‹ La Compagnie des Secrétaires du RoiChapitre 28 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

avaient autrefois amplement mérités, parce que certains d’entre eux ne s’acquittaient pas ou s’acquittaient mal de leur charge ? Certes ils apparaissent avoir été un peu âpres pour les défendre et pour en acquérir de nouveaux, et c’est parce qu’ils se trouvèrent de ce fait en lutte avec la plupart des grands officiers de l’État qu’ils ont devant l'Histoire une assez mauvaise réputation. On peut et on doit regretter une telle attitude : mais leurs adversaires, s’ils avaient eu ces mêmes privilèges, auraient sans nul doute défendu leurs droits avec la même passion. Cela prouve qu'ils étaient des hommes : qui pourrait s’en étonner ?

Au xvirie siècle se retrouvent les mêmes caractères. Mais le recrutement des secrétaires du Roi semble se modifier : la Compagnie accepte de plus en plus en son sein des financiers, des banquiers, des commerçants enrichis. Parmi les récipiendaires, on trouve beaucoup moins de nobles qu'’autrefois, et surtout dans la deuxième moitié du siècle les grands noms de France y sont assez rares. L’assiduité à la Chancellerie devient de moins en moins la règle, et Fleury, au tome II de son Droit Public de France, dit des secrétaires du Roi : « Quelques-uns travaillent, les autres ne le sont que pour le titre et les privilèges, et sont financiers et riches bourgeois ». Cependant les services financiers que la Compagnie rendit au Roi à cette époque — et dont l’ampleur est attestée par les chiffres que nous avons donnés — purent être, en raison même de ce fait, considérables. Certes les secrétaires du Roi remplissent alors fort mal leurs fonctions : mais par l’aide qu’ils apportent à l’État dans un autre domaine, et que leur fortune leur permet de lui apporter même dans les temps les plus difficiles, ils semblent mériter les privilèges attachés au titre dont ils se parent. La fonction même a perdu de son importance, mais la Compagnie reste grande parce qu’elle sert bien l’État.

Il faut reconnaître que de ce point de vue elle sut se montrer digne de son passé, digne de ses traditions et de sa grandeur : et, lorsqu'on étudie tout l'effort financier

fourni par la Compagnie au xvrie et au xvirre siècle, les termes du mémoire qu’elle déposait le 16 novembre 1771 devant le Roi ne paraissent pas trop exagérés. La Compagnie y proclame « qu'aucun corps, qu'aucune compagnie du Royaume n’a donné au Roi des preuves d’un zèle plus vif et plus vrai. Tous les membres, dit-elle, sans être excités, sans hésiter, sans se plaindre, ont fourni de leurs propres deniers. pour remplir les engagements pris par ordre et pour le service de Sa Majesté. Ils ne l’ont pas même fatiguée de demandes de remboursement du capital ni du paiement des intérêts. Ils ont attendu dans un silence respectueux les effets de Sa bienveillance et de Sa justice. Ils le feraient encore si leurs forces épuisées leur permettaient de nouveaux efforts ».

C’est ainsi qu’au cours de leur histoire, et sous des formes différentes, adaptées à l’évolution des institutions françaises entre le xrve et le xvrrre siècle, les secrétaires du Roi apparaissent avoir été toujours de zélés serviteurs du Roi. N’était-ce pas là servir l’État, puisque le Roi, force, principe, pensée même de l’État, était la France elle-même ? Au surplus, ils avaient pris pour emblème un essaim d’abeilles qui suit sa Reine, et pour devise Ducem Regemque sequuntur. Fidèles serviteurs du Trône et de l’Autel, ils le furent sans nul doute: c'était respecter leur serment. Peut-on leur adresser un éloge plus flatteur ?

Vu :

Le Doyen de la Faculté de Droit Vu :

de Paris : Le Président de la thèse :

H. BERTHELEMY. OLIVIER-MARTIN.

Vu et permis d’imprimer :

Le Recteur de l’Académie de Paris :

S. CHARLÉTY.

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