MUTIUS VITELLESCHI
François Xavier, béatifiés tous deux par Paul V, le premier en 1609, le second en 1619, avaient ensemble été solennellement proclamés saints, le 12 mars 1622, par Grégoire XV, qui n'eut pas le temps de publier les bulles de canonisation. Son successeur les publia le 6 août 1623 : la glorification du saint Fondateur y est accompagnée d'un vif éloge de sa création la Compagnie, des travaux de ses enfants parmi les fidèles et les infidèles, et en particulier de leurs luttes pour la défense du Saint-Siège ; et Xavier y est proclamé « nouvel Apôtre des Indes ». Urbain VIII procéda encore à la béatification de François de Borgia (24 novembre 1624) et à celle des trois premiers missionnaires martyrs du Japon (15 septembre 1627). Enfin ce pape daigna rehausser par les bénédictions spirituelles d'un jubilé la fête du centième anniversaire de la fondation de l'Ordre (1640).
55. l«f Centenaire de la Compagnie. — La lettre que le P. Vitelleschi adressait à tous les Jésuites, le 15 novembre 1639, les exhorte à remercier Dieu de tout ce qu'il s*est plu à opérer par la Compagnie durant ces cent années, mais surtout à mériter par la pratique parfaite de leurs Règles d'être employés de plus en plus à la glorification du nom divin et au salutdes âmes. Ils ne s'écartaient pas de ces hautes pensées, les orateurs, les historiens, les poètes jésuites qui, à cette date mémorable, crurent pouvoir s'étendre davantage sur ce que leurs Pères avaient fait et souffert, au cours du siècle passé.
Entre les publications suscitées par la circonstance dans diverses provinces de l'Ordre, on remarqua particulièrement celle des Jésuites Flandro-Belges, Imago primi sœculi. Cet ouvrage, dont
Brucker. — La Compagnie de Jésus, 14
2iO LA COMPAGNIE DB JÉSUi
le plan est dû à Bollandus et où le récit historique alterne avec les digressions oratoires et les poésies de tout rythme, forme un volume de grand luxe, par sa belle typographie plantinienne et la riche illustration, consistant en emblèmes gravés que commentent les pièces de vers. 11 a du subir beaucoup de moqueries, que justifie mal un certain défaut de goût et de mesure. Il semble qu'aux seuls Jésuites il soit interdit de dire des leurs le bien qu'ils savent être la vérité. S'ils le disent, ce ne peut-être que par orgueil et dans rintention de déprimer leurs rivaux. Pourtant, n'ont-ils pas, depuis leur première apparition dans le monde, été assez vilipendés, assez calomniés, méconnus même de bien des catholiques, pour avoir le droit de faire l'éloge de leur mère et de leurs frères? Que quelques-uns, en pareil cas, aient excédé plus ou moins, ne le contestons pas : mais leur sera-t-il possible d'être jamais assez modestes, au gré de leurs adversaires et des envieux?
Histoire des provinces (I58i-i645)