er décembre
A. — U article Rigault ne peut guèie être que celui du Journal des Débats du 5 août, sur Fanny. (Cf., infra, 105 A, pareil retard de la part de Feydeau à communiquer à Flaubert un important article de critique.) Après avoir accusé Feydeau d'imiter servilement les procédés de M. Flaubert, le critique continue :
« Les adjectifs même prennent entre les mains de M. Fej'deau, comme dans celles de M. Flaubert, une prétention descriptive qui nous ramène à l'enfance de l'art... Comme M. Flaubert, M. Feydeau se complaît à peindre dans un paj^sage ce que d'ordinaire on s'abstient de peindre ou ce qu'on peint d'un mot... comme M. Flaubert, il mêle au trivial une préciosité et un raffinement infinis... Enfin, comme M. Flaubert, M. Feydeau pousse la recherche du vrai jusqu'aux dernières limites du faux. «
Si Flaubert rugit au commencement de l'article, la fin dut, en effet, le faire éclater de rire :
« Je ne trouve nulle part dans le hvre de M. Fej-deau la trace suffisante d'une intention morale qui rachète l'immoralité flagrante du sujet... La moralité d'un ouvrage est moins dans l'ouvrage même que dans son auteur... Tant vaut l'homme, tant vaut le livre.
« M. Feydeau, je n'en saurais douter, aime le bien et déteste le mal ; mais le sentiment moral ne s'est pas assez clairement fait jour dans son livre...
« Aussi. . . ne vois-je pas distinctement quel dessein moral a pu se proposer l'auteur. » (Voir les Œuvres complètes de H. Rigault, Paris, 1859, vol. IV, pp. 528-541, aussi ses Conversations littéraires et morales, Paris, 1859, pp. 310-324.)
B. — Voilà huit jours que je suis complètement seul. Mn^^ Flaubert est-elle définitivement partie pour Paris ? (Cf. 47 A.)
C. — Ça commence à marcher, c'est-à-dire à m'amnser. Cf. lettre 47 : « Je crois que ça va aller », etc., et surtout lettre 49 : « Je ne travaille pas trop mal... ça commence à m'amuser bougre-
ment, » et lettre 50 : « Je commence enflii à m'amuser dans mon œnvre. » Sans cette note de contentement, il faudrait placer cette lettre vers le 6 août, à cause de l'article de Rigault ; cf. aussi Mon vieux Brrrrûlant, lettre 44. (On ne doit rien conclure des autres rapprochements à faire : Je suis complètement seul — Je travaille raide — Je gueule à me casser la 'poitrine, des expressions analogues se rencontrant à maintes reprises dans cette correspondance.) Mais, à cette époque-là, le moral de Flaubert, aux prises avec son chapitre d'expHcations (cf. lettre 42), était très différent de celui que nous avons ici, comme on peut le voir par la lettre 44 : « Je ne suis pas gai. J'ai une mauvaise humeur continue. Mon âme, » etc.
Rem. — La datation de cette lettre restera incertaine jusqu'à ce que quelqu'un puisse — ce qui m'a été refusé — examiner la lettre de Feydeau à laquelle Flaubert répond.