INTRODUCTION IX
Ou qu'ils rêvent dans les longs jours de calme et d'attente, de forêts vierges et profondes, de fleuves puissants, de spectacles nouveaux et magnifiques, lui n"a plus qu'une pensée et qu'une ambition : voir bientôt s'allumer au firmament de l'Eglise comme des astres radieux, les âmes régénérées et converties ; voir grandir et fleurir la luxuriante végétation des peuplades groupées près de la croix.
Et voilà que le ciel exauce ses prières. De partout, poussés par la grâce, les collaborateurs lui arrivent : l'Anjou lui donne Monsieur de la Dauversiêre; la Champagne lui envoie Monsieur de Maisonneuve et Mademoiselle Mance; Paris lui apporte, avec les noms sonores et glorieux de ses plus Illustres citoyens, les ressources dont il aura besoin. Aussitôt les événements se hâtent. En 1641, on quitte la France ; en 1642, on est à Ville-Marie. Le 18 Mai, sur les bords du St-Laurent, auprès de la forêt qui a fourni à l'autel improvisé le bois de ses arbres séculaires et le décor agreste de son feuillage naissant, un autel se dresse, le sacrifice eucharistique s'offre dans l'imposante solennité de ses rites et Dieu prend possession du sol où des âmes héroïques vont maintenant se dépenser à la gloire de son nom.
Les années passent, lentement Ville-Marie se développe. Le colon, défricheur et soldat à la fois, fait peu à .peu la conquête des bois profonds et de la plaine inculte. De loin, M. Olier snlt ces progrès, connaît ces travaux, aspire à ces luttes. Non content de s'enquérir et de prier, il envoie des hommes, de l'argent, des vivres. Il voudrait venir luimême. Cette grâce lui sera refusée, en partie seulement. Quand une mort prématurée le ravit à l'affection de ses disciples, il laisse son zèle comme héritage. Les projets du père seront repris et exécutés par les fils.
X INTEODUCTION
Nous sommes en 1657. M. Olier est mort le 2 avril. Quatre mois plus tard, MM. de Queylus, Galinier, Soiiart, d'Allet, débarquent à Ville-Marie. Sur le rivage près duquel dorment, ancrés dans l'eau tranquille, quelques rares bateaux, ils s'arrêtent un instant pour contempler l'embryon de ville qu'ils ont sous les yeux. Tout près, le moulin à, vent, phks loin le fort, murs de maçonnerie disposés en quadrilatère et flanqués aux angles de courtines en bois ; derrière le fort un large ruisseau au-delà duquel s'élève la maison d'aspect sévère de M. de Maisonneùve ; ici et là, montant vers le coteau ou- longeant la grève, des sentiers gris dans le gazon vert, par lesquels on va vers les maisons les plus éloignées au nord ou, à l'est, vers la chapelle de Notre-Dame de Bonsecours en construction. C'est tout. ■ Ajoiitons encore cependant un trait à ce tableau : non loin de la maison du gouverneur en allant vers l'est, signalons l'Hôtel-Dieu. C'est ici que vont vivre d'abord les nouveaux arrivants. Quelques années plus tard ils s'installeront dans la maison du gouverneur avec les compagnons que la Providence leur aura envoyés. Au commencement du XVIIIe siècle leurs .successeurs s'établiront dans leur maison, leur maison à eux, la maison qu'ils auront construite, solide et humble comme leur vertu, et dont la porte cochère. surmontée d'un écusson, rappellera seule, sans grand tapage de réclame, qu'ils sont en même temps les seigneurs de toute la région.
La voie est ouverte. De Normandie et de Bretagne, de Champagne et de Provence, plus tard même de Suisse et de Lorraine d'Espagne et d'Angleterre, on la trouvera. A travers l'Atlantique, de la Kochelle ou de Bordeaux, oii de St-Malo à Québec et de là à Montréal, on la suivra en dépit de la mer orageuse et mauvaise, des calmes plats, des tra-