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CONCLUSION

Si l’on veut, au terme de cette étude de la Compagnie des Secrétaires du Roi, esquisser une conclusion concernant son importance dans l’histoire de l’Ancien Régime, et qu’on envisage pour cela dans une vue d’ensemble les divers aspects de son activité au cours des siècles, il semble qu’un fait principal doit dominer le jugement qu'il faut porter sur elle : c’est que la Compagnie n’apparaît pas toujours au cours de sa longue histoire avec la même physionomie. Au début, elle est avant tout une confrérie ; puis elle devient peu à peu un véritable collège administratif, et au xvirie siècle c’est le caractère de société financière qui semble le plus net.

Il ne faudrait pas cependant hâtivement conclure de telles observations que l’histoire de la Compagnie manque d’unité; nous avons essayé de montrer que son caractère de confrérie a subsisté jusqu’au xviri® siècle, et que de même/le collège a contribué, dès le Moyen Age, à aider le Roi lorsque celui-ci eut besoin de ses services financiers. Si la physionomie de la Compagnie n’est pas la même au xive et au xvirre siècle, c’est que les circonstances ont modifié le caractère de la charge de secrétaire du Roi, et que ces secrétaires ne sont plus en 1789 ce qu’ils étaient au Moyen Age. Mais, pour être différents, sont-ils moins utiles à la chose publique ?

Au xrve siècle, le Roi donnait à ses clercs notaires des missions de confiance, fort distinctes de la charge qu’ils avaient à remplir normalement en la Chancellerie. La conception que le prince s’en faisait était encore assez proche de celle des premiers notaires de France,

Des secrets de nos Rois sages dépositaires.

Le développement des affaires qui passaient à la Cour du Roi obligea ensuite les princes à spécialiser leurs secrétaires dans leurs fonctions. Celles-ci, moins brillantes, n’en présentaient pas moins une singulière utilité, et si nos vieilles ordonnances ont été si bonnes « que de plusieurs autres Royaumes, pays, seigneuries et contrées sont venus gens et messagers notables pour voir, enquérir et savoir la forme et manière du gouvernement..…, pour y prendre exemple et eux régler », c’est sans doute en partie à la science des secrétaires du Roi que le mérite doit en revenir.

Au xviie siècle, deux faits semblent avoir modifié l'importance du rôle qu'ils jouent dans l’État. L’élévation des Secrétaires d’État rend par contre-coup leurs fonctions moins considérées : et, si le lustre attaché aux charges des Secrétaires d’État rejaillit sur la Compagnie, dont ils sont des membres éminents, la gloire qu’elle en tire apparaît quelque peu usurpée. D'autre part la multiplication des charges, qui ne correspondait aucunement à des besoins réels, ne pouvait manquer de les avilir. Dès lors beaucoup de notaires ne travaillent plus, et les privilèges dont ils jouissent apparaissent immérités aux yeux du public. Cependant combien d’autres remplissaient avec conscience leurs fonctions dans les bureaux de la Chancellerie, dont le labeur ignoré contribuait au bon renom de l’administration française ?

Leurs adversaires eux-mêmes le reconnaissaient, et nous pouvons faire nôtre cette juste appréciation des référendaires : « Il y a (des secrétaires) qui honorent cette charge et à qui elle n’a rien donné..., il y en a au contraire que cette charge honore et à qui elle a tout donné », sans approuvèr d’ailleurs la phrase suivante en laquelle les référendaires déclarent, paraphrasant leur texte de façon peu aimable : «Les uns ont cette charge comme quelques imitateurs de la pauvreté évangélique ont un morceau de vieille étoffe cousu à leur robe neuve, et elle sert aux autres d’embellissement et leur est ce que Tertullien disait que le baptême est aux Juifs ». Mais pouvait-on retirer à tous les secrétaires du Roi les privilèges qu’ils

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