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MODE MIXTE

FIG. 3<j.

COMP. DECOR

exactitude réclamera en outre, pour produire Peffet décoratif, un certain arrangement dans Tassemblage, un choix judicieux et une mise en valeur des plus beaux éléments.

C'est ainsi qu'ont été comprises les compositions florales de Baptiste Monnoyer, de Vassé, de Caffieri, de Ranson et de Técole lyonnaise^

Si Ton passe au troisième mode, on voit la copie sincère devenir insuffisante et même déplacée, car, en insistant trop sur les détails, elle détourne l'attention de l'ensemble et amoindrit Teffet général. Il ne faut donc pas craindre de sacrifier les détails pour ne conserver que ce quUl y a de caractéristique dans la plante choisie.

La flore devient alors ornementale.

C'est d'ailleurs l'allure même des végétaux qui indiquera le sens où l'artiste doit s'engager; ainsi on accentuera la symétrie et même la rigidité, si la plante l'exprime déjà, ou au contraire la souplesse et la flexibilité si la nature présente cette tendance (fig. 37). En un mot, il s'agit d'affirmer le mouvement déjà ébauché par la nature même et de remplacer l'attrait de la vérité dans le dessin et la couleur par le caractère de la silhouette et la simplicité de la facture.

Conséquemment, il ne faut donc pas hésiter de simplifier les végétaux dont les détails trop multiples ou trop délicats pourraient nuire à la clarté du décor, licence souvent employée par les Persans, ces maîtres de la flore décorative. C'est pourquoi les plantes sim-

I. Les enluminures des manuscrits de la fin du xv« siècle montrent la flore décorative à l'état nature, presque en trompe-l'œil.

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SI

pies se prêteront mieux que les autres à ce rôle conventionnel, et tandis que la rose, fleur à pétales mul-

tiples et variés, restera toujours plus attrayante dans sa beauté naturelle que dans toutes les interprétations, d'autres fleurs comme la tulipe, Pœillet, le lis.

la primevère, donneront avec le Troisième mode un excellent résultat.

Les fleurs, feuilles et fruits n'ont pas seuls l'avantage de fournir des motifs au décor; les modestes raves, bulbes, oignons et racines sont à même de rendre de réels services, notamment comme culots de départ pour des gerbes de rinceaux (fig. 38).

En somme^ tous les éléments de la flore ont ici leur

siecie

emploi, mais ceux qui possèdent naturellement une silhouette caractérisée nécessiteront moins que les autres la modification exigée par la convention. Les seuls éléments à écarter sont ceux qui ne se rencontrent qu'à Fétat d'exception, comme les végétations monstrueuses et les déformations accidentelles, particularités qui pourraient être intéressantes dans un recueil de botanique, mais qui deviendraient ici incompréhensibles. A moins pourtant que certains accidents ne se prêtent à l'arrangement décoratif, comme ces tiges brisées avec

tant d'élégance et d'à propos observées dans les compositions persanes (fig. ôj).

L'habitude prise par Pornemaniste de copier fréquemment et avec sincérité les végétaux d'après nature finit parle dégager des banalités de V acanthe classique, qui, malgré sa réelle beauté, a peine à sembler intéressante, quand elle n'est pas rajeunie par un accent vivant et naturel. On trouvera les plus beaux exemples delà flore conventionnelle dans le décor des Egyptiens, des Grecs, des Persans, des Japonais, dans Tornementation architecturale et celles des tapisseries de la période du moyen-âge (fig. 38).

La Faune. — La faune, de son côté, offre à la composition décorative toutes les classes d'êtres vivants, depuis l'homme et les mammifères jusqu'aux insectes, mollusques et zoophytes, en passant par les oiseaux, les reptiles et les poissons, l'art ne connaissant pas 4e vulgarités d'espèces qui puissent être rejetées.

Le principe de la représentation de la faune dans le premier et le deuxième mode est le même que pour la flore ; la nature fait encore tous les frais et Tindication sincère est à peu près tout ce que l'on peut exiger de l'artiste. Celui-ci devra néanmoins insister sur le caractère plastique de l'animal choisi, sur sa démarche majestueuse ou souple, sa noblesse ou sa grâce féline. Les sculptures et les peintures romaines, celles de la Renaissance, les groupes de Barye parmi les œuvres décoratives modernes, offrent des exemples nombreux de la faune ainsi interprétée (fig. 40).

Le troisième mode réclamera plus de transformations; ici rétre vivant ne conserve plus que sa silhouette

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caractéristique et son allure typique, les détails secondaires étant atténués et même supprimés. Ainsi un animal sera souvent représenté par un simple profil rempli d'une seule teinte ou parfois même garni d'ornements fantaisistes; et, bien que dénués de Taccent delà vie,

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Fie. 40.

ces simulacres conserveront encore une tournure facilement reconnaissable (fig. 41).

Les éperviers et ureus de TÉgypte (fig. m), les lions majestueux de PAssyrie (fig. 42), les chevaux élégants des vases grecs, les bêtes apocalyptiques du Bas-Empire ont été ainsi traités, de même que les animaux héraldiques des écus sarrasins et des ar-

moiries du moyen âge; la Perse, Plnde, la Chine et le Japon ont, de leur côté, parsemé leurs œuvres des représentations de la faune la plus conventionnelle (fig. 43).

Parlerons-nous aussi de ces assemblages d^espèces vivantes, résultat des conceptions mythologiques de Tantiquité: sphinx, griffons, chimères, centaures, tritons et

floik loae

dauphins, génies à corps feuilles dont la beauté rivalise parfois avec ce que la nature a créé de plus parfait (fig. 44) ? Et ces monstres étranges de POrient, martichores arabes et simorgs persans, moins beaux, mais non moins curieux, dont les formes transportées en Europe produisirent ces stryges et ces bestioles du moyen âge (fig. 45), et plus tard ces grotesques de la Renaissance (fig. 46) ? Nous essayerons d^autant moins de les décrire qu^il faudrait aussi parler des monstruosités fantastiques de rinde et de la Chine, dont les formes bizarres et

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Texpression outrée confinent trop souvent au grotesque.

La figure humaine a subi, suivant les peuples *, les lAp.op.aiS ♦ * *

I. Les Arabes seuls ont très rarement employé la figure hU' anaine, le Coran défendant toute reproduction d'être vivant.

plus diverses interprétations. Ainsi nous la verrons rigide et compassée dans les bas-reliefs et les peintures de TEgypte et de TAssyrie, tandis que chez les Grecs elle se traduira sur les vases par de gracieuses

riG. ^A.

silhouettes, teintées à plat et rehaussées seulement de quelques traits, sans aucune recherche de modelé. L^art byzantin, dans ses mosaïques, nous présentera des figures figées, suspendues dans Pespace, et modelées d^une façon sommaire (fig. 35 et i25). Le moyen âge exprimera, dans le même ordre d'idées, les personnages

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des vitraux, des peintures et des tapisseries, jusqu'au xv siècle où, la convention commençant à disparaître, et le peintre de portraits ou le statuaire empiétant sur le domaine du décorateur, on cherchera l'expression dans le modelé fini et la couleur réelle.

Ajoutons qu'à toutes les époques les artistes se sont efforcés d'immobiliser la figure humaine dans la décoration, en la tronçonnant d'une infinité de manières.

soit par la seule suppression des bras, comme dans les cariatides, soit en renfermant les jambes dans une gaine;

puis en buste, avec ou sans piédouche, jusqu'au mascaron et camée rendus dans les médailles, non comme des portraits interrompus par un cadre, mais comme des têtes de décapités, dont la section du cou reste apparente ou voilée par un ingénieux détail (fig. 47).

Les corps et les phénomènes célestes et terrestres, — La nature offre encore, en dehors de la flore et de la

faune, des éléments d'un emploi fréquent dans Part ornemental. Ainsi, outre le soleil, la lune, les planètes et les étoiles, elle donne aussi la foudre, l'arc -enciel, les nuages, les fumées et les vapeurs, la mer, les lacs et les rivières. Tout naturellement ces éléments seront exprimés, dans le premier mode, suivant leur aspect solide ou vaporeux, comme dans un paysage, mais en simplifiant toutefois quelque peu le rendu.

Dans le deuxième mode, l'application est déjà plus réservée, bien que les représentations rappellent encore assez exactement la nature, comme par exemple, ces nuages et rayons solaires dont on a tant abusé depuis la Renaissance, autant dans les apothéoses mythologiques que dans les gloires des églises chrétiennes. Cet abus s'explique aisément par la facilité qu'avait l'artiste de faire intervenir à propos un nuage pour voiler les difficultés d'attache ou d'arrangement des motifs; ces éléments peu sérieux, en sculpture surtout,

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sont heureusement passés de mode, et Ton ne peut guère les regretter, car leur aspect vaporeux devenait facilement mou et ballonné sous la main d'un artiste secondaire. Quant aux représentations de ces phénomènes dans le troisième mode, elles ne consistent plus qu'en motifs purement silhouettés, comme les nuages gothiques ou japonais, soit en étoiles dont le tracé appartient plus à la géométrie qu'au monde sidéral; à moins de devenir de purs emblèmes comme le soleil à face humaine servant d'effigie à Louis XIV, ou les trois croissants entrelacés ornant le chiffre de Diane de Poitiers.

g III. — DE l'invention

L'invention a fourni une quantité considérable de motifs dérivés, soit de l'habitation, du mobilier ou du vêtement, du commerce et de l'industrie; soit de la guerre sur terre et sur mer, des arts, des sciences, etc. Ainsi l'architecture, c'est-à-dire l'expression la plus élevée de l'habitation humaine, tiendra une place importante dans les représentations décoratives; le mobilier fournira les tentures, draperies, rubans, banderoles, lambrequins, sièges, vases, candélabres et meubles de tout genre; le vêtement, les coiffures, couronnes, etc. D'autre part, le commerce et l'industrie apporteront les outils de métiers et les machines de fabrication; et la guerre les armures de toutes sortes, casques, épées, boucliers et engins divers; la marine fournira les proues et les poupes de navires, les ancres, harpons et cordages; enfin les arts et les sciences leurs instruments spéciaux ou leurs emblèmes acceptés.

Cette abondance de motifs, mis à la disposition de Tartiste, lui permet de composer des trophées, chutes, groupes, sans compter les écussons, cartels et cartouches retroussés dérivés du cuir travaillé ou du parchemin.

Si l'on agit avec le premier ou le deuxième mode, la représentation se réduit à la pure copie, mais plutôt simplifiée. A ce sujet, Ton remarquera que les objets simples à contours précis sont toujours mieux appropriés au décor que ceux qui offrent une complication quelconque; ainsi s'explique le succès de la lyre, du violon, de la trompette et du tambour de basque dans les emblèmes musicaux, succès qu''obtiendraient difficilement Tophicléide et le cor d'harmonie avec leurs nombreux tubes entrelacés et leurs touches multiples. Il en est de même des armes .et du costume militaire des anciens comparés à nos engins et fourniments compliqués. Il ne faudrait pas en conclure que les éléments modernes soient interdits dans le décor, il est seulement nécessaire de les présenter suivant leur expression la plus simple et la plus synthétique.

Quant à Tinterprétation du troisième mode, elle est toute de convention, et tel objet ou instrument ou draperie ne sera souvent rendu que par une silhouette remplie d'une teinte d'un modelé sommaire ou résumé à quelques traits (fig. 48).

En ce qui concerne V architecture, nous la retrouverons exprimée, dans l'antiquité et le moyen âge, avec une fantaisie bien appropriée au sujet. Tels sont ces édicules figurés dans les peintures égyptiennes, dans les bas-reliefs gréco-romains et dans les décorations de Pompéi et d'Herculanum; les mosaïques et ivoires

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byzantins, les sculptures et peintures du moyen âge, les manuscrits arabes, persans, indiens et chinois, nous offrent aussi des exemples bien compris de Tarchitecture figurée dans la décoration.

Aussi ]'aimons-nous moins lorsqu'elle est rendue avec une vérité inopportune, comme dans ces châsses et monstrances du xv« siècle, représentant des portail?

de cathédrales, garnies de leurs tours et clochers, contreforts, arcsboutants et gargouilles. Nous la repousserons également dans nombre d^objets d^art de la Renaissance italienne , lanternes, candélabres et encensoirs, où, sans nécessité au-

cune, on retrouve des portiques et arcades flanqués d^ordres complets^.

Il faut être pénétré de cette vérité que Parchitecture n'a aucunement besoin de conserver son aspect monumental dès qu''elle cesse d'appartenir à un véritable

I. Cet emploi irrationnel est à relever dans le mobilier du premier empire, où l'on trouve des imitations parfois grotesques de temples grecs et romains.

édifice. Les édicules des peintures de Pompéi sont charmants parce qu'ils expriment bien une architecture légère, toute de fantaisie ^qi non la copie d'une construction en matériaux lourds et solides (fig. 2x3); cette tradition mérite d'être reprise, car elle est excellente de tous points*.

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