II
Il n’y avait qu'à imiter ce qu’un confrère, M. Olier, curé de Saint-Sulpice, avait fondé dans sa paroisse. La misère avait été terrible, en 1650, dans ce faubourg comme dans tous les autres. « Beaucoup de familles honteuses, nous est-il dit, se trouvèrent en de si prodigieuses extrémités qu'ayant vendu leurs meubles pièce à pièce pour avoir du pain, de très bons artisans furent réduits à coucher sur la paille, et vivre de la chair des chevaux qu’on trainait à la voirie. » Le lundi de Pâques, 2 avril 1651, le curé appela à son secours les paroissiens qu'il assembla en grand nombre dans la salle du presbytère. La société qui se forma de la sorte commença par vérifier le rèle des pauvres honteux; elle trouva « 856 familles qui renfermaient 2,496 bouches, réduites à de telles extrémités qu'aucune des relations qui jusqu'ici nous ont été données des pauvres de Picardie, Champagne et autres provinces qui ont souffert le passage ou séjour des armées, n'excède le rapport des bourgeois qui furent chargés de visiter ceux du faubourg Saint-Germain {. »
En peu de temps, cette société eut son programme d'action. Dès 1652, elle pouvait le résumer ainsi : « Entretenir 22 orphelins de père et de mère, secourir 143 familles qui n’ont aucune ressource, faire instruire et occuper aux écoles 400 enfants, qui se perdaient dans l’oisiveté, retirer les pauvres filles dénuées de connaissance, et qui se trouvent sans condition, en de mauvais lieux, ou parmi des hérétiques, assister les malades ».
La Compagnie du Saint-Sacrement a-t-elle suggéré ce programme à M. Olier, ou bien le lui a-t-elle emprunté? On n'en peut rien savoir. Mais, le 27 octobre 1652, elle décide de le réaliser sur d’autres points de Paris. Elle
4 On trouve ces détails dans l'introduction de l’opuscule sui-
vant : Ordre établi dans la paroisse Saint-Sulpice pour le soulagement des pauvres honteux (Paris, chez François le Cointe, 1692).
crée, cette année, les sociétés de Saint-Eustache et de Saint-Nicolas-des-Champs; elle prète son concours à celle de Saint-Sulpice. Elle est tellement frappée des avantages de cette organisation qu'elle veut l'étendre, au plus vite, à toute la capitale. Du Plessis-Monthard est chargé de cette mission en 1654. Dès 1655, surgissent les sociétés de Saint-Paul et de Saint-Étienne-du-Mont ; celles de Saint-Séverin et de Saint-Germain-l’'Auxerrois suivent bientôt !. Les confrères, délégués pour veiller à la naissance et au progrès de ces sociétés, travaillent si bien qu'ils les amènent à accepter des règlements, entièrement calqués, mutatis mutandis, sur ceux de la Compagnie; on retrouve dans ceux-là jusqu’à la lettre de ceux-ci ?. On y rencontre surtout les ambitions et la méthode que nous connaissons :
Les emplois de la Compagnie (de charité) sont les besoins généraux et particuliers de la paroisse, spirituels et temporels,
1 Annales, p=TI &, 73, 82, 87, 94b (B.-F. 129, 131, 147, 156, 168), etc.
# Voir, par exemple, l'Ordre de conduile pour l’exéculion des règlements des assemblées des paroïsses el police des compagnies. Les séances s'ouvrent par la prière Veni Creator et se terminent par Laudate Dominum omnes gentes et une des antiennes de la Sainte Vierge conforme au temps (Cf. Annales, p.147, B.-F. 251). « Il ne sera parlé à la Compagnie que de choses qui regardent la gloire de Dieu et les besoins du prochain » (Cf. Annales, p. 144, B.-F. 245). «L'on ne se lèvera qu'à l'arrivée de M. le curé seulement... L'on prendra séance sans distinction de rang ni de condition ; et ceux qui arrivent les premiers prendront les premières places en simplicité, pour éviter les pertes de temps et cérémonies inutiles. » (Cf. Annales, p. 147, B.-F. 951). « L'on commettra quelques-uns de la Compagnie autres que ceux qui ont fait la proposition ou donné le billet pour s'informer de la vérité des faits et du besoin » (Cf. Annales, p. 149 b, B.-F. 254). «Avant la clôture et la levée de toutes les assemblées, tant générales qu'ordinaires, l'on députera toujours deux des assistants pour communier à l'intention de cette œuvre dans la quinzaine, et un troisième pour visiter de la part du corps ceux des messieurs qui sont malades. Et si quelques-uns d’eux ou des bienfaiteurs de l'assemblée étaient décédés depuis la dernière séance, la compagnie déterminera le nombre des messes qu'elle désire faire célébrer pour le repos de leurs âmes. » (Cf. Annales, p. 445 D, 146 D, B.-F. 248, 250). On pourrait multiplier ces rapprochements.
les abus de pareille nature et les remèdes. La fin est d'y donner ordre selon son pouvoir et empêcher tout le mal possible et procurer tout le bien possible. L’empêchement du mal consiste principalement : à procurer qu'il n'y ait point, dans l'étendue de la paroisse, d'impiétés, blasphèmes, scandales publics, de mauvais lieux, de brelans, de tabacs, d’académies et autres semblables, et ce par les voies ordinaires, charitables, évangéliques, excitatives, soit envers les personnes intéressées, ou supérieurs et magistrats; à empêcher la perte des filles, les entreprises des religionnaires, la sollicitation des catholiques, et tout ce qui regarde, dans l'étendue de la paroisse, la religion et la pureté, soit à l'égard des ecclésiastiques ou laïcs.
On s’efforcera de découvrir secrètement tous ces désordres, puis on les fera connaître au curé qui interviendra. À son défaut, d’autres se chargeront d'agir. Ce qu'il y a de piquant ici, c’est que la cabale a trouvé le moyen de mettre ses agents les plus sûrs à côté d’un clergé paroissial dont elle déplore souvent l'esprit. Les curés de Paris sont, pour la plupart, favorables au jansénisme. Au lendemain des Provinciales, ils demanderont, d’abord au grand-vicaire de l’archevêque, puis à l'assemblée du clergé, la condamnation des « proposilions de morale relächée ». En 1658, ils attaqueront la scandaleuse Apologie pour les casuistes, du P. Pirot. La Compagnie installe donc ses affidés auprès d’eux. Par les sociétés de charité, elle s’insinue dans leur activité pratique, elle les surveille, elle les dirige souvent à leur insu. Le curé de Saint-Étienne-du-Mont est flanqué de M. Pépin; celui de Saint-Paul l’est de M. Bouleau.
Ce n’est pas la première fois que le clergé paroissial subit l'impulsion de la cabale. En 1637, à la suite de longues délibérations, la Compagnie avait décidé de veiller mieux sur l’état spirituel des mendiants qui recevaient l'assistance dans les églises. A son instigation, les curés furent priés de n’accorder leurs aumônes qu’aux misérables qui accepteraient de suivre un catéchisme. Plusieurs s’empressèrent d’entrer dans cette voie et la Compagnie, sans se démasquer, s’arrangea pour leur procurer des religieux chargés de les aider dans cet en-
seignement. Un mémoire que fit M. de la Roche du Maine sur ce sujet est perdu, et c'est dommage. Mais on en retrouve l’esprit dans les principes qui doivent, d’après les sociétés de charité, guider l'assistance aux pauvres honteux !.
L'assistance n’est due qu'à ceux qui pensent bien et pratiquent correctement. Doivent en être exclus « les religionnaires, s’il n’y a disposition à leur conversion ou quelque ouverture pour l’espérer..., les catholiques qui tirent charité des religionnaires ou qui mettent leurs enfants apprentis chez les religionnaires..., ceux qui négligent de se faire instruire, qui n’envoient point leurs enfants à l’école et au catéchisme de la paroisse ? ». L’aumône doit être un encouragement à bien penser et pratiquer :
La vue continuelle que l'on aura comme la fin principale de cette assemblée, ainsi que de toute aumône chrétienne, sera de ramener incessamment les pauvres à l'esprit et aux devoirs
de la religion, ce qui fait presque toujours leur plus grand besoin $.
Et cette pédagogie spéciale use des menaces aussi bien que des exhortations :
Si l’on rencontre des pauvres qui ne soient pas suffisamment instruits aux principes de la foi, ou qui négligent de s'acquitter de leurs devoirs, on les avertira que, s'ils ne changent, on les abandonnera; comme, en effet, si dans le mois suivant, ils ne se sont fait instruire et qu'ils ne rapportent le témoignage de celui qui les aura catéchisés, on leur refusera l'aumône jusqu'à ce qu'ils aient satisfait à ce que dessus#,
Mais, d’après le programme que nous avons vu, il est
1 Annales, p. 19, 19 b (B.-F. 41, 42).
? Ordre à tenir pour la visite des pauvres honteux, p. 4 et 5 (en appendice aux Règlements de la compagnie de charilé de Saint-Germain-l'Auxerrois, Paris, 1658).
* Ordre à tenir dans la paroisse Saint-Sulpice pour le soulagement des pauvres honteux (Paris, 1652, chap. I, art. 1).
‘ Ordre à lenir dans la paroisse Saint-Sulpice, etc., chap. I. art. 8).
clair que la distribution des aumônes, même transformée en méthode de propagande; n’est pas le seul objet des sociétés de charité. La police spirituelle est un de leurs devoirs. L’Instruction pour la visite des cantons des paroisses insiste sur l'importance qu'il y a à découvrir le mal. Elle le répète à satiété. Un de ces paragraphes est ainsi conçu :
Des religionnaires : observer leurs séductions, dogmatismes, prèches, assemblées, hôpitaux, écoles, profanations, irrévérences, sollicitations de domestiques, transgressions des fêtes et autres semblables.
Et comme le rédacteur de ce document sait l’importance de cet espionnage, il ajoute à ses exhortations des conseils pratiques:
Les adresses principales pour parvenir à la connaissance de tous ces besoins spirituels et temporels, et de tout le bien en général à faire, et mal à empêcher, sont : 4e d’avoir une correspondance intime avec l'ecclésiastique préposé dans le canton, lequel ayant connaissance des malades et des besoins plus ordinaires des pauvres, est toujours instruit de l’état des lieux, soit pour le bien, soit pour le mal; 2° d'avoir une correspondance avec quelques-unes des dames de l'assemblée de paroisse plus proche et voisine du canton pour en apprendre aussi ce qu'elles en savent; 3° par le commissaire du quartier l’on peut encore savoir beaucoup de désordres, parce qu'ils en reçoivent ordinairement des plaintes, quoique difficilement ils puissent y apporter remède ; 4 par les médecins, apothicaires et chirurgiens charitables de la paroisse, les sœurs de charité et autres qui s'occupent d'ordinaire aux bonnes œuvres, lesquelles savent mieux qu'aucun autre les divisions des familles, leurs besoins pressants, le libertinage, dérèglements et autres pratiques qui vont au scandale et à la mauvaise édification: 5° par une application particulière de chacun des préposés à observer tout ce qui se passe pour ou contre la gloire de Dieu dans son canton, invitant quelques bons bourgeois, artisans ou autres, d'y avoir l'œil, et lui en donner avis. »
Pour amener la société à son état parfait, il ne restait
1 Instruction pour la visile des cantons des paroisses, p.3. Cet imprimé se trouve dans le recueil factice de l'Arsenal que nous avons déjà cité et qui contient l'important document manuscrit dont il va être parlé. (Ms. 2565).
qu’à assurer la division du travail dans chaque paroisse etla centralisation en quelques mainsdes renseignements obtenus dans tout Paris. Or, nous voyons que, dès les premières années, à Saint-Eustache, à Saint-Germainl'Auxerrois, à Saint-Paul, les rôles sont admirablement distribués. Chaque paroisse est partagée en plusieurs quartiers ou cantons ; et chacun de ceux-ci est confié à quelques membres de la société qui, tour à tour et pendant un mois, l’inspectent « pour examiner ce qui se fera pour ou contre la gloire de Dieu, et qui regarde le bien du prochain, et pour en faire rapport à la Compagnie ». Deux membres sont préposés à la visite des prisons, deux à celle des hôpitaux, deux au soin des pauvres honteux; et deux autres sont chargés de « veiller sur les jureurs et blasphémateurs du Saint nom de Dieu, et autres désordres et scandales qui se commettent dans l'étendue de la paroisse { ».
Il fallait ensuite faire converger des efforts si bien répartis. Le 1% février 1656, les délégués de plusieurs assemblées de paroisse se réunirent chez M. Le Conte, administrateur de l’Hôtel-Dieu ; c'était afin « d'établir entre ces assemblées une union étroite, de se signaler le bien à faire, de s’entr’aider, de rendre les règlements uniformes? ». Par une rencontre qu'il faut noter, la séance a lieu chez un membre de la Compagnie du Saint- Sacrement, et sur douze délégués, huit au moins, peutmême neuf, nous sont bien connus comme des affiliés du saint complot : MM. Leschassicr, Drouard, du Plessis, d'Ormesson, de Garibal, Bouleau, Pépin, de la Place, Joly*. M. Aubéry, qui n’est pas nommé comme représen-
? Règlements de Saint-Eustache (1654), p. 29; de Saint-Germain-l’Auxerrois (1658), p. 9 et 12; de Saint-Paul (1656), p. 4.
? Le petit manuscrit, auquel les détails qui suivent sont empruntés, est intitulé : Assemblées pour les pauvres de Paris.
$ Les noms des sept premiers sont fournis par les Annales de d'Argenson ; celui du huitième, par les Procès-verbaux de la compagnie de Grenoble (12 juillet 1657). D'autre part, le 20 mars 1659, la même Compagnie reçoit de celle de Paris une lettre signée : Joly. Il est impossible de ne pas penser au personnage
tant d’une paroisse, tient la plume ; il est un des agents les plus actifs de la cabale.
Certes, ces personnages ne négligent pas d’étudier les statuts des diverses sociétés et de Les mettre d'accord. Le résultat de leur travail nous a été conservé. C’est le document publié chez de Nego, à Paris, et intitulé : Règlement des paroïissest. Mais quelques procès-verbaux, heureusement conservés, nous font assister à des délibérations bien plus importantes.
Le 14 février 1656, les délégués des sociétés paroissiales sont avertis que « MM. du Clergé, en leur assemblée, avaient nommé quelques-uns d’entre eux pour faire un cahier des contraventions de ceux de la Religion prétendue réformée à l’édit de Nantes et de leurs entreprises ».
Le 25 février, ils sont informés de la suite que la société de Saint-Sulpice a donnée à cette nouvelle :
La Compagnie a député M. Dupuy, conseiller au Châtelet, et M. d'Humery, pour dresser des mémoires de ce qu'ils en savent dans le faubourg, et Messieurs ont été priés de leur administrer les connaissances qu'ils en ont.
Le 6 mars, l’assemblée a lieu de nouveau chez M. Le Conte :
qui porte le même nom et qui siège dans le comité central des sociétés paroissiales. Qui est ce Joly ? Certains indices m'ont fait soupçonner parfois Claude Joly, depuis évêque d'Agen, d'appartenir à la cabale. Est-ce de lui qu'il s’agitici? I y a une difficulté : celui-ci est bien un ecclésiastique, mais il représente la paroisse de Saint-Eustache ; et Claude Joly est, depuis 1653, curé de Saint-Nicolas-des-Champs. — Les autres délégués sont : l'abbé Gédouin, MM. du Monceaux et Michel. Rien ne dit s'ils sont ou ne sont pas membres dela Compagnie. Aux séances ultérieures de ce comité central, nous trouvons MM. Lavocat, de Santeuil, de Cornuailles, de Colanges, Aubert, Loyseau, Le Roux et Baïllot; ces trois derniers sont bien du « Saint- Sacrement » ; d'Argenson les cite.
4? Ce règlement général, qui donne son titre à la brochure, est suivi de l'Ordre de conduite pour l’exéculion des règlements des assemblées des paroisses et police de la Compagnie, de l'Instruclion pour la visite des cantons des paroisses, et de l'Ordre à lenir pour la visite des pauvres honteux. L'exemplaire de la brochure que j'ai sous les yeux est de 1669. Le petit manuscrit dont je vais fournir des extraits montre quel travail de comparaison a préparé la rédaction de ces règles ou conseils.
A été fait rapport de ce qui est ci-devant de la paroisse de Saint-Sulpice et sur ce que Messieurs des paroisses ont été avertis de faire des mémoires des entreprises de ceux de la R. P.R. Messieurs de Saint-Nicolas ont dit qu'ils y travaillaient... À Saint- Nicolas a été résolu de ne louer aucune maison à ceux de la R. P. R., cela étant de la liberté de chacun.
Du lundi 43 mars :
A été rapporté que l'assemblée de Saint-Paul, pour ce que plusieurs de la religion prétendue réformée logent dans le faubourg de Saint-Antoine, a trouvé deux personnes expertes en la controverse et leur donne le logement et cinquante écus à chacun par an, lesquels font conférence publique les fètes et dimanches dans la chapelle de Sainte-Marguerite.
Séance du 1°" mai :
A été rapporté qu'un nommé de Valons, huguenot, logeant en la rue du Meuzir, paroisse de Saint-Etienne-du-Mont, enseignait le grec et le latin. M. Pépin a été prié de s’en informer.
Sur ce qui a été rapporté qu'à Saint-Etienne-du-Mont, la distribution des aumônes faite par des prêtres peut induire à des sacrilèges les pauvres de mauvaise volonté qui se confessent à eux et reçoivent les sacrements avec intention d'en tirer l'aumône, qu'il ; a indécence et occasion de mal parler à ceux qui voient des prêtres chez des femmes et filles, vu qu'en autres compagnies. un ecclésiastique et un laïque ou deux laïques ensemble font les visites, principalement chez les femmes et les filles, a été résolu que M. le curé de Saint-Etienne sera averti suavement de ce que l'on a remarqué, sans lui nommer sa paroisse.
A été représenté combien l’on commettait d'irrévérences dans les églises pendant la messe, principalement en celles des Capucins du Marais, de la Merci, des Minimes de la place Royale, des Blancs-Manteaux, des Augustins déchaussés, et en l'église de Notre-Dame lorsque la reine y entend la messe. Est résolu que MM. les curés seraient priés d'en parler à leurs assemblées du mois.
À été résolu de prier MM. les curés d'aviser aux moyens d'empêcher les femmes et les laïques d'entrer dans la balustrade des autels, et a été remarqué que ce désordre est plus grand et plus commun aux églises des monastères.
À été représenté qu'il se commet de grands désordres dans les ateliers auxquels on voit travailler indifféremment les hommes et les femmes ensemble, et a été résolu de chercher les moyens de l'empêcher, soit par les maîtres maçons, entrepreneurs et autres, et d'en parler à leur communauté...
A été lu un mémoire contenant beaucoup de choses qui se font dedans et dehors la ville contre la sanctification des fêtes, desquelles le seul remède paraissait en la main des officiers de police. A été résolu de donner des copies de ce mémoire à Messieurs les députés pour le voir et y ajouter encore ce qui viendrait à leur connaissance. d'étudier les règlements de police et les sentences et arrêts intervenus sur iceux et chercher les remèdes.
Du 12 juin :
A été dit que, dans le faubourg Saint-Marceau, l’on avait fait un prêche luthérien le jour de Pentecôte en la maison du nommé Becquet, sous prétexte que c'est un traiteur, et que, sur l'avis que l’on eut qu'ils s’y voulaient assembler le lendemain, on travailla pour les en empêcher, et ils n'osèrent venir. L'on en doit informer.
A été proposé quel moyen on pourrait avoir pour empêcher les foires et marchés pendant les fêtes, d'autant qu'à la campagne il n'y a aucune fête exempte de ces désordres qui en attirent une grande suite d'autres.
A été parlé des grands désordres qui se commettent la vigile et le jour de Saint-Jean aux feux que l'on fait par les rues, et s'il y avait moyen de procurer que l’on fit en chaque paroisse un feu paroissial; et pour cet effet on a distribué à Messieurs les députés les petits livres dressés à cette fin à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Messieurs de la paroisse Saint-Paul ont rapporté que ce feu paroissial se fait le soir à l'issue de matines, devant la croix, en la grande place en la rue Saint- Antoine, devant les jésuites, où le clergé chante des hymnes, comme aussi à Saint-Etienne, et que cette cérémonie n'empêche pourtant pas les feux que font les particuliers devant leurs maisons, autour desquels l'on commet beaucoup d'indécences.
A été parlé d’un prêtre apostat marié et qui tient des écoliers en pension sur le fossé derrière l'hôtel de Condé au faubourg Saint-Germain. M. le doyen de Rouen a promis de donner copie d’un arrêt du Parlement de Rouen et d'un autre du Parlement de Paris contre un prêtre de Nevers, et aussi un factum de cette matière.
Sur la fin de l'assemblée, il fut parlé d'un long mémoire contenant les abus qui se commettent par le travail que font toutes sortes de gens contre la sanctification des dimanches et fètes. L'affaire a été remise pour en parler à loisir.
Du 49 juin :
Le mémoire des contraventions à la sanctification des fêtes
fut lu. Diverses ouvertures furent faites ; et on proposa de conférer avec quelques commissaires du Châtelet que l’on trouverait plus affectionnés à la gloire de Dieu et principalement de ceux qui auraient quitté leurs charges.
Du lundi 3 juillet :
Sur la proposition du maitre d'école huguenot, apostat prètre, demeurant au faubourg Saint-Germain, dont est parlé ci-devant, a été dit que le syndic des maïires d'école peut agir contre lui par faute de lettres de maîtrise, ensuite de la sentence de l'official dudit Saint-Germain 1649, contre un huguenot.
A été rapporté que la nommée Chevalier, femme du nommé Delville, bannie par arrêt pour cinq ans, était de retour en cette ville, et qu'il y aurait moyen de la faire venir en certaine maison du faubourg Saint-Germain. A été résolu qu'il se fallait employer pour la faire prendre *.…
Il est clair que ce comité central des sociétés paroissiales de charité ne retient pour lui que les affaires de quelque conséquence, celles qui exigent une démarche délicate ou un effort collectif. Les délégués ne lui transmettent que-ce qu’ils ont choisi parmi les dénonciations apportées a l’une ou à l’autre des assemblées particulières. Nous sommes donc fixés sur un point. La Compagnie du Saint-Sacrement a développé l’espionnage sacré dans la mesure même où elle a pu organiser la charité. La distribution des aumônes ne sert pas seulement à rendre plus accessible à la prédication catholique l’âme des misérables que la souffrance tend à fermer. Elle ne fournit pas seulement un moyen d'imposer au pauvre un catéchisme en échange d’un morceau de pain. Elle permet d’insinuer partout des hommes et des femmes avides de surprendre tous les secrets, de découvrir les scandales cachés, de suivre à la piste tous les mal pensants. Et la cabale parvient ainsi à posséder une police spirituelle qui est autrement terrible que celle même qu’organisera un la Reynie. L'administration officielle ne
‘Il s’agit ici d'une créature qui occupa souvent la Compagnie. Cf. Annales, p. 85, 136 (B.-F. 152, 233). Cf. Loret, Muse historique, T août 1655.
eulent or aucun oten et dent de leurs intentions ce que les consciences