IV. — DE LA GÉOMÉTRIE
La géométrie vient à son tour apporter son appoint, quand elle n'a pas déjà servi de base à la structure même de la composition, en fournissant les lignes de cadres ou le tracé des axes. La nature et la convention ne sont plus ici en lutte avec cette science toute d'exactitude et Ton sait combien les motifs abstraits et purement mathématiques peuvent fournir de combinaisons variées; on connaît notamment le parti curieux, peutêtre excessif, que les Arabes et les Maures ont tiré d'elle dans leurs compositions. La géométrie sert aussi de base à une multitude d'ornements qui ne la rappellent plus que par la structure générale et se rattachent en même temps à la flore et à d'autres sources décoratives.
Nous résumerons en diagrammes les arrangements les plus typiques concernant la ligne droite et la ligne courbe dans les deux tableaux (fig. 49 et 49 bis) de l'ornement géométrique.
I. On peut citer aussi l'architecture rocailleuse des maîtres du XVIII* siècle (Lajoue et Meissonier), qui, à défaut de finesse. conserve du moins Pavantage d'une extrême fantaisie bien en rapport avec le principe même de la décoration.
LA THEORIE. (55
2 V. — CONSEILS RELATIFS A l'eXPRESSION DU DECOR
Quel que soit le mode adopté, le modelé et la couleur doivent être, autant que possible, appropriés au dessin; ainsi une fleur, un animal, ou un instrument, dessinés d'une façon concise et rudimentaire s'accommoderont mal d'un modelé précieux et d'une couleur trop réelle; tandis qiie, d'autre part, ces motifs, dessinés avec le sentiment précis de la nature et le modelé qu'elle comporte, seraient mal venus avec une coloration toute de fantaisie.
Nous ajouterons que, pour arriver à conserver une expression attachante aux motifs dérivés de la nature ou de l'invention, il faut que le caractère primitif, même dans le troisième mode, ne soit jamais abandonné; la modification tro-p forcée ou l'exécution trojp sommaire finit par lasser, et l'intérêt s'évanouit.
D'ailleurs, en ce qui concerne spécialement les éléments de la nature, plus ils en conserveront les accents intimes et plus ils intéresseront. C'est là l'explication du charme qui s'attache aux œuvres de l'art grec, du moyen âge, de la Renaissance, et aussi à cet art du Japon qui nous a été révélé si tard et qui possède au plus haut degré cette sincérité de l'expression. Aussi, quand on compare les compositions ornementales des Albert Durer, des Holbein, des Du Cerceau, des Etienne de Laune et des artistes japonais à celles de la plupart des décorateurs du xyii® et du xviii* siècle tels que Lepautre, Bérainj Salembier ou Delafosse, coMP. DÉcoa. s
ORNEMENT GÉOMÉTRK^UE.
aire
Ccft»
Octocjoaef S j hrianctle y/^'^'*'^\rXtctoLnQle
noi
jnirniniLj jr^^^u^s
eA- "Rosace
Grianale - AX c<ïu« la ÎTer A l.
.^®®S®Sf
ORNEMENT GEOMETRI QJV E.
Ccicic ( J
^inussoiêe ,y\^^/\vA/<=^oi^cie. 7^ X* Spirale /7e)y -^
jwmm
}h ^^Iftiettes
^^îréco- ronxainti
^ri,
FiG 49 bis.
on sent combien ces derniers paraissent comparativement froids, malgré leurs réelles qualités de tenue ou d'arrangement; c^est qu^on se désintéresse bien vite de ces fleurs, de ces feuillages ou de ces animaux exécutés de pratique, sans conviction et sans sincérité.
Un artiste décorateur, peintre, sculpteur, architecte graveur, ornemaniste ou dessinateur, devra donc, sUl veut s'élever dans son art, s'habituer à la copie fréquente de la plante, de l'animal et de la figure humaine, en serrant du plus près possible l'expression de la nature; expression qu'il sera toujours libre de conserver ou d'atténuer suivant le mode de décor qu'il aura choisi. Il cherchera en outre à enrichir ses albums de nombreux croquis d'objets inventés, croquis pris autant que possible directement sur les objets mêmes plutôt que d'après des dessins d'autres artistes ; enfin il aura le courage d'étudier les tracés géométriques dont les services lui sont indispensables. Cette collection de copies sincères et de croquis ébauchés sera surtout nécessaire, non pas tant au point de vue du nombre des documents et des matériaux accumulés, qu'à celui du sentiment acquis de la forme et de la couleur, le plus sûr des conseillers lors de la conception.
Dessiner, dessiner sans cesse et en cherchant à analyser le caractère des œuvres dont on fait la copie, tel est le vrai moyen de faire de réels progrès; c'est d'ailleurs le seul qu'aient employé les artistes dont la vie nous est connue.