RECUEIL SIREY
(SOCIÉTÉ ANONYME) 22, Rue Soufflot, PARIS (V°)
Le 11 avril 1791, l’Assemblée Constituante votait presque sans discussion un décret sur l’organisation du Ministère, dont l’article 4 était ainsi conçu : « Il y aura près du Ministre de la Justice trois gardes et un officier qui veilleront sur le sceau de l’État. Les Secrétaires du Roi du Grand Collège sont supprimés ». La loi du 27avril- 25 mai confirmait dans les mêmes termes la suppression des Notaires Secrétaires du Roi, de la Maison et Couronne de France. Ainsi disparaissait, entraînée par la Révolution, une des plus anciennes institutions de la France, dont plus de quatre siècles d'histoire n’avaient qu'assez peu altéré la physionomie.
La Compagnie des secrétaires du Roi, née de l’ancienne confrérie érigée par lettres patentes en date du mois de mars 1351:, ne pouvait au surplus survivre à un tel bouleversement. Les fonctions de ces officiers, les privilèges dont la Monarchie les avait comblés avaient suscité des haines trop profondes. On en retrouve encore l'écho dans une pétition déposée le 7 messidor an IT à la barre de la Convention , par la commune de Chabanais : « Il est de la justice de faire régorger aux sangsues du peuple les richesses qu’ils ont entassées ; rapportez donc le décret qui avait ordonné le remboursement des charges de trésoriers et de secrétaires du dernier tyran. Portez enfin les derniers coups à tout ce qui fait partie de cette caste financière. Ses injustices et ses dilapidations provoquent la colère et la vengeance nationales ».
1. Ces lettres sont datées de mars 1350, selonla numérotation en vigueur jusqu’en 1565, mais nous adopterons pour tous les textes antérieurs à cette date le calendrier moderne.
Robin 1
Sans doute ne saurait-on se fonder sur de tels textes pour porter un jugement impartial sur les secrétaires du Roi. De même les nombreux libelles, les factums qui au xvire et au xvirie siècles parlent de la Compagnie ne le font qu'avec une évidente partialité ou en censurant âprement son attitude. Faut-il croire que celle-ci n’est à cette époque « qu'un vaisseau rapetassé de tant de « morceaux différents qu’il ne lui reste plus rien, ou très « peu, de ce qu’elle a été », et que ses membres, « sem- « blables à ces météores que l’on a toujours méprisés «parce qu’ils sont formés des vapeurs grossières de la «terre et du limon, (ne sont que) des gens sans aucune « littérature, à qui l’ignorance a l’honneur d’appartenir, « (des) oiseaux de nuit qui ne voient point dans le grand «jour, (des) enfants des hommes... qui ont le vertige : ? »
Doit-on au contraire estimer qu’ils sont encore ces grands serviteurs de l’État, ces hommes d’éminente valeur dont parlent les lettres patentes de novembre 1482, « personnes notables, de grande science, vertu et expérience, sûrs et féables, de louable renommée et très approuvée connaissance et estimation ? ». Ne faut-il pas plus simplement penser
Qu'ils n’ont dû mériter
Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité, et ratifier le Jugement du maréchal Duc de Villeroy, gouverneur de Louis XV, qui présentait au Roi enfant la Compagnie en ces termes : « Sire, voilà la Compagnie des Secrétaires de Votre Majesté, qui vient témoigner à Votre Majesté la joie qu’elle ressent du rétablissement de Votre santé. Cette compagnie est une des plus anciennes et des plus considérables du Royaume. Les Rois prédécesseurs de Votre Majesté lui ont donné par distinction les plus beaux privilèges. Elle est composée de très honnêtes gens et elle a toujours été d’un très grand secours à l’État. Je puis assurer Votre Majesté de son Zclenne