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THÉOLOGIE MORALE

129. — La théologie morale était associée à la théologie dogmatique dans tous les grands collèges de la Compagnie. Et il faut remarquer que la morale

était enseignée comme le dogme, selon la méthode scolastique, ainsi que Texige la matière souvent si complexe, et suivant l'exemple de saint Thomas. Aussi les plus célèbres docteurs scolastiques de la Compagnie furent en même temps parmi ses plus éminents moralistes : tels François Tolet (cardinal); François Suarez (1617), surtout par son beau traité des Lois; IMolina, par ses cinq volumes sur la Justice et le Droit; Léonard Lessius (f 1623); François de Lugo (cardinal, f 1660) que saint Alphonse Liguori regarde comme le « prince des théologiens après saint Thomas » ; etc. Beaucoup des meilleurs théologiens Jésuites ont néanmoins consacré leur labeur tout entier à la morale. Aux premiers rangs de ceux qui l'ont traitée avec le plus de pénétration et de sûreté, se placent, à côté de leurs collègues plus spécialement scolastiques, les Pères Thomas Sanchez (t 1610), Ferdinand Castropalao (f 1633), Paul Lay mann (f 1635), etc. Nous avons nommé « les maîtres » par excellence dans la science morale, comme les appelle saint Alphonse; mais après eux et profitant de leurs savantes réponses aux difliciles questions du juste et de Tinjuste et aux plus délicats problèmes de la conscience, d*autres se mettent à la portée d'un plus grand nombre, et rendent les plus hum])les pasteurs capables de remplir fructueusement leur ministère auprès des i\mes. Nous trouverons ces vulgarisateurs de la théologie morale surtout dans le second siècle de la Compagnie. Là viendront également les auteurs qui ont traité spécialement et dans toute son ampleur le Droit canO" nique, dont les principes généraux sont déjà posés par les scolastiques moralistes.

Ajoutons qu'outre l'enseignement scolastique

de la théologie morale, les collèges de la Compagnie offraient d'ordinaire des leçons publiques de cas de conscience^ et souvent on les donnait même là où il n'y avait pas de chaires de scolastique. 11 ne s'agit pas seulement de conférences, où l'on discutait et résolvait les difficultés qui se présentent aux confesseurs et aux directeurs, mais aussi de vrais cours, destinés surtout à former ou compléter l'instruction des pasteurs populaires. On y exposait succinctement et clairement les principes de la théologie morale, en les motivant sans discussion scolastique, solidement quoique brièvement, et on en faisait ensuite Tapplication aux cas pratiques. Ces conférences et ces cours de cas de conscience, qu'on trouvait dans tant de maisons de la Compagnie et qui étaient d'ordinaire bien suivis, ont beaucoup aidé le bas clergé à se relever de l'ignorance qui le déshonorait dans presque tous les pays catholiques, vers le milieu du xvi* siècle.

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