‹ La compagnie de Saint-Sulpice au Canada [microform]Chapitre 7 sur 47 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

se peuplaient chaque matin et souvent l'après-midi, pour les messes qui s'y succédaient depuis l'aurore jusqu'à huit heures, pour les prières communes que ramenaient chaque année les époques de pénitence, les neuvaines., les retraites, les Quar-ante-Heures. Un cérémonial soigneusement détaillé marquait alors à chacun ses fonctions et ornait l'église de l'entrée au sanctuaire, avec plus ou moins de pompe et de splendeur. Il multipliait aux fêtes solennelles les recommandations. C'étaient alors les grands jours de l'église. Des côtes et des coteaux on accourait vers elle, heureux de répondre à l'appel puissant de ses quatre cloches en branle. Quel spectacle : défilé des prêtres, chan- Ires en chape, enfants de choeur, élèves du collège, petites filles -et petits garçons des écoles, les Soeurs de la Congrégation et de l'Hôpital, les officiers publics, les militaires, un monde énorme dans les nefs et les galeries, tout le sanctuaire drapé de l'ouge, illuminé des cent lumières de ses grands lustres, le Supérieur du Séminaire à l'autel, en chaire l'un de ces Sulpiciens auxquels les premiers catalogHies accolent, d'une manière un peu naïve, l'épithête ronflante de "gi'and prédicateur", à l'orgue, l'union des instruments et des voix dans l'exécution d'une messe à saisissants effets. Spectacle réconfortant et béni ! Il aiura son influence heureuse sur les intelligences et sur les coeurs.

D'ailleurs, un zèle toujours actif, toujours en éveil, toujours à l'affût d'oeuvres et d'industries, lui donnera son complément nécessaire. Les confréries, les dévotions, les visites aux malades, les catéchismes, le culte des morts atteindront partout les âmes et les façonneront aux vérités surnaturelles. On le verra aisément parfois. Un moment, habitant d'une ville à qui l'afflux de plus en plus puissant d'étrangers fait i>erdre le caractère gardé longtemps et

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nettement marqué an doiible point de vue français et catholique, un moment, dis-je, je déserte le présent, je reviens de cent ans en arrière et, spectateur ému, j'assiste a\ix grandioses manifestations dont chaqiie année souvent et à des époques régulières, Montréal était le théâtre. A travers les cimetières, ù l'issue des vêpres, aux Eogations, à la fête St-Marc, j'assiste aux processions qui s'y déroulent an milieu des chants et des prières. J'y reviens à la Fête-Dieu, attiré cette fois par un déploiement de splendeurs dont les spectacles présents me donnent à peine l'idée. Au son des cloches de l'église et des chapelles, sous l'ombre flottante des drapeaux et des banderolles, saluée par les cantiques, les fanfares, les décharges de mousqueterie, escortée de chantres, de religieuses, de religieux, de prêtres, dans les fumées de l'encens et sur une voie jonchée de fleurs, la Sainte Hostie s'avance abritée par le dais aux franges d'or et adorée de tout un peuple à genoux. Mai finis'Sant, ou Juin, éclairait alors le ciel au-dessus de cette fête, parfumait la terre de fleurs naissantes et festonnait les arbres, de jeune verdure.

C'est dans ce décor de piété, de paix, de joie pure, que je replace ceux qui furent nos pères, avec leurs qualités modestes de patience, d'obstination, d'endurance, avec aussi les aptitudes brillantes qui leur permirent de marquer à leur empreinte les événements de leur époque. En dehors, ou plutôt <à côté de la vie paroissiale, ils eurent d'autres intérêts et donnèrent satisfaction à d'antres besoins. Deux communautés, celle de Notre-Dame et celle de l'Hôtel-Dien, furent tout d'abord l'objet de leurs soins. Avec eHes la leur forma cette trinité mystique dont la Sainte Famille de Nazareth devenait le modèle. Une antre leur fut adjointe plus tard, celle de l'Hôpitai-Général. Ici allaient les

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