‹ La Compagnie Du Très Saint-Sacrement De L'Autel: La Cabale Des DevotsChapitre 19 sur 37 · PAT WA A · texte numérisé non relu

PAT WA A

Cu,

Guillaume de Lamoignon ne perdit pas son temps. Dès le 1° juillet, on apprit à Paris que la Compagnie de Vitré était fondée !.

I faudrait entrer un peu dans l'intimité d’une de ces Compagnies provinciales. Nous l’essaierons à Grenoble. La société d’action catholique s’y organisa en 16442. Les circonstances de sa fondation sont inconnues. Son activité pendant huit ans nous échappe #, les procès-verbaux que l’on a d’elle ne commençant qu'en novembre 1652. Elle fut fondée sans le concours ni même l’aveu de lévèque. Pourquoi se cacha-t-elle de Pierre Scarron qui était pourtant un prélat zélé? Les confidences sur, ce sujet nous manquent. Elle entendait dominer dans l’ombre le chef spirituel du diocèse et ne point subir son autorité.

Il y avait des prêtres dans cette société religieuse qui repoussait la surveillance de l « ordinaire » : l’abbé de l'Hôpital, l'abbé Lambert, l'abbé du Croisil, l'abbé de la Rousselière, M. Marchier, prévôt de Saint-Sauveur d'Aix, deux chanoines, M. de Pésieux et M. Balme, et même le doyen du chapitre de Notre-Dame. Ils y parlaient librement de l'évêque, discutaient avec leurs confrères laiques les mesures à obtenir de lui, arrêtaient avec eux les moyens de le mener doucement; et jamais cette conduite ne paraît s'être heurtée à des scrupules bien vifs. Parmi ces laïques, un seul représentait la noblesse locale, M. de Saint-Ferjus. La plupart des autres appartenaient au Parlement, les conseillers de Guillemières, Guérin, de

! Annales, p. 8% b (B.-F. 152).

* Annales, p. 49 b (B.-F, 93).

# Est-ce une coïncidence ? Le 28 juillet 1644, le Parlement de Grenoble condamna au feu Marseille sans miracles, du pasteur Hugues Rollin, de Veynes, décréta de prise de corps l’auteur et l'imprimeur, poursuivit, pour avoir approuvé l'écrit, les pasteurs Bouteroue et Murat. Le rapporteur du procès fut un confrère, le conseiller de Ponat (Arnaud, Notice sur les imprimeurs de l'académie de Die, p. 36).

Ponat, de Combes, Roux, Marnais, Giraud, les présidents de Saint-André, de Beauchène et de Chevrières, l'avocat général de Gales.

La plupart de ces personnages laïques — sinon tous — se recrutaient dans un milieu spécial, dans les congrégations fondées par les Jésuites, surtout dans celle des nobles ou Messieurs, dite encore de la Purification, sans doute aussi dans celle des Grands Artisans ou Bourgeois, dite de l’Assomption. Les noms de MM. de Sautereau, de Ponat, de Beauchène, Roux, Giraud, Marchier, Marnais, probablement d’autres encore, sont communs aux procèsverbaux de la première de ces congrégations et à ceux de la Compagnie du Saint-Sacrementt. Ce fait seul révèle d’où part la direction occulte de la Compagnie. Celle-ci est le degré suprème de l'initiation, le degré mystérieux, ignoré du public, ignoré mème des stagiaires qui font leurs preuves dans la congrégation. Les congréganistes travaillent ensemble, s’édifient en commun, associent leurs rèves ardents de propagande ; ils ne savent pas que quelques-uns d’entre eux ont été choisis et comme mis à part pour une œuvre plus haute encore, et tout à fait secrète. De temps en temps, l’un d'eux reçoit la visite d’un ami aux côtés de qui, depuis des années, il prend part aux mêmes pratiques religieuses. Celui-ci, après bien des circonlocutions, lui demande s’il n’a pas imaginé, désiré une activité plus efficace encore que celle de la congrégation, et il finit par lui transmettre l'appel fraternel de gens qui travaillent dans l'ombre, qui l'ont apprécié et distingué, qui l'invitent à se joindre à eux. Et quand la révélation ultime lui est faite, il comprend que la congrégation, sans s’en douter, n’est qu'une armée aux ordres d’un État-Major dont personne ne soupçonne l'existence; et lui-même ne le connaît que le jour où il en fait partie. .

Elie Benoit a dénoncé, dès le xvn° siècle, l’action souterraine de ces congrégations des Jésuites. Il faut relire

4 Le P. Pra, Les Jésuites à Grenoble, p. 302-313.

son texte; et quand on pense à la Compagnie du Saint- Sacrement, certains passages s’en illuminent :

Il entre dans cette congrégation des gens de toute condition, des gens d'épée, des gens de robe, des marchands, des bourgeois, des artisans, des {gens même de la lie du peuple, qui, par la bassesse des emplois qu'ils exercent dans le monde, peuvent entrer partout, et remarquer des choses qu’on cacherait à des personnes plus relevées, mais qu'on ne déguise point devant ces petites gens, qui ne semblent pas capables d’en profiter. Les jésuites savent par ce moyen tout ce qui se passe dans les familles, les désordres qui les brouillent, les dettes qui les embarrassent, les affaires qui les incommodent, les inclinations des pères et mères.

Pour expliquer leurs séductions sur certaines âmes, il ajoute :

Ils ne manquaient pas de leur offrir ce qui était le plus propre à les tenter; et ils le faisaient ordinairement de si loin, d'une manière si fine, par des personnes interposées, qu'ils pouvaient avoir le plaisir d’un bon succès, et ne paraître point intéressés dans la honte d’un refus".

La Compagnie du Saint-Sacrement porta ces procédés à leur plus haut point de perfection. Les assemblées de la Purification de la sainte Vierge n'étaient pour elle que l’école d’application où se formaient, sans le savoir, ses meilleurs agents. Quand elle décidait de les initier, elle les connaissait de longue date, et leur affiliation était rapidement opérée. Les choses allaient avec moins de promptitude, quand le personnage, distingué comme une recrue désirable, n'avait point traversé de façon suffisante le stage de la congrégation.

Dans les premiers jours de 1657, la Compagnie de Grenoble jugeait qu'il y avait lieu d'augmenter un peu le nombre de ses membres. Les confrères furent unanimes à déclarer que M. de la Martilière, conseiller au Parlement, et M. de Chevrières, président de chambre, présentaient toutes les qualités requises pour être agrégés à l’œuvre sainte. Seulement, tandis que M. de la Marti-

‘ Histoire de l'Edit de Nantes, t. I, p. 586, 587.

lière était depuis longtemps membre et même « officier » de la congrégation, M. de Chevrières, qui venait de Dijon, n’en faisait pas encore partie ou y était trop récent. Avec le premier, on pouvait marcher sans scrupules et vite : le 11 janvier, M. de Ponat est chargé de lui parler ; le 26, il rapporte qu'il a trouvé un homme très bien disposé et désireux d’être admis ; on arrête, séance tenante, de le recevoir à la prochaine assemblée. Avec le second personnage en vue, une lenteur prudente était nécessaire. Le même 11 janvier, le directeur est prié de le pressentir. C’est une comédie qui s'engage alors, mais une comédie très sérieuse.

Quinze jours après, à la séance où l’on décide d’affilier M. de la Martilière, il est rendu compte de la démarche faite auprès de M. de Chevrières. Le directeur lui a fait visite et a eu avec lui une conversation très encourageante. A voir la conclusion de l’entretien, on en devine la marche. Les deux interlocuteurs ont causé du malheur des temps; ils ont gémi sur les misères qui s’étalent, sur le peu d'efficacité des œuvres individuelles, sur les audaces des libertins et des hérétiques. Ah! s’il pouvait y avoir une société bien humble, bien secrète, bien active, et qui entreprenne de combattre tousles maux et de faire tout le bien possible !.. Et plus ils en parlaient, plus ils se persuadaient de la nécessité de fonder une telle société. M. de Chevrières goûta fort le projet d'établir une semblable compagnie ; même, étant sur le point de partir en voyage, il recommanda à son visiteur, pour le cas où l’idée se réaliserait, d’en parler à MM. de Sautereau et Marnais.

Justement, M. de Sautereau et M. Marnais sont de la Compagnie. On les charge de continuer les négociations si bien commencées. Au retour du magistrat, ils lui font visites sur visites, ils ont avec lui des entretiens contits de dévotion. Lui fait la sourde oreille. Il croirait sans doute commettre une indiscrétion en reprenant l’échange de vues qu'il a eu avec le directeur. Plus ils se permettent d’allusions à ce qu'il faudrait faire, et plus il re-

double de prudence. Mais aussi plus il se tait, et moins les autres se croient le droit de lui dévoiler l'existence de la Compagnie. De quinze jours en quinze jours ou de mois en mois, les visiteurs de M. de Chevrières racontent l'impression profonde que leur fait sa piété, leur conviction qu’il serait un confrère parfait, et son obstination à n'avoir pas l’air de comprendre. En juillet, la Compagnie est sur le point de renoncer à cette recrue. Cependant un autre confrère, le grand-vicaire d’Albi, M. du Ferrier, qui est à Grenoble, offre de poursuivre ces entretiens plutôt bizarres. Il y met, d’ailleurs, la même circonspection que ses prédécesseurs. Enfin, le 28 février 4658 — il y a un peu plus d’un an que la conversation est commencée, — devant une ouverture plus franche, le magistrat déclare son désir d’être reçu dans la Compagnie; et celle-ci, reconnaissante, décide de l’introduire à la prochaine séance.

Il était difficile, avec de telles précautions, que le secret ne fut pas bien gardé.

Vue de la coulisse, où nous sommes, l’histoire locale de Grenoble ou du Dauphiné prend un aspect particu- Lier. I n'y a pas un corps officiel, pas un personnage important, qui n'ait à côté de lui quelqu'un chargé de le circonvenir, de le pousser délicatement où la Compagnie veut qu’il aille, de solliciter de lui l’action qu’elle désire. Le maréchal de Créqui, duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, est l'ojet de soins spéciaux. Un jour, il reçoit de Sa Majesté une lettre qui l'invite à lutter

‘ M. du Ferrier représentait à Grenoble son évêque engagé dans un procès contre les consuls d'Albi. Il avait été affilié à Paris à la Compagnie du Saint-Sacrement. À Grenoble, il était en rapports quotidiens avec les confrères; quand il fallut nommer un Conseiller rapporteur sur la plainte du prélat, le Parlement commit, tout naturellement, M. de Beauchêne dont nous allons rencontrer souvent le nom. Inventaire sommaire des archives départementales de l'Isère, B. 2.14%.

contre l'abus des'duels : c’est la Compagnie qui a jugé cette lettre utile et qui, par l'intermédiaire de M. du Ferrier et de plusieurs amis, a obtenu cette intervention du roi. Il rencontre d'honnèêtes personnes qui se plaignent à lui de scandales relevés dans les « académies » ; c’est la Compagnie qui a su les lui dépècher. Il fait tous ses efforts pour que les Pères de la Charité reçoivent la direction de l'hôpital général : c’est la Compagnie qui lui a mis cette idée en tête t.

L'affaire de l'hôpital général et du « renfermement » des mendiants est, d’ailleurs, une de celles qui montrent le mieux la Compagnie à l'œuvre. La « cabale » est représentée par quelques-uns de ses membres ou du moins par des amis sûrs dans tous les corps officiels qui s’en occupent. Elle a une demi-douzaine de confrères très actifs dans le « conseil des pauvres ». Quand elle le juge à propos, tels d’entre eux provoquent une assemblée de ce conseil; celui-ci a pour président un affilié de la congrégation des Jésuites, M. de la Rochette, et l’on n’a rien à se refuser entre « congréganistes ? ». A chaque réunion de ce conseil, les agents de la Compagnie présentent des doléances infatigables jusqu’à ce qu’on ait compris l’absolue nécessité de la fondation projetée. Ils aplanissent les difficultés, préparent des résolutions, prennent toutes les initiatives et en abandonnent l'honneur à d’autres qu'ils mènent comme par la main *.

Un obstacle, c’est le conflit qui a éclaté entre les consuls de la ville et l'abbé Lambert, directeur de l'hôpital

1 Procès-verbaux, 2 et 25 juin, 8 et 22 juillet 1655, 9 janvier 1659, 21 décembre 1660, 6 février 1661. Cf. Inventaire sommaire des archives municipales de la ville de Grenoble, BB. HI (7 mai 1661).

? Procès-verbaux, 6 juin, 28 novembre 1658. Le P. Pra, Les Jésuiles à Grenoble, p. 313.

3 On voit où a été préparée la brochure indiquée sous le n° 2079 par M. Maignen, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes el pseudonymes du Dauphiné (p. 273) : Projet charilable pour la subsistance générale des pauvres de Grenoble ,in-4, 144 p. Grenoble, chez A. Galle, 1658.

général et membre de la Compagnie t. Ils provoquent des démarches officieuses auprès des parties et, n’aboutissant pas, songent un moment à une intervention judiciaire :

Il a été résolu que M. Lambert serait prié de la part de la Compagnie de poursuivre son procès contre les consuls, lequel pourra donner occasion à Messieurs du Parlement de faire quelque bon règlement entre le recteur et les consuls qui mettra fin à ce désordre ?.

Puis ils s’avisent qu’un arbitrage calmerait mieux les esprits qu’un arrêt de la cour; et ils l’organisent. Ils s’arrangent pour que, des quatre arbitres, deux soient de la Compagnie, MM. de Ponat et Marnais, et les deux autres de la Congrégation, MM. les conseillers de la Rochette et de Belmont. Naturellement, tout se termine suivant leurs désirs :

M. Marnais rapporte que les arbitres ont décidé de retirer des registres de l'hôpital et de l'hôtel de ville les conclusions désavantageuses à M. Lambert; et qu'après, M. Lambert se démettrait de la rectorie; ce que Messieurs les consuls accepteraient avec des formes de remerciement des peines qu'il a prises pour les pauvres et de la satisfaction qu'ils ont de ses soins, ce qui serait couché sur les registres $.

Ce différend une fois réglé, on s’occupe des détails de l'entreprise. Les confrères arrivent au « conseil des pauvres » avec des idées nettes que le cénacle a discutées; ils apportent des projets précis qui ont été préparés par une commission de la société secrète et approuvés par la société elle-même en séance plénière # :

1? Archives municipales de la ville de Grenoble, BB. LU, 2 juin 1658, révocation du sieur Lambert, recteur de l'Hôpital.

? Procès-verbaux, 6 juin, 3 juillet, 6 août 1658, 20 mars 4659.

$ Procès-verbaux, 20 mars et 21 mai 1659. Je crois que le secrétaire de la Compagnie a commis une inadvertance en écrivant la première de ces deux dates ; il aurait dù inscrire un des premiers jours d'avril, car deux séances qui se suivent sont datées du 20 mars.

* Procès-verbaux, 15 et 29 juillet, 14 novembre 1660.

M. le prévôt Marchier a fait lecture de deux lettres, l’une du P. Ville, l’autre d’un missionnaire de la Palisse, toutes deux adressées à M. de Villiers, le premier offrant les services des Pères de la Charité, et le second celui des religieuses hospitalières pour la conduite de l'hôpital de Grenoble. On a jugé plus à propos de faire venir les Pères que lesdites religieuses. Néanmoins on a résolu que, pour digérer davantage la chose, ceux de cette Compagnie qui sont du conseil des pauvres s’assembleraient dimanche prochain pour prendre des résolutions plus précises et qu'ensuite M. Marchier les proposerait à M. de Villiers comme venant de soi et l'engagerait de les proposer au premier conseil des pauvres, où Messieurs de cette Compagnie qui en sont sont exhortés de s'y trouver pour appuyer lesdites propositions de leurs suffrages !.

Les confrères agissent de même avec le Parlement. Ils obtiennent de lui toutes les démarches nécessaires :

Pour ne laisser en arrière aucun moyen de parvenir à un établissement si utile, M. le supérieur ayant offert de faire la proposition le lendemain à la première chambre (où il avait sujet d'aller pour quelque autre affaire) d'en faire parler de la part de MM. du Parlement à M. le duc de, Lesdiguières, la Compagnie l’a prié de s’en ressouvenir et. M. de Beauchêne de soutenir cette ouverture avec les autres Messieurs de la Compagnie qui sont de la même chambre*,

On devine ce qui arrive. Dans chaque assemblée, ce sont ces hommes d'initiative, et bien au clair sur ce qu'ils veulent, qui prennent peu à peu la direction de tout. Ils font voter les mesures qu'ils désirent, écarter celles qu'ils désapprouvent. Ils s’y prennent si ingénieusement que M. de Villiers, chargé par la municipalité de conduire l'affaire, finit par prendre pour collaborateurs et confidents deux ou trois membres de la Compagnie et mettout son zèle à suivre, sans s’en douter, les instructions de la cabale 3%. Le traité signé le

4 Procès-verbaux, 30 novembre 1660.

? Procès-verbaux, 31 janvier et 26 décembre 1658, 9 janvier 1659, 7 avril 4661.

8 Procès-verbaux, 14 novembre 4660. M. de Villiers est membre de la congrégation de la Purification (Le P. Pra, Les Jésuites à Grenoble, p. 310), mais il ignore absolument l'existence de la Compagnie.

11 juin 4661 entre la ville et les Pères de la Charité t a été médité, préparé, rédigé dans les conciliabules de ces quelques meneurs ?; et, quand le renfermement des mendiants est bien décidé, c’est encore dans ces conciliabules que l’on résout toutes les questions financières et autres que cette mesure soulève l’une après lautre ?.

L'histoire de l'hôpital général n’est qu'un cas au milieu d'une foule d’autres. La Compagnie estime que le service de la bienfaisance doit être réparti entre les diverses sociétés religieuses de la ville ; les enquêtes se feront avec plus de méthode et il y aura moins de doubles emplois. Elle partage la ville en circonscriptions charitables et amène chacune de ces sociétés à se charger du « canton » qui lui est assigné. Elle fait en même temps l'œuvre de la police officielle, découvre les scandales et les dénonce à qui de droit; elle a, parmi ses membres, un avocat général au Parlement, M. de Gales, qui est toujours prèt à mettre le parquet en mouvement, Elle fait sévir contre les gens qui travaillent les dimanches et jours de fète, contre les cabaretiers qui donnent à manger de la viande pendant le carême, contre les brelans où l’on jure. Elle fait interdire des marionnettes pendant le carème et chasse des danseurs de corde qui se sont livrés à leurs exercices durant l'office divin. Elle réclame l'arrestation des filles de mœurs douteuses; quand les commissaires hésitent à les emprisonner sans mandat, elle a vite fait de leur procurer le mandat nécessaire “. Et si les pouvoirs publics ne s’'émeuvent pas, elle a recours aux grands moyens. Longtemps elle s’est occupée d’une fille surnommée la Dimanche. Pour la faire condamner, elle a patiemment réuni des témoins

1? Voir Inventaire des archives hospitalières de Grenoble, t. II (supplément), introduction, p. XII.

? Procès-verbaux, 5 et 19 mai 1661.

# Procès-verbaux, 9 et 11 mars, 13 et 20 avril, 21 mai, 28 juin, 18 et 20 juillet, à et 11 août, 7 septembre 1662.

* Procès-verbaux, 23 avril 1657, 13 novembre 1658, 6, 16 et 20 mars 1659, d, 12, 19 février, 26 mai 1660, 3 mars 1661.

contre elie. Mais,.le 4 mars 1660, on apprend que ceuxci ne voulaient pas déposer : « Ce qui a fait résoudre, continue le procès-verbal, de la faire enlever et mettre aux repenties. » L’on arrange aussitôt un guet-apens pour le bon motif :

M. d'Hugues a dit de connaître cette Dimanche et qu'il l'attirerait où l’on trouverait à propos. Sur quoi M. de Guillemières a été chargé de parler à M. de Chevrières pour parler à Mue du Faure et à la supérieure des Carmélites pour les vingt écus qu'elle a pour ce fait.

Le 18 mars, la Compagnie apprend que cette créature est internée.

La Compagnie ne se contente pas d'intervenir ainsi dans les affaires civiles de Grenoble. Elle surveille l’administration spirituelle du diocèse. Il y a un conflit entre le chapitre de Saint-André et celui de Notre-Dame. Elle s’en émeut et s'applique à y mettre fin. Elle amène les deux parties à confier leurs intérêts à des arbitres, elle travaille si bien que trois de ceux-ci, nommés par les deux chapitres, sont trois confrères et un de leurs amis qui s'entendent à merveille. Une fois le différend terminé, elle fait tout pour l'empêcher de renaitre!. Le saint sacrement n’est pas porté aux malades avec tout l’apparat désirable. On fait présenter sans cesse des observations à l’autorité compétente ; une fois, c’est le vicaire de Notre-Dame qui est réprimandé et qui promet de faire toujours sonner la cloche dans cette circonstance; une autre fois, c'est un autre prêtre qui reçoit des observations pour n'avoir revêtu, dans ce service, qu'une simple soutanelle. L’on réclame que ce respect pour le saint sacrement soit encore plus visible aux processions; les prédicateurs reçoivent mission d'engager à la modestie et au silence ceux qui prennent part à ces cérémonies et MM. les magistrats sont invités à donner le bon exemple en renonçant à faire porter la queue de leurs robes ?,

4 Procès-verbaux, 21 mai 1659, 8 avril 4660, 25 mai 1661.

? Procès-verbaux, 14 et 28 décembre 1656, 14 février 1658, 3 juin 1660.

Iln’y a pas un détail qui échappe à ces pieux surveillants Un curé de village est trop vieux pour bien remplir ses devoirs. On attire sur ce fait l’attention de l’évêque. On a remarqué que les curés « s’accommodent trop aux volontés des pères et des mères qui diffèrent beaucoup le baptème de leurs enfants sous prétexte d'attendre des parrains ou marraines ». On leur procure une admonestation du vicaire général. On a observé que les fidèles manquent souvent de tenue pendant les offices. Le clergé est conduit à s’en préoccuper ; une dame demandant une messe à la sacristie de Saint-André, il lui est répondu, à l’instigation de la Compagnie, « qu’il n’y en avait point pour elle à cause du peu de respect qu’elle avait à l’église? ». On fait réparer des sanctuaires, relever des clochers, construire des chapelles, nettoyer les alentours des monastères et des églises, avertir les prêtres qui ont une conduite suspecte, blâmer les prédicateurs qui emploient des termes inconvenants, organiser, après des outrages au saint sacrement, des processions et autres cérémonies expiatoiresÿ. On menace de poursuites un prêtre qui a tenu, devant témoins, des propos téméraires contre l’autorité du pape ‘. On instrumente contre un autre qui est accusé de sorcellerie5. On s'efforce d'établir l’adoration perpétuelle du saint sacrement. On travaille à hâter la canonisation du bienheureux François de Sales’... Qui dirige la vie spirituelle du diocèse ? Est-ce l’évêque ou la « cabale des dévots »?

Pierre Scarron n’évite pas lui-même des ingérences plus indiscrètes encore. Il y a longtemps que « Monsei-

4 Procès-verbaux, 20 mars 1659.

? Procès-verbaux, 30 septembre 1660.

5 Procès-verbaux, 23 mai, 6 juin, 6 août, 12 septembre 1658: 23 janvier 1659, 11 août, 4 novembre 1664, 20 juillet 1662, 3 juin 1663.

* Procès-verbaux, 5 et 12 août 1660.

5 Procès-verbaux, 22 et 29 juillet, 5 aout 1660.

$ Procès-verbaux, 6 août et12 septembre 1658, 17 avril 1659, etc.

1 Procès-verbaux, 17, 24 et 31 mars 1661.

gneur » n’a pas.fait la visite de son diocèse. On lui fait rappeler constamment son devoir : « À été résolu qu’on ne se lassera pas de lui en parler. » Le prélat ne se décidant pas, on voudrait qu'il confiât ce soin à l’évêque de Béthléem, Authier de Sisgau, qui est bien dans l’esprit de la Compagnie. Il y a des moments où il est sur le point de céder ; puis il soupçonne que toute son autorité passerait entre les mains de ce nouveau venu, il se ressaisit, et il refuse. Le cabale l’obsèdera jusqu’à sa mort. Elle y mettra d'autant plus de zèle que, dès 1664, elle est informée que le successeur de Pierre Scarron sera un « prètre de l’Oratoiret. »

1 Procès-verbaux, 20 déc. 1657, 3, 17, et 31 janvier 1658, ... 21 janvier, 27 fév., 9 mars, 41 et 21 juin, 24 et 31 juillet, {er avril, 11 et 18 sept. 1664,

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