptait à Paris à la date de 1564-1566, le tiers, peut-être la moitié, était infecté de l'hérésie de Calvin; et elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'un collège destiné à réagir spécialement contre cette peste n'était pas de trop dans l'Université.
Bkucker. — La Compagnie de Jésus. 12
En dépit de Tarrêt du Parlement, les vexations de toute sorte, pour empêcher les professeurs jésuites de continuer leurs classes, ne cessaient pas. C'est alors que le Souverain Pontife Pie IV, averti, écrivit à Charles IX sa lettre du 28 mai 1565, demandant la protection royale pour la Compagnie et pour ses collèges de France, en particulier pour celui de Paris. Le pape adressa le lendemain d'autres lettres à la reine-mère Catherine de Médicis, aux cardinaux de Bourbon et de Lorraine, et même aux principaux magistrats du Parlement, pour les intéresser également à la cause des Jésuites. De plus il donna sa recommandation spéciale au P. Possevin, que saint François de Borgia envoyait en France pour essayer d'agir directement à la Cour. Ce Jésuite, aussi habile diplomate que puissant missionnaire, fut bien accueilli de Charles IX. Le 1" juillet 1565, le roi adressait de Bayonne au Parlementdes lettres, par lesquelles, « considérant... combien de fruict (les religieux prebstres et escholiers de la Compagnie el Société du nom de Jésus) ont fait et peuvent faire à l'advenirenpreschantetinstituantla jeunesse...», il lui commande de « procédera l'entière vérification et emologation de l'institution dudict Ordre, et en ce faisant leur permettre qu'ils puissent retenir ledict titre de la Compagnie et Société de Jésus, d'ériger et avoir maisons, collèges i et églises..., prescher..., instruire et enseigner! ceux qui les vouldront ouyr, et généralement joyr I de leurs privilèges en liberté, suyvant ce qui leur j a esté accordé parle Saint-Siège apostolique... ». Le Parlement ne bougea point ; mais l'intervention royale eut du moins pour résultat une sorte de trêve, dont le collège profita pour étendre encore et perfectionner son organisation et son enseignement.
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Au mois d'octobre 1565, le Père Olivier Manare, provincial, fit ouvrir par le Père Maldonat un cours de théologie, qui eut aussitôt plus d'auditeurs que nul autre de l'Université. Puis la foule, où se pressaient non seulement les jeunes aspirants à la science sacrée, mais des hommes mûrs de tous les rangs même les plus hauts de la société ecclésiastique et civile, devint telle que les salles les plus grandes de la maison ne suffirent plus à la contenir, et qu'il fallut transporter la chaire du professeur dans la cour. Le succès du maître jésuite tenait avant tout à la solidité, la richesse et la belle ordonnance de sa doctrine : la rigueur scolastique s'y mariait avec les heureux développements, pris aux sources fécondes de l'Ecriture Sainte et des Saints Pères; où il y avait lieu, les erreurs du temps étaient pleinement discutées et redressées. A ce mérite du fond s'ajoutaient les qualités d'exposition, qui alors manquaient aux docteurs les plus fameux de Sorbonne et de Navarre : la clarté du style et une langue, non seulement correcte, mais littéraire, qu'on était surpris d'entendre en des matières où la barbarie était pour ainsi dire de tradition et comme de droit.
Moins brillants, les collègues de Maldonat, dans les chaires de philosophie et d'humanités, n'étaient pas au-dessous de leur tâche et voyaient leurs classes bien remplies. Et le succès du nouveau collège ne fut pas un succès éphémère de curiosité. Six ou sept ans après l'ouverture de ses cours, il était fréquenté par environ 3.000 élèves. Sans parler de l'auditoire exceptionnel de Maldoaat, le Père Jean Mariana qui, sur la fm de 1569, lui fut associé dans l'enseignement de la théologie, voyait son commentaire sur la Somme de
saint Thomas écouté par près de 600 auditeurs assidus ; le Père Nicolas Le Clerc en avait au moins 400 à son cours de philosophie; les Pères Valentini et De' Maggiori, qui enseignaient les belleslettres, environ 500; plus de 100 assistaient au cours de langue grecque, qui se faisait dès 6 heures du matin. Les régents des classes inférieures s'acquittaient non sans distinction de leurs fonctions plus humbles.
Ce qui faisait le plus d'honneur au collège, et ce qui contribuait tout particulièrement à lui gagner les sympathies des familles, c'est que l'éducation morale et chrétienne n'y était pas moins cultivée que l'éducation littéraire et scientifique. C'est pourquoi on avait été obligé, dès le début, de recevoir quelques pensionnaires; et bientôt les parents qui désiraient ainsi mettre leurs enfants entièrement entre les mains des Pères, furent si nombreux que, malgré les agrandissements successifs de la maison, il n'y eut jamais assez de places libres pour toutes les demandes. En 1575, le nombre des pensionnaires [convictores) au collège de Paris était de 135; dix ans plus tard, il dépassait 200; ils étaient 300 à la veille de l'expulsion en 1593, et le Père Richeome, qui nous donne ce chiffre, ajoute qu'il y en aurait eu 600, si on avait pu les loger.
Cependant, il faut le dire, la Compagnie n'a jamais pris qu'à regret cette charge des pension nats; ils emportent une trop large part du temps des siens en des soins presque tout matériels et de plus l'exposent à compromettre sa pauvreté religieuse ou à être accusée de chercher du gain dans les pensions. Aussi, déjà la première Congrégation (iénérale, consultée surlepensionnat installé au collège de Coïmbre à la demande du roi
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Jean III, ne l'avait approuvé qu'à titre de dispense ou d'exception.
La 4* Congrégation, en 1581, formulera plus expressément le vœu que la Compagnie soit, s'il est possible, entièrement délivrée des charges de ce genre, mais laissera « à la prudence du Père Général à décider ce qui en cette matière sera plus expédient pour le service de Dieu et le bien universel de la Compagnie, suivant les exigences des pays et des personnes ». Cette concession était faite, comme l'indique le décret, surtout au profit des contrées du nord, comprenant la France, où les pensionnais paraissaient nécessaires, tant pour suppléer à la « pénurie des pédagogues fidèles » que pour le bien considérable qu'on y faisait auprès des enfants. Ce que les familles, en effet, recherchaient surtout dans les pensionnats des Jésuites, c'était une éducation plus consciencieuse, une discipline plus vigilante que celles des pédagogies mercenaires du quartier de l'Université.
Quoique ses ennemis fussent loin d'avoir désarmé, le collège de Clermont, après son premier procès, eut une vingtaine d'années tolérables, où il lui fut donné de se faire connaître et estimer de jour en jour davantage. Cette paix relative ne fut gravement troublée que par les étranges accusations d'hérésie, élevées par certains docteurs de Sorbonne contre le Père Maldonat, en 1574-1575. 11 s'agissait de son assertion, parfaitement exacte, que l'Immaculée Conception de la Vierge n'était pas encore un dogme de foi, et d'une opinion émise dubitativement sur la durée des peines du purgatoire. Le Père fut pleinement justifié par l'évêque de Paris, Mgr. Pierre de Gondy, puis parle SouverainPontifeGrégoireXIII.
Il avait interrompu ses leçons pour attendre la décision; puis, voyant que celle-ci ne calmait en rien ses adversaires, il pria lui-même les supérieurs de lui permettre d'abandonner une chaire contre laquelle étaient déchaînées tant décolères implacables. Après avoir plusieurs fois résisté à ses instances, le Père Général y céda enfin, en 1576, sur un désir du pape. Grégoire XIII, en effet, méditait alors d'opérer un rapprochement entre l'Université et les Jésuites. Dans cette vue, par un bref daté du 22 avril 1575, il avait chargé les cardinaux de Bourbon et de Guise, avec les évéques de Paris, d'Auxerre, d'Angers et d'Evreux, d'examiner les causes du conflit, en entendant les deux parties, et de le régler ensuite avec la pleine autorité que le pape leur conférait. Le cardinal de Bourbon, en conséquence de cette commission, et d'accord avec Mgr. Ruzée, évéque d'Angers et confesseur du roi Henri ÏII, réunissait à Saint- Germain-des-Prés, le 12 janvier 1578, le Recteur et les principaux dignitaires de l'Université, d'une part, et les Supérieurs des Jésuites de Pautre, avec deux conseillers du Parlement et divers personnages de marque. Après que le cardinal eut exposé combien le pape et le roi souhaitaient de voir finir cette querelle, qui ne pouvait être que préjudiciable à la religion, les Jésuites supplièrent très respectueusement l'Université, en la personne de son Recteur et des dignitaires présents, de vouloir bien leur accorder l'incorporation. Ils promettaient, en retour, soumission entière aux statuts et règlements existants ou qui pourraient être faits, sous la seule réserve de la discipline religieuse vouée par eux. Ils déclaraient, d'ailleurs, renoncer à toutes les dignités universitaires, aussi bien
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qu'aux avantages pécuniaires et autres semblables, que les professeurs de TUniversitë tiraient de leurs fonctions.
Invité à son tour à parler, le Recteur commença par répéter la question déjà maintes fois posée par l'Université, si les Jésuites étaient religieux et réguliers ou clercs séculiers. Les Pères répondirent, comme ils l'avaient toujours fait et comme ils venaient de l'expliquer nettement dans leur supplique, qu'ils étaient religieux, mais clercs réguliers, et non moines, et qu'ils étaient autorisés par les Bulles du Saint-Siège, qu'ils firent voir, à enseigner gratuitement la théologie et la philosophie, aussi bien que les lettres grecques et latines. Interrogés ensuite s'ils se soumettraient à tous les statuts de l'Université réformés par le cardinal d'Estouteville, ils protestèrent qu'ils obéiraient, non seulement à ces statuts, mais à tous les autres règlements de l'Université, réserve faite de la discipline religieuse, suivant rinstitut de la Compagnie approuvé par le Saint-Siège. Après quoi, le Recteur promit de consulter l'Université surla supplique des Jésuites, qui lui fut remise par écrit, et de donner ensuite une réponse. Au jour fixé pour recevoir cette réponse, 30 janvier 1578, Mgr. de Brézé, évêque de Meaux, conservateur des privilèges de l'Université, vint déclarer, au nom du Recteur et de toute l'Université, « qu'ils ne voulaient, ni ne pouvaient, sans détriment et violation de leurs privilèges, recevoir les prêtres de la Compagnie dans le corps de l'Université » . Dans cette réponse, les « privilèges » n'étaient qu'un mot, un prétexte ; car ils n'étaient pas en cause : il ne s'agissait, nous l'avons dit, pour l'Université que d'ajouter aux collèges qu'elle avait dans son sein, un
collège organisé comme les autres, et qui assurément lui aurait fait honneur.
Le Souverain Pontife, que ce brutal refus atteignait presque autant que les Jésuites, aurait pu le punir sévèrement, et il l'aurait fait sans doute, si les Pères eux-mêmes ne l'en avaient dissuadé. 11 voulut du moins venger leur droit par une parole solennelle ; il le fit par la Bulle Quanta in vinea Doniini^ où, après l'éloge des travaux de la Compagnie, et confirmant les faveurs déjà reçues de Pie IV et de Pie V pour ses collèges, il lui renouvelle la faculté d'enseigner publiquement les arts libéraux et la théologie, même là où il y a des universités, avec le droit de faire conférer les grades en philosophie et en théologie à tous ses élèves par le Préfet des études du collège, si les officiers universitaires s'y refusent.
Cette Bulle fut envoyée à févêque de Paris, avec ordre, si le Général de la Compagnie le requérait, de la publier solennellement et de la faire exécuter, en employant au besoin les censures ecclésiastiques contre les opposants. La Compagnie se contenta de la consolation que lui apportait cette nouvelle et souveraine consécration de ses droits. Au reste l'Université, par les interdictions qu'elle fulminait encore de temps à autre contre le collège de Clermont, ne réussissait pas à vider ses classes. Son arme la plus forte était le refus de conférer, à ceux qui avaient fait leurs études chez les Jésuites, les grades de maître et de docteur, nécessaires à qui aspirait aux bénéfices ecclésiastiques. Avec cela même, elle ne pouvait empêcher les leçons de théologie et de philosophie des Jésuites d'être beaucoup suivies et d'exercer une grande influence.
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En 1577, une année après la retraite du P. Maldonat, on comptait au collège de Clermont 1.200 élèves, et 1.300 en 1580. De 1584 à 1585, on verra parmi eux François de Sales. Ses parents avaient l'intention, en l'envoyant à Paris, de lui faire suivre les cours du célèbre collège de Navarre ; mais le jeune saint les supplia de le confier plutôt aux Pères de la Compagnie. Il fit donc sa rhétorique et sa philosophie au collège de Clermont, où sa vertu aimable fit la joie de ses maîtres et l'édification de ses condisciples. Il y fut préfet de la Congrégation de la Sainte Vierge.
49. Collèges et prédications en province. — Cependant les provinces continuaient à dédommager la Compagnie des persécutions de Paris. Les villes principales de France réclamaient l'une après l'autre des collèges, et les hommes manquaient pour les satisfaire toutes. Ainsi les catholiques de Poitiers devront encore attendre assez longtemps le collège qu'ils demandèrent avec de grandes instances au P. Maldonat, après la fructueuse mission qui se donna sous sa direction en 1570, dans le Poitou et la Saintonge. Mais en 1575 s'acheva, par la sanction du Pape et du Roi, la fondation du collège de Bourges, préparée depuis plusieurs années par les offres d'un généreux ecclésiastique et du maire et des échevins. C'est au collège de Bourges que se retira Maldonat, quand on lui permit de quitter sa chaire de Paris, et c'est là qu'il écrivit son célèbre commentaire sur les Évangiles.
En 1580, la Compagnie de Jésus avait en France quatorze collèges, et dans la plupart le chiffre des élèves atteignait, s'il ne dépassait, le millier.
De même qu'ordinairement les fondations des collèges ont été préparées par les prédications, celles-ci partout complétaient l'œuvre des collèges.
Le grand missionnaire de cette période (de 1559 à 1588 environ), comme le fondateur de presque tous les collèges de son Ordre dans le centre et le midi de la France, fut le P. Emond Auger. Dans toute TAuvergne, puis à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse, à Reims, à Metz, à Bourges, à Paris et ailleurs, sa parole éloquente et apostolique provoqua un véritable réveil de la vie catholique et ramena à l'Eglise un nombre incalculable de ses enfants égarés.
Un succès analogue, très considérable, récompensa le zèle des PP. Jean Pelletier, Louis du Coudret, Antoine Possevin, Jean Maldonat et de bien d'autres, surtout dans la vallée du Rhône, dans \ le Rouergue, le Velay et le Vivarais, dans le Languedoc, le Poitou, le Berry, la Normandie, la Lorraine, etc.
Gomme tous les missionnaires de ces premiers temps de la Compagnie, ces apôtres de la France retirèrent les plus grands fruits de l'enseignement du catéchisme, commencé auprès des enfants, et bientôt suivi par les adultes de toutes conditions. L'ignorance religieuse était en effet le grand mal de l'époque, en France comme dans tous les pays où le protestantisme put faire des adeptes, i
Puis, ce qui ajoutait singulièrement au crédit 1 des prédicateurs auprès des populations même protestantes, c'était leur charité envers les plus abandonnés, les plus malheureux. En 1568, le P. Possevin donnait une mission aux 3.000 galériens de Marseille, et à cette occasion il procurait la libération de 160 d'entre eux, retenus injustement au-delà du terme de leur peine. Observons
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du reste que cette pratique de la charité n'était pas bornée au temps des missions : dans tous les collèges, des Pères étaient spécialement désignés pour la visite assidue des prisonniers et des malades dans les hôpitaux, comme aussi pour faire le catéchisme aux enfants et au peuple des campagnes.
Le dévoûment des Pères se montra héroïque, lorsque la peste désola Paris et plusieurs villes de la France, à différentes reprises, surtout pendant les années 1577 à 1586. Dans la capitale, en 1580, douze Jésuites se consacrèrent à l'assistance spirituelle et corporelle des pestiférés; six y sacrifièrent leur vie. A Avignon, en 1579, sept moururent dans le même exercice de charité, deux à Bourges en 1582. trois à Nevers en 1583, huit à Bordeaux en 1585, dixà Pont-à-Mousson, la même année, et d'autres encore ailleurs en 1586. La disette s'étant jointe à la peste, les Pères se privèrent eux-mêmes du nécessaire pour soulager les misérables. Souvent c'est à leurs conseils qu'on dut de sages mesures pour enrayer le fléau. Notamment à Lyon, le P. Auger se signala par ses suggestions intelligentes, en même temps que par l'inlassable abnégation avec laquelle il prodigua ses soins aux malades et aux pauvres.
Le même P. Auger avec d'autres Pères remplit un très utile ministère auprès de l'armée catholique du duc d'Anjou, durant la guerre civile de 1565-
En revanche, il est absolument faux que ce Jésuite ou aucun de ses confrères ait été pour quoi que ce soit dans le massacre de la Saint-Barthélémy. En France, comme en x^llemagne, les Jésuites n'ont sans doute pas refusé aux princes catholiques le droit d'arrêter la propagande de l'hérésie
par des moyens de coercition justifiables, dont la Saint-Barthélémy n'était pas. Mais leurs victoires sur le protestantisme ont été remportées avec d'autres armes; avant tout par la force de la vérité catholique montrée dans son intégrité, et par la réforme des mœurs. Ils n'ont jamais versé d'autre sang que le leur.
Troisième Période
Histoire générale de l'Ordre