‹ La Compagnie des Secrétaires du RoiChapitre 9 sur 29 · Ms. fr · texte numérisé non relu

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août, un office aux Enfants Trouvés du Faubourg Saint-Antoine, pour le Roi et la Maison Royalei.

C'est aussi la Compagnie qui a la charge de la chapelle de la Chancellerie du Palais, fondée en janvier 1329 en exécution des dernières volontés de Charles le Bel. Elle nomme et rétribue les divers employés qui s’en occupent, et présente au Roi le chapelain, qui semble avoir porté le titre d’aumônier de la Compagnie. Elle jouit même sur ce point d’un droit de préférence visà-vis des autres officiers de la Chancellerie, puisque le 3 décembre 1702, à la suite du décès du desservant, Secrétaires du Roi et Grands Audienciers ayant nommé les uns et les autres un ecclésiastique pour lui succéder, et les premiers ayant insisté sur le caractère particulier de leur privilège, le prêtre nommé par les Audienciers dut se retirer.

Les rapports de la Compagnie avec les chapelains du Palais ne semblent pas cependant avoir été aussi confiants qu'avec les Célestins — et ceux-là ayant demandé en 1710 des gratifications supplémentaires, les secrétaires les leur refusent en considérant qu’ils ne font que dire la messe?. Leurs relations avec les Célestins furent au contraire toujours des meilleures, et ils ne semblent pas avoir bien souvent refusé leurs charités au couvent ?. Au cours des siècles, on les voit à chaque instant offrir au monastère ornements et objets religieux, calices et burettes en métal précieux, custodes et riches parements. Ils leur offrent aussi de nombreux vitraux et quatre grandes statues de bronze des quatre Evangélistes, pour mettre aux coins de l'autel.

En 1429, ils donnent aux Célestins une croix fort

1. Celui-ci avait été fondé moyennant 6.000 I. le 11 août 1677, d'accord avec les officiers de la Chancellerie. A dater de 1691 et vu le nombre croissant des secrétaires, la messe eut lieu à Notre-Dame de Pitié, dont l’église était plus grande.

2. Cela n'empêche pas d’ailleurs la Compagnie de leur accorder parfois des libéralités gracieuses, ou des retraites à des prêtres âgés : ainsi son aumônier étant en 1762 fort âgé et infirme, elle en nomme un autre tout en lui maintenant à titre honoraire ses fonctions et prérogatives. V[2] 72.

3. Le carton V[{2] 76 contient à cet égard d’assez nombreuses lettres du début du xve siècle qui sont fort intéressantes.

précieuse, en argent doré et pesant 3 marcs, « en laquelle est enclos du fût de l’arbre de la vraie Croix », pour être mise sur le grand autel de l’église et être portée en tête des processions qui seraient faites. D'autre part la Compagnie veille sur les privilèges que possède le couvent comme Secrétaire boursier du Roi : exemption des droits de büûche, de sceau et de greffe, des droits d'octroi et de passage sur le blé et le vin, etc... et pour cela elle intervient souvent dans leurs procès.

Cette harmonie semble n’avoir été troublée qu’une seule fois, au début du xvrre siècle, lorsque le provincial Charles Campigny décide d'installer un noviciat. La Compagnie s’y oppose, craignant d’en éprouver quelque dommage, et comme le Provincial s'inquiète assez peu de son opposition, elle la signifie devant le Parlement, où son avocat La Martelière s'élève vivement contre les actes du frère Campigny. Il y rappelle tous les bienfaits de la Compagnie : « Que sont ces nouveautés qu’on y veut introduire, le mal et le vice... de ceux qui ne recherchent que de commänder absolument et ne dépendre de personne ?... Ce nouveau général a commencé par une telle difformation (sic), qu'ayant chassé les anciens religieux du monastère de Paris. il les supprime par mort et fait défense de les plus recevoir pour vivre selon l’ancienne règle. Le dit Campigny et ses compagnons en sont venus à cet excès qu'ils ont arraché les monuments qui étaient dans leur église. ainsi que l’autel construit par les Secrétaires du Roi »!.

Le conflit, qui, on le voit, avait été assez grave, s’apaisa cependant et c’est sans nul doute dans la même barmonie qui les avait unis au cours des siècles que la Compagnie des secrétaires du Roi et le couvent des Célestins eussent terminé leur histoire au début de la Révolution, si en 1778 la suppression de l’ordre des Célestins n’était venue porter à la confrérie un coup fatal. L'ordre devait abandonner les 19 maisons qu’il

du + 10 CIE

possédait en France et qui lui assuraient près de 350.000 livres de revenu, et notamment sa maison de Paris, la plus importante avec ses vingt religieux et son revenu de plus de 78.000 livres.

Le 10 novembre 1778, un commissaire de la Commission des Réguliers'! vint faire l'inventaire des lieux : la Compagnie réclama tout ce qui lui appartenait, aussi bien ses archives que les ornements et objets qu’elle avait confiés aux Célestins pour le service du culte. Elle devait d’ailleurs conserver la libre disposition des pièces qu’elle y possédait. La grande salle du premier étage, où avaient lieu les assemblées des 6 et 7 mai, longue de 67 pieds sur 25 pieds de large et 20 de hauteur et lambrissée de fleurs de lys, est fort spacieuse. Au fond un grand tableau représente Jésus-Christ en croix, entouré des quatre Evangélistes, ayant à sa droite Saint Louis et à sa gauche Henri IV, le tout grandeur nature”. La Compagnie y place aussi les portraits des Rois que ceux-ci lui donnent : en 1776 elle a ceux de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. La Compagnie dispose aussi d’une autre salle, dont l’entrée se voit dans le cloître et au fronton de laquelle est écrit : Camera Collegii Notariorum et Secretariorum Regis.

Ainsi les secrétaires, qui conservaient leur installation, pouvaient-ils avoir l'illusion que rien n'était changé : mais la confrérie était morte. Sans doute jus-

qu’en 1783 le couvent fut destiné aux Cordeliers, qui

durant ces quelques années jouèrent auprès des secrétaires du Roi le rôle qu’avaient assumé les Célestins. Après cette date on célèbre encore en leur église divers services pour les secrétaires : mais aucun ordre n’occupe plus le couvent, où s’installe l’Ecole des Sourds-Muets. En 1787 cependant on crut que la confrérie allait revi-

1. La Commission des Réguliers, établie en 1766, avait pour but de combattre les abus qui avaient pénétré dans de nombreux ordres religieux. Un édit de 1768 leur ordonna de revenir à la vie commune, mais les Célestins refusèrent, préférant être sécularisés. Des brefs de Clément XIV et de Pie VI les sécularisèrent, et leurs biens furent mis sous séquestre.

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