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GOUVERNEMENT D'AQUAVIVA

Cinquième Général : Claude x\quayiva (19 Février i58i-3i Janvier 16 15)

4' CONGRÉGATION GÉNÉRALE 17 fév.-22 avril i580. h* CONGRÉGATION GÉNÉRALE (3 nov. lôgS-iS janv. 1694). 6' CONGRÉGATION GÉNÉRALE (21 fév.-ag mars 1608).

50. Aperçu du généralat. — Le 4' Général étant mort, le i"'" avril 1580, sans nommer de Vicaire, ce fat le P. Olivier Manare, élu par les profès de Rome, qui convoqua la 4" Congrégation Générale. Réunie le 7 février 1581, elle donna, le 19 du même mois, comme Général à la Compagnie, par 32 voix sur 57 votants, le P. Claude Aquaviva,qui gouvernait alors la province de Rome. L'élu n'avait pas encore 38 ans. De l'illustre famille des ducs d'Atri, Claude, à 24 ans (en 1567), pour entrer dans la Compagnie, avait renoncé à une carrière commencée sous de brillants auspices dans la prélature romaine. Sa haute vertu, en même temps que sa capacité pour le gouvernement,

bientôt remarquées, lui firent confier d'abord la conduite du Séminaire Romain; puis l'administration des provinces de Naples et de Rome. Il devait gouverner toute la Compagnie jusqu'en 1615, près de 34 ans.

Ce long généralat fait époque dans l'histoire de rOrdre, et par le grand développement que prirent toutes les entreprises de la Compagnie, et par les incidents du dedans et du dehors, qui ont plus d'une fois troublé gravement la paix des membres et réclamé toute la sollicitude du chef.

Le P. Aquaviva a complété l'œuvre de saint Ignace dans les accessoires; il a définitivement codifié les règles des divers ministères. En tout cela il n'a introduit aucun principe nouveau, il n'a fait que coordonner sous forme systématique et claire la pratique, inaugurée par le Fondateur et les premiers Pères, et confirmée par l'usage de leurs disciples les plus autorisés depuis un demisiècle. Quoi qu'on ait pu dire, dans ce travail d'organisation définitive, Aquaviva ne se montra rien moins qu'un politique, au sens vulgaire du mot : c'est un homme de Dieu, qui ne vise qu'à former d'autres hommes de Dieu. On peut s'en convaincre à la lecture de ses nombreuses lettres, ordonnances et instructions. Qu'elles s'adressent à tous ses subordonnés, ou spécialement aux Supérieurs, ou encore à une catégorie telle que les missionnaires ou les confesseurs des rois, elles tendent toujours et avant tout à exciter l'esprit surnaturel et poussent aux vertus les plus dégagées d'intérêt humain. En particulier, les Instructions par lesquelles le P. Aquaviva s'est efforcé de guider les Supérieurs delà Compagnie dans leurs délicates fonctions, ont paru si pénétrées de la sagesse de saint Ignace, qu'elles ont pris place

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dans le corps de rinstilut par ordre de la 7° Congrégation (iêiiérale ^U)l5j, non pas, il est vrai, coiume textes législatifs, mais comme directions fortement recommandées.

Le I^ Acjuavivaa beaucoup fait pour promouvoir l'usage des Exercices spirituels de saint Ignace, notamment par les retraites annuelles, dans la Compagnie et au dehors. C'est principalement à ses soins qu'est due la rédaction du Directoire^ ce guide si précieux pour ceux qui ont à donner ces Exercices à quehjue classe de personnes que ce soit.

Les Missions, tant à l'intérieur (jue parmi les infidèles, ont reçu de lui de grands encouragements.

Mû par une filiale dévotion pour la Sainte Vierge, aussi bien que par la vue des grands fruits spirituels proiluits [)ar la Congrégation, il eut fort à cœur la propagation de cette pieuse union. C'est le P. Aquaviva qui obtint de Grégoire XIII, en ISS-'*, l'érection canonique de la (Àmgregatio Primaria au Collège Romain, à laquelle le Pape confère, avec de nombreuses indulgences, le pouvoir exclusif de s'agréger d'autres congrc'gations dans le monde entier, en leur communiquant les mêmes faveurs spirituelles.

L'ouvrage le [)Ius connu auquel est attaché le nom du P. Aquaviva, est le Hatio studioriiin. Nous en parlons plus loin. Il prouva aussi par ailleurs, non seulement son souri du progrès des études et de l'enseignement, mais encore son intelligence des besoins de la science d'alors : témoin surtout, pour ce qui concerne la théologie, la constance avec lacjuelle il défendit les doctrines de la Compagnie, à l'occasion des attaques contre le livre de Molina et dans les congrégations de Auxiliis.

On lui doit le même éloge pour les encouragements que reçurent de lui les Jésuites qui travaillèrent à développer la partie des sciences sacrées alors la plus en retard, la positive. C'est du généralat du P. Aquaviva, et des dernières années du xvi^ siècle, que date un grand et fécond mouvement dans ce sens, que nous verrons simultanément commencer en Allemagne, en France, dans les i Pays-Bas.

51. Défense de l'Institut. — Les premières préoccupations du nouveau Général furent absorbées par une lutte redoutable, où rien de moins que rinstitut de la Compagnie n'était en jeu. Saint Ignace, nous l'avons vu, a introduit dans la vie religieuse quelques points si nouveaux pour son i temps, qu'on ne s'étonne pas de les voir peu goûtés, spécialement des religieux accoutumés à des observances différentes. Du vivant même du saint Fondateur, ces innovations furent attaquées ; avec une extraordinaire acrimonie par le célèbre \ Dominicain Melchior Cano. Quelques-uns de ses disciples et de ses confrères en Espagne répétèrent et poursuivirent sesdiatribes, dans les chaires des églises et des écoles, au commencement du généralat d'Aquaviva, avec une violence telle qu'il fallut bien s'en émouvoir. Les propres Supérieurs des agresseurs n'ayant pu réussir à arrêter leurs excès, le P. Aquaviva dut prier le pape de prendre la défense de l'Institut approuvé par ses prédécesseurs et par le concile de Trente. Grégoire XIIÏ le fit, d'abord par la Bulle Quanto fructuosius, du i**" février 1583, où il définit le point spécialement attaqué, à savoir que les vœux simples, prononcés dans la Compagnie après les deux ans de noviciat, constituent de véritables

religieux. Puis, les adversaires ayant récidivé et même contesté l'autorité de l'acte pontifical, le Vicaire de Jésus-Christ, dans la Bulle Ascendente Domino, du 25 mai 1584, donna une confirmation plus ample et solennelle à toutTlnstitut, en particulier sur les points critiqués.

Les attaques passionnées contre la Compagnie ne cessèrent pas pourtant parmi les Dominicains d'Espagne ; mais bientôt elles se portèrent sur un terrain différent, et se prirent moins à la règle qu'à l'enseignement des Jésuites. Cette nouvelle campagnefut poussée surtout par le fameux théologien Dominique Banes, et celui-ci réussit à y entraîner tout son Ordre. Nous y reviendrons.

Mais, de plus, en Espagne, la Compagnie se vit menacée par d'indignes enfants plus dangereusement qu'elle ne l'avait encore été par des étrangers. Cette attaque par l'intérieur commença dès le généralat du P. Mercurian, mais n'eut toute sa gravité que sous le P. Aquaviva. Ce fut une véritable conspiration, organisée par un petit nombre de mécontents, une trentaine au plus, semble-t-il, mais qui trouvèrent de puissants appuis. Parmi ces conspirateurs, deux ou trois seulement possédaient par leurs talents et leurs services des droits à une certaine considération. Le plus marquant de beaucoup est le P. Jean Mariana, que nous avons trouvé enseignant la théologie à Paris avec éclat (1569-1573), mais dont la célébrité provient surtout, à des titres divers, de deux ouvrages, la grande Histoire d'Espagne et son traité De Rcge et de Régis institutione. Les reproches que 3e savant éminent, mais atrabilaire, faisait à la Société dont il était membre, et ses vues pour la réformer, sont connus par un Tratado del govierno le la Compahia de Jésus, publié après sa mort

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par les ennemis des Jésuites, mais dont l'authenticité ne paraît guère douteuse.

La conspiration avait pour but de faire modifier l'Institut de la Compagnie, dans plusieurs des points qui précisément lui donnaient sa caractéristique : ainsi, la diversité des degrés, la nomination des supérieurs locaux par les supérieurs majeurs; surtout il s'agissait de diminuer l'autorité du Général, et même de soustraire entièrement à son autorité l'ensemble des maisons d'Espagne. Pour le dernier point spécialement, le complot eut tous les encouragements de ses hauts prolecteurs, Philippe II et l'Inquisition, qui eussent volontiers vu la branche nationale de la Compagnie tomber par là sous leur dépendance plus étroite. Les conspirateurs nouaient leurs trames dans un si grand secret, qu'elles échappèrent très longtemps à l'attention de leurs supérieurs immédiats. Quelques-uns de ceux-ci, à la vérité, furent bien peu clairvoyants ou trop faibles, et le premier acte du P. Aquaviva, quand il fut instruit, dut être de les remplacer. Pendant les années 1586-1588, les plaintes et les accusations des mécontents affluèrent au Saint-Office d'Espagne, qui toujours y faisait bon accueil et en sollicitait d'autres. Elles allaient de là au roi Philippe II, qui, en 1587, commença à agir auprès de Sixte- Quint pour lui faire ordonner une visite et une réforme de la Compagnie en Espagne. C'est par le pape que le P. Général eut la première connaissance positive des visées de la conspiration. Sixte-Quint, qui avait succédé à Grégoire XIII» le 1" mai 1585, n'avait pas tout à fait les sentiments de son prédécesseur pour les Jésuites. Cependant, quand il sut que l'Inquisition espagnole entreprenait de faire examiner et censurer par ses

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théologiens l'Institut et les privilèges de la Compagnie, il envoya au Grand Inquisiteur une terrible réprimande. Puis, après s'être laissé persuader par Philippe II de charger un évéque, peu digne, d'une enquête sur le gouvernement des Jésuites espagnols, il lui retira son mandat sur les observations du P. Aquaviva, et il évoqua toutes les plaintes à son propre tribunal. Seulement, étant donné le caractère du pape, sa résolution de régler l'affaire par lui-même ne mettait pas la Compagnie hors de danger. En effet, à peine Sixte-Quint avait-il lu quelques pages des Constitutions, cause des mécontentements, qu'il y trouvait plusieurs choses peu en harmonie avec ses idées propres : tels, en particulier, le nom de Compagnie de Jésus, l'obéissance « aveugle », le compte de conscience, la diversité des degrés, et même des points concernant l'étroite pauvreté, qui n'auraient pas dû choquer un pape Franciscain. En dépit des réponses que le P. Aquaviva fit à ses difficultés, il commença par exiger que la Compagnie renonçât à se dire de Jésus, et ordonna au P. Général d'écrire une lettre pour le prescrire à ses subordonnés. La lettre était rédigée et soumise au Souverain Pontife, quand celui-ci cessa de vivre, le 27 août 1590. Cette mort épargnait à la Compagnie un rude coup, et peut-être d'autres qui l'eussent encore été davantage.

Le successeur de Sixte V, Urbain VII, ne régna que douze jours : il eut le temps cependant de révoquer la mise à l'index des Controverses de Bellarmin, déjà décrétée par Sixte-Quint; cet esprit entier avait jugé que le célèbre défenseur de l'Église Romaine et du Saint-Siège n'accordait pas assez de pouvoir au pape sur le temporel des rois.

Dans Grégoire XIV, qui monta ensuite sur le trône de saint Pierre (5 décembre 1590), l'Ordre de saint Ignace retrouvait, avec le nom, la bienveillance de Grégoire XIII. Le P. Aquaviva en profita pour procurer une fois de plus à son Institut combattu l'approbation souveraine du Vicaire de Jésus-Christ. Grégoire XIV l'accorda magnifiquement par la Bulle Ecclesiœ CatholiccB (23 juin 1591). 11 y confirmait de nouveau tous les articles attaqués, spécialement l'autorité du Général dans le choix des supérieurs, dans la promotion des sujets aux degrés de profès et de coadjuteurs, dans les renvois, etc. Il déclarait que le nom de Compagnie de Jésus devait être conservé à tout jamais. Par une seconde lettre apostolique, du 30 août 1591, le pape dispensait encore la Compagnie des dispositions contraires à son Institut, contenues dans deux constitutions de Sixte-Quint sur la réception des novices.

Le P. Aquaviva ne négligeait pas néanmoins les moyens que lui donnait sa charge, pour mettre fin à la crise que subissait son Ordre en Espagne. Outre le changement des supérieurs incapables, le principal fut la visite des maisons, qu'il confia à des Pères dont la sagesse offrait toute garantie. 11 prit la précaution de faire agréer préalablement à Philippe II la visite et les visiteurs, en lui promettant que ceux-ci ne lui laisseraient rien ignorer de ce qu'ils auraient observé. Cependant la mesure la plus nécessaire et la plus justifiée, à savoir l'expulsion des perturbateurs de la Compagnie, fut trop longtemps rendue impossible par la faveur que ces membres indignes gardaient auprès du roi et de rin([uisition. Finalement, Philippe II [se réduisit à demander au pape d'ordonner la convocation d'une Congrégation

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(Générale. Les rebelles qui lui en avaient inspiré la pensée espéraient, grâce aux députés qu'ils se flattaient de faire élire, obtenir de la Congrégation plus que du P. Aquaviva ; ils essaieraient même de faire déposer le Général.

Le pape, qui était alors Clément VIII (30 janvier 1592-8 mars 1605), écoutait volontiers le P. Tolet, qu'il ne tarda pas à faire cardinal (octobre 1593). Tolet fut le premier Jésuite revêtu de la pourpre; quoiqu'il en fût digne, et malgré l'honneur qui en rejaillissait sur la Compagnie, sa promotion affligea ses confrères, comme une brèche faite aux barrières apposées par saint Ignace à l'entrée de l'ambition dans son Ordre. Du reste, le nouveau cardinal ne rendit pas les meilleurs ser- I vices à la Compagnie auprès du pape. Il paraît n'avoirpas été sans sympathiespourles mécontents espagnols. Ainsi Clément VIII, pressé par Philippe II et impressionné d'ailleurs par la lecture des mémoires des rebelles, que ce prince lui avait transmis, enfin sur le conseil de Tolet, enjoignit au P. Aquaviva de convoquer la Congrégation Générale. Il fut obéi, et la Congrégation était réunie à Rome le 3 novembre 1593. L'idée ayant été suggérée au pape de faire présider l'assemblée par un cardinal (qui eût sans doute été Tolet), le P. Aquaviva combattit de toutes ses forces ce qui aurait été une nouveauté pleine de périls pour la liberté des députés de la Compagnie, et le Souverain Pontife voulut bien se rendre à ses raisons.

Aquaviva ouvrit donc les séances de la cinquième Congrégation, en exhortant chaleureusement les Pères à porter d'une main ferme les remèdes sur les plaies de la Compagnie. Il avait manifesté l'intention de déposer sa charge; mais

ilyrenonça,quand il vitque le principe, fondamental dans l'Institut, de la perpétuité du généralat était attaqué en sa personne et que les adversaires se feraient une arme de sa démission. Il insista seulement pour que la Congrégation examinât en toute liberté ce qu'on blâmait dans sa conduite et son gouvernement. Unecommission prit donc connaissance des plaintes adressées par les mécontents, soit au Souverain Pontife, soit à la Congrégation elle-même, mais ne put y trouver aucun grief sérieux contre le Père Général. Le rapport sur les résultats de cet examen, communiqué au pape, arracha à celui-ci l'éloge de la vertu du Père Aquaviva et de l'excellence de son gouvernement. La Congrégation n'eut pas de peine à satisfaire Philippe II sur une série de demandes qu'il lui fit présenter pour son propre compte. Il s'agissaitde privilèges diminuant les prérogatives du Saint-Office; il désirait que la Compagnie s'abstînt d'en faire usage dans ses Etats : un décret de la Congrégation (le xxi' dans les Actes imprimés) répondit pleinement à son vœu. Sur d'autres articles, proposés de la part et du pape et du roi, et qui comprenaient les principales demandes des rebelles, les Pères refusèrent toute concession : leur détermination de maintenir sur tous les points l'intégrité de l'Institut se manifesta avec un ensemble et une force tels qu'aucun contradicteur n'osa se faire entendre, pas même le Père Joseph Acosta, que le pape et Philippe II avaient imposé à la Congrégation pour représenter les mécontents.

Par un décret très sévère (li), la Congrégation prononça contre les perturbateurs toutes les peines qu'elle avait pouvoir d'infliger. De plus, comme on avait remarqué que presque tous les

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conspirateurs étaient fils de « nouveaux chrétiens », c'est-à-dire descendants de Juifs ou de mahométans, on crut devoir prendre une garantie pour l'avenir, en interdisant de recevoir désormais dans la Compagnie aucun candidat de cette classe. C'était encore un décret agréable à Philippe II. Jusque-là Clément VIII avait laissé entière liberté de décisions à l'assemblée. Mais le Sjanvier 1594, il lui fit signifier par le cardinal Tolet quelques articles dont il exigeait le vote. La Congrégation s'exécuta sans faire d'objection ; car aucune question de principe n'était engagée. Le 12 janvier, autre injonction, de réunir de nouveau la Congrégation Générale dans six ans, et dés maintenant de changer trois des quatre Assistants du Père Général. La Congrégation, après quelques observations respectueuses, se soumit encore, et put enfin se dissoudre, le 18 janvier. Elle avait donné, dans le calme de ses délibérations, dans l'unanimité de ses résolutions et son parfait accord avec le Général, un spectacle qui frappa d'étonnement même les envieux et les adversaires. Grâce à sa fermeté et à celle du Père Aquaviva, l'Institut de la Compagnie sortit intact de la crise, plus fort par son triomphe dans une lutte mouvementée.

Néanmoins ce n'était pas encore la paix. Notamment les menées contre la perpétuité du généralat ne cessèrent pas, et, toujours avec l'aide de Philippe II, elles furent près d'aboutir par une voie oblique. On suggéra à Clément YllI de nommer le Père Aquaviva archevêque de Naples : le but était clair, promoveatur ut amoveatur. Malgré tout ce que les Pères Assistants purent représenter au pape sur les conséquences pernicieuses de cette nomination, au point de vue des règles de

la Compagnie, le coup avait grandes chances de réussir, quand on imagina de le contrebattre par une feinte surenchère, menaçant d'une campagne pour faire nommer le Père Aquaviva cardinal. La crainte de le voir dans une place où son influence eût été trop grande, fît que ceux qui avaient le plus travaillé pour l'envoyer à Naples, employèrent aussitôt tous leurs efforts pour persuader à Clément VIII de le laisser simplement à son généralat. L'intrigue fut ainsi déjouée.

Une autre, non moins étrange, faillit avoir plus de succès. Un Jésuite espagnol, Ferdinand Mendoza, près d'être renvoyé de la Compagnie, avait su gagner l'amitié du comte de Lemos et se faire prendre pour confesseur par la comtesse, soeur du duc de Lerme qui gouvernait l'Espagne sous Philippe III. Il put se maintenir dans ce poste et rester dans la Compagnie, en vivant à peu près à sa guise, grâce à la protection, non seulement de cette dame, mais encore du Pape. Par ménagement pour la sœur du tout-puissant favori. Clément VIII soutint ce peu digne confesseur contre tous les efforts d'Aquaviva pour le faire rentrer dans la discipline religieuse ou sortir de la Compagnie. Bien plus, il se prêta au plan, machiné parla comtesse et Mendoza, défaire venir le Père Général en Espagne. Malgré toutes les objections qu'il présenta au pape, Aquaviva n'aurait pu se soustraire à ce voyage malencontreux, si Clément VIII n'avait été appelé à faire celui de l'éternité (3 mars 1605).

Paul V (élu le 11 mai 1605) se crut obligé d'abord, lui aussi, de protéger Mendoza pour utiliser sa faveur auprès du duc de Lerme ; mais enfin, en 1606, ce pape, qui aimait sincèrement la Compagnie, comprit qu'on ne pouvait la forcer à garder

plus longtemps parmi ses enfants un si mauvais religieux. Il trancha la difficulté en nommant Mendoza évêque au Pérou, avec ordre de se rendre en son diocèse. Il fit plus : le 4 septembre 1606, Paul V accordait à la Compagnie une nouvelle confirmation de l'Institut, et en même temps, il approuvait et sanctionnait expressément les décisions de la cinquième Congrégation Générale contre les perturbateurs.

52. Sixième Congrégation Générale. — En 1600 arrivait le ternie des six ans, après lesquels devait être réunie de nouveau la Congrégation générale, suivant Tordre de Clément VIII ; mais ce pape lui-même dispensa le Père Aquaviva de la convoquer. On était alors à Rome dans le feu de la discussion sur le livre de Molina. En 1606, ce fut la Congrégation triennale des Procureurs qui décida la convocation. Toutefois la sixième Congrégation Générale ne put être ouverte avant le 21 février 1608.

Une des raisons principales qui l'avaient fait appeler, était l'aflaire de la cinquième Assistance à créer pour la France. C'est en effet l'objet du premier décret de l'assemblée. Déjà demandée à la cinquième Congrégation, mais alors jugée prématurée, cette création, on le savait, était souhaitée du roi de France, Henri IV. La reconnaissance due parla Compagnie à ce prince qui venait de lui rendre l'existence légale dans ses États, aussi bien que le développement des provinces françaises, appelait maintenant cette mesure, qui fut votée à l'unanimité et avec une véritable joie par tous les députés. Comme premier Assistant de France, on élut le P. Louis Richeome, provincial de Lyon. L'Assistance du Nord qui, après sa

séparation de la France, comprenait encore, outre rXllemagne et les pays de la maison d'Autriche, la Pologne, l'Angleterre et les Pays-Bas, prit depuis lors le nom d'Assistance de Germanie.

La 6* Congrégation s'occupa ensuite de confirmer et fortifier ce qu'avait fait la 5' pour la défense de l'Institut. Elle renouvela donc le décret contre les perturbateurs, en l'étendant à tous ceux qui, pour troubler la paix de la Compagnie, invoqueraient le secours de quelque personne que ce fût, appartenant à la Compagnie ou non. Elle ajouta le précepte rigoureux aux provinciaux de faire une enquête sérieuse sur ces perturbateurs, et s'il s'en trouvait encore, de les dénoncer au P. Général.

Enfin la Congrégation chargea une commission spéciale de rédiger une explication des règles concernant la manifestation des fautes. Ces règles qui sont les 9" et 10» du sommaire des Constitutions et sont tirées du chapitre IV de l'Examen général, étaient parmi les points les plus violemment attaqués, d'abord par les adversaires étrangers à la Compagnie, puis par les auteurs des mémoriaux présentés naguère à l'Inquisition, à Philippe II et à ClémentVIII.Letravail de la commission, approuvé par la Congrégation, fut incorporé dans deux longs décrets (xxxii-xxxiii), qui précisent la matière de la manifestation permise, les cas où il y a obligation de révéler au Supérieur les fautes dont on a eu connaissance, l'esprit dans lequel doit «e faire la manifestation, la manière dont le Supérieur doit l'accueillir et l'usage qu'il lui est permis d'en faire. Il sera évident pour quiconque aura lu ce commentaire autorisé des règles dont il s'agit, qu'elles n'ont absolument rien de commun avec l'odieuse délation.

Les députés se séparèrent le 29 mars 1608. Les mesures édictées par la 5® et la 6* Congrégation générale, soutenues de l'autorité du Saint-Siège et appliquées par le P. Aquaviva, mirent pour toujours un terme à Tagitation intérieure contre l'Institut. Si la Compagnie eut encore à le défendre bien souvent, ce ne fut plus contre les siens.

53. Situation à la fin du généralat. — La solidité de la constitution que saint Ignace a donnée à son Ordre avait été bien démontrée par les violents assauts qu'elle avait subis sans le moindre dommage. Dans le même temps, sa vitalité féconde continuait à s'affirmer, à la fois par l'augmentation rapide du chiffre des religieux et par le progrès des œuvres dans tous les pays.

Au commencement du généralat, en 1581, la Compagnie ne comptait guère plus de 5.000 membres, en 21 provinces, dont 4 hors d'Europe. En 1584, il y avait déjà 6.250 Jésuites; en 1600, ils étaient 8.519 dans 23 provinces; à la fin du généralat, 13.112 dans 32 provinces. En 35 ans, le chiffre des membres avait donc plus que doublé. Les noviciats séparés, qui n'étaient que 12 en 1580, sont 25 en 1600 et 41 en 1616. Le nombre des collèges était monté de 144 (en 1580) à 245, en 1600; à 372, en 1616. Dans les cinq premières années de son gouvernement, le P. Aquaviva avait dû refuser 60 autres collèges. Il faut ajouter les maisons professes : 10 en 1580 et 23 en 1616; les résidences, 33 en 1580 et 123 en 1616.

Enfin la gloire de plusieurs Jésuites, que l'Église honore de son culte, projette ses rayons sur le généralat du P. Aquaviva. A son temps appartiennent les trois Saints japonais, Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisaï; premiers martyrs de la Compagnie dans leur patrie, ils sont aussi, avec

six compagnons Franciscains, les premiers mis sionnaires morts pour la foi au Japon. Béatifiéf par Urbain VIII (1G27), ils ont été canonisés par Pie IX (1862). — Louis de (ionzague, après avoii échangé avec bonheur le marquisat de Gastiglionc et le titre de prince du Saint-Empire contre une pauvre robe de Jésuite, termina sa courte e sainte carrière, victime de sa charité pour les malades d'un hôpital de Rome (1508-1587-1591) : ! béatifié par Paul V (1605), il a été canonisé paii Benoît XIII (jui Ta donné pour patron à la jeu-i nesse, spécialement des écoles. — Ajoutons, bien! qu'il ait survécu deux ans au P. Aquaviva, le Frère Alphonse Rodriguez, Espagnol (1531-1571-1617; qui, dans l'humble emploi de portier de collège, où il passe sa vie religieuse s'éleva à une haute sainteté; béatifié par Léon XII (182»), il a été canonisé par Léon XIII (1888). — Nous ne ferons plus j que nommer dix Bienheureux, dont nous parlons 1 ailleurs, savoir Edmond Gampion, Alexandre I Briant et Thomas Gottam, martyrisés en Angle- I terre (1581-1582), béatifiés en 1880; Rodolphe! Aquaviva et ses (|uatre compagnons, martyrs dans ' l'Inde (1580), béatifiés en 1893; Pierre Ganisius i (1597, b. 1864), Bernardin Realino (1010, b. 1890).!

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