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I. — DU PARTI DÉCORATIF

Deux manières d'ordonner l'ensemble d'une décoration se présentent tout d'abord au choix de l'artiste : le Parti symétrique et le Parti irrégulier.

Le parti symétrique peut être absolu ou relatif. Absolu, il comprendra des motifs rigoureusement semblables, disposés inversement de chaque côté d'une ligne imaginaire, nommée axe* (fig. 5o). Le parti symétrique est relatif lorsque la similitude des motifs

I. Un parti peut avoir un, deux ou plusieurs axes, suivant la forme choisie.

n^existe que dans Tensemble et non dans les détails , tel un panneau décoratif qui comporterait des figures, cariatides, draperies ou guirlandes, variées de pose ou

d^ajustement, ^ tout en conser-

vant la symétrie de l'aspect général.

La différence entre les détails d'une composition symétrique peut même parfoi s devenir considérable: il suffit de disposer habilement le décor de manière à conserver, de chaque côté de Paxe, des masses équilibrées et des espacements similaires offrant de prime abord Papparence d'une répétition; arrangement délicat qui exige beaucoup de subtilité (fig. 5i).

Dans le parti irrégulier, au contraire, les motifs sont disposés sans ordre apparent; la tenue correcte du parti symétrique étant remplacée par une sorte de liberté capricieuse qui n'est pas sans charme (fig. 52). Il ne fau-

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drait pas cependant croire que le parti irrégulier laisse

le champ libre à toutes les licences; la confusion et le dé-

Gordre seraient les plus sûrs résultats d^un tel abandon;

aussi devra-t-on s'attacher à disposer les motifs de manière à ne pas charger uniquement un seul côté, en laissant Tautre absolument vide; et faudra-t-il au moins qu'un détail, peut-être restreint, mais bien choisi, vienne en garnir quelque peu la nudité si Ton ne veut pas laisser croire à un oubli (fig. 53).

Souvent encore on règle une composition irrégu-

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lière en disposant, sur un axe invisible, quelques détails caractéristiques dont Taplomb accusera une sorte de stabilité du meilleur effet ifig. 54).

Nous dirons, à ce propos, que Taffluence récente des productions de Fextréme Orient a rendu à notre art occidental de réels services en le forçant à sonir de cette éternelle symétrie qui, depuis le xvir siècle, semblait s'imposer à ses productions. La recherche du partait équilibre ne doit pas être le fait d'un parti pris^ mais celui de la nécessité; aussi dans les composi-

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tions où la fantaisie a sa place marque'e, la donnée des axes cesse d'être absolument indispensable. Néanmoins on peut dire que la manière de procéder des Japonais

n'est pas exempte d'écueils et qu'il ne faut l'accepter qu'avec réserves; sans chercher à faire le procès de leur art si charmant et si fin, il faut dire aussi qu'une partie de son prestige et de sa valeur est

due, bien plus au sentiment délicat de la nature et à l'exécution hors *''°- 54ligne, qu'aux mérites delà composition*. Cette manière

I. On pourrait appliquer cette critique à Vart rocaille du règne de Louis XV qui, sans ressembler plastiquement à l'art japonais, procède souvent comme lui avec un sans-gêne sauvé par la verve et l'habileté de la facture.

libre de procéder, en semant au hasard sur les formes des fleurs, des fruits, des oiseaux ou des figures, sans tenir compte, le plus souvent, ni de la courbure des surfaces, ni des arêtes limitant les plans, accuse une absence de parti que ne saurait remplacer la facture la plus brillante^ Aussi combien perdent les imitations de cet art spirituel aussitôt. que Pexécution en est seulement médiocre! Si Ton supporte un décorateur du XVII' siècle lourd et banal, grâce à la science avec laquelle il sait régler ses compositions, on ne saurait admettre un artiste japonais sans le diable au corps.

Conséquemment, pour apprendre à composer, il faut étudier de préférence les œuvres des peuples qui ont cherché dans la composition la règle et l'ordonnance; c'est pourquoi les arts classiques de POrient et de rOccident sont préférables pour le début des études, à condition d'en chercher le complément dans les arts de l'extrême Orient qui, à leur tour, fourniront les éléments d'audace, de fantaisie et de liberté inconnus à d'autres régions. Procéder inversement serait subordonner la règle aux exceptions.

Enfin, en dehors de la symétrie et de l'irrégularité, on trouvera encore le choix entre le grand parti et le parti divisé, surtout quand la décoration est détaillée et se développe suivant une certaine étendue.

Le grand parti, dans une composition, comprend une division principale et dominante embrassant d'autres

I. Notamment ces bordures incomplètes où les motifs tronqués viennent heurter le cadre et semblent avoir été taillés au hasard dans des sujets plus grands.

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divisions secondaires, subdivisées à leur tour par des

motifs et des détails.

Le parti divisé, au contraire, partage la composi-

tionen divisions

grand parti P^^^' divisé

successives pos- '^

sédant chacune leurs motifs et leurs détails particuliers,

La figure 55 représente deux travées de façades de mêmes

dimensions et percées de baies semblables, suivant de mêmes

emplacements, dans lesquelles on^ trouve Papplication de ces deux partis.

En dehors de

Parchitecture, les grands basreliefs, peintures murales, tapisseries, mosaïques, vitraux, dallages, peuvent également être composés avec l'un ou l'autre parti, suivant que Vêlement dominant est recherché ou négligé.

Le grand parti décoratif, par la gradation du détail à Fensemble, accusera toujours une impression plus

PIC. s$.

frappante que le parti divisé; aussi est-il recherché lorsqu'on veut donner de l'importance à une composition*. On ne peut pourtant pas dire que Tun soit préférable à Pautre, chacun d'eux ayant, suivant les circonstances, son intérêt particulier ; ce qui importe avant tout, c'est d'affirmer franchement la pensée qui a présidé à leur choix.

l II. — DE LA DIVISION DES SURFACES

Une fois le parti d'ensemble adopté, il s'agit de déterminer sur la forme les limites du décor, autrement dit, de diviser les surfaces; opération qui devient surtout obligatoire lorsque celles-ci offrent un assez grand développement pour nécessiter des subdivisions de détail. Cette délimitation du décor, à plat ou en relief, se fait généralement au moyen d'un canevas de grandes lignes (axes, coupures, cadres, compartiments)^

I. L'architecture nous ofiFre des exemples frappants du choix des partis chez les différents peuples : en Egypte, en Grèce, à Rome, le grand parti domine, ainsi qu'au moyen âge, dans l'architecture gothique, en Perse et dans la seconde période de la Renaissance jusqu'à la fin du dernier siècle. Le parti divisé s'afl&rmera, au contraire, dans la première période de la Renaissance en Italie et en France; l'art monumental de l'Inde et de la Chine l'ont également recherché.

En peinture ou en mosaïque la décoration murale offre le parti divisé dans les scènes superposées en frises de l'art égyptien, et en général des arts primitifs. On le retrouve également dans l'art byzantin et dans celui de la première période de la Renaissance italienne, tandis qu'à partir du xvi* siècle, le grand parti est resté en faveur.

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dont la fonction est de fixer et de maintenir les masses ornementales *.

Lorsque les surfaces à décorer sont planes ou tournées, concaves ou convexes, elles possèdent un sens particulier se prêtant au tracé des divisions et qui est ordinairement celui des directrices et des génératrices de la forme.

-D^yisrûns en /au^ut^

Ainsi les divisions générales du décor d'un panneau rectangulaire se construiront par des lignes horizontales et verticales; celles des pièces tournées, comme les vases, flambeaux, colonnettes, etc., se traceront suivant

I. Il est entendu que les formes et contours irréguliers sont ici hors de cause; le décor ne pouvant se régler sur un noyau qui lui-même n'est pas régulier, nous ne devons donc nous occuper que des formes symétriques ou, en tout cas, régulières. A la fantaisie de la forme il faut laisser la fantaisie du décor.

la coupe du profil ou du calibre de tournage; ou bien par des sections horizontales circulaires. Enfin les formes planes à contours courbes, tels que les plats, disques, rondaches, éventails, etc., comporteront des divisions rayonnantes et concentriques (fig. 56).

Pour la clarté du sujet, nous conviendrons d'appeler divisions en hauteur, les intervalles séparant les sections ou coupures horizontales et concentriques ; tandis que nous dénommerons divisions en largeur

les intervalles compris entre les sections ou coupures verticales et rayonnantes.

Connaissant la direction des divisions principales du décor, il s'agit de savoir quelle relation de distance on devra leur conserver pour obtenir une distribution claire et se prêtant bien à Tornementation. Les principes régissant cette relation ont d'ailleurs un rapport direct avec ceux que nous avons déjà posés au sujet de la proportion dans les formes.

Ainsi les divisions en hauteur ne peuvent èwt facultatives que si elles se répartissent sur des formes ou portions de formes régulières, prismatique, cylindrique»

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OU sur des surfaces rectangulaires, chaque section possédant un semblable contour (fig. 57).

Si, au contraire, la forme affectait un profil s^élargis-

sant et se rétrécissant tour à tour ou une surface à con* tour circulaire ou varié, les divisions en hauteur devraient dans ce cas être inégales^ Tune déciles étant choisie comme dominante (fig. 58).

fausse t,jauth.

Il serait donc fâcheux de disposer sur les formes en question des coupures également distantes, cette redite ne pouvant être qu'en désaccord avec l'inégalité du profil correspondant (fig. 59).

C'est ainsi que (fig. 60) telle coupure faite au milieu de la hauteur sur une forme en baril symétrique (A) deviendra mauvaise si la partie supérieure s'élargit,

suivant un vase (B).

•^ ^ Quand la dimi-

V— oOvAAvL^ i'.^^ ^/-^ ^-.>-'yo^-uo.,■,.>^v^g^ ttutlou s^ooère régu- :f — l \ \ v-no,-,-n.i,---/ lièrement, comme

dans les formes ovoïdes, coniques, si fréquentes dans les panses de vases ou dans les contours angulaires des gaines, cornes, tympans, etc., on peut, sans y être contraint, disposer les divisions en hauteur, suivant une ^r^(f<^f/o« proportionnelle à celle du profil (fig. 61).

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